jeudi 2 juillet 2009

Dominique de Villepin sur France 2

Le plateau des 4 vérités accueillait ce lundi Dominique de Villepin (DDV), ancien premier ministre. Longtemps cantonné à un rôle d'opposant ou "d'aiguillon", comme il se définit lui même, il semble désormais dans les starting blocks pour les prochaines élections régionales, autant dire pour créer, à droite, un courant alternatif à celui de Nicolas Sarkozy.

Avant d'entrer dans l'analyse proprement dite de la communication politique de Dominique de Villepin, un mot sur l'apparence. Dès le début de l'interview, sa position est asymétrique, appuyée sur le coude droit, et son visage fermé. Ce visage restera fermé tout au long de l'interview, probablement symbole de détermination. La télévision est cruelle, car elle n'offre qu'une petite lorgnette pour connaître les personnalités qui s'y présentent, il s'agit donc pour chacun d'être bien vigilant quant à l'image qu'il désire véhiculer. Ici, on est face à un homme d'apparence sévère, combative, avec un ton de voix constamment grave. C'est trop ! En effet, l'homme politique doit séduire s'il veut être écouté. Nous avons déjà montré à quel point certaines qualités étaient utiles pour susciter l'adhésion de la population. Une image ouverte, sympathique (ce qui n'empêche pas l'indignation et la colère face à des évènements bien précis), avec de l'esprit, une pointe d'humour doivent absolument côtoyer l'attitude sérieuse et responsable que tout homme politique se doit également d'arborer.

"Vous avez annoncé que vous serez candidat aux élections régionales" déclare Roland Sicard. "Nous verrons, mon cas personnel importe peu dans tout cela" répond DDV. Erreur ! C'est bien de cela qu'il s'agit au contraire, d'un engagement personnel au service des français. Cette décision de se présenter à une élection apparaît comme une réponse à la critique désormais populaire : DDV n'a jamais été élu, il n'a donc pas réellement de légitimité politique. Ce déni de légitimité s'accompagne pour une grande partie des français d'un "refus" d'écoute. "Pourquoi l'écouter puisqu'il ne sera jamais candidat à rien ? Etre élu par les français accorde effectivement à la personnalité politique un privilège : celui d'être écouté par la population. En effet, quel intérêt d'écouter une personne qui n'a pas envie de gouverner ? Quel interêt pour un français d'écouter une personne qui n'a pas envie de le représenter ? La communication de Dominique de Villepin prendra donc de l'ampleur dès lors qu'il affichera clairement son envie de travailler au service des français, de les représenter. Ce désir est le contrat moral qui crée cette relation particulière entre l'opinion et l'élite politique et autorise l'échange conduisant à l'adhésion populaire et à l'élection.

La partie concernant les déficits, et notamment la justification des prises de position, est bien amenée. Attention néanmoins à la phrase classique : "Ils sont en train de faire ce que je préconise depuis deux ans". Le "je l'ai toujours dit" ne fonctionne plus aujourd'hui car les français n'accordent plus à qui que ce soit le privilège de connaître d'emblée les réponses aux problèmes de société. Une minute plus tôt dans l'interview, concernant la suppression du bouclier fiscal, DDV avait associé à son positionnement Alain Juppé et Edouard Balladur (connu pour être un proche de Nicolas Sarkozy) ce qui, évidemment, donne du poids à l'argument et évite de conférer à l'auteur de la phrase une involontaire impression de fatuité.

Pour terminer, la dé-corrélation entre l'activité politique et le procès est convaincante. Il est bien de préciser au téléspectateur que le désir de peser sur la vie politique ne peut être entamé par cette affaire. Cela apporte une image sereine au personnage et lève un peu de la suspicion qui pèse, malheureusement, inévitablement sur toute personne qui se retrouve devant la justice.

Il faudrait encore du temps pour parler du tempo, du niveau de la voix, de la sémantique, de l'image, bref, de tout ce qui concerne la com' politique, mais nous manquons encore une fois de temps, ce sera donc pour une prochaine analyse...

jeudi 25 juin 2009

Le remaniement ministériel - F. Mitterrand au gouvernement

Un gouvernement Fillon IV... Quel impact en terme de communication ? Retenons, pour faire bref, la nomination qui fait le plus parler, celle de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture. Le Monde cite une remarque d'un des dirigeants de l'UMP : "Un F. Mitterrand au gouvernement, c'est quelque chose!"

Cette phrase caractérise malheureusement assez fidèlement la conception actuelle de la communication politique : superficialité, apparence, faste, dorure, paillettes. On veut un nom, un nom célèbre, un nom apparenté à la gauche la plus emblématique de ce dernier quart de siècle. Si demain un descendant de Blum ou de Jaurès, portant leur nom, pointait le bout de son nez, quand bien même fut-il entièrement incompétent, ce patronyme suffirait-il pour faire de lui un ministre ?

En bas, la France s'interroge. Dans le cas précis de cette nomination, la France est plutôt optimiste, car, au delà du nom prestigieux qu'elle associe désormais plus à Frédéric et ses réalisations cinématographiques, documentaires et littéraires, qu'à François, elle voit le potentiel de l'homme et les possibilités que ce potentiel offre pour oeuvrer concrètement au sein du ministère de la Culture, pour redonner à la culture française un peu de cet éclat qu'elle a perdu.

Une impression s'impose : à force de marcher sur la tête, n'a-t-on pas fini par appeler le haut, bas et le bas, haut ? Chez les grands de ce monde, tous ne sont pas coupables, tous n'ont pas perçu Frédéric Mitterrand uniquement comme un patronyme utile, mais ce désir est présent, il est sensible, il est même formulé clairement jusqu'à apparaître dans les pages du Monde. La communication politique devient marketing politique, vendant de la l'acte politique comme on vend des lecteurs DVD. A l'heure où les français s'interrogent de plus en plus sur la viabilité de cette société de consommation impersonnelle et sur la nécessité de remettre l'humain au premier plan, il est dommage que les politiques, une fois encore, aient un train de retard...

vendredi 19 juin 2009

Les leçons des élections européennes

Toujours pas de son sur mon PC... donc toujours pas d'interview, et le gros break de l'été approche... Désolé de ne pouvoir faire mieux pour l'instant. Une chose est sure, je serai prêt pour la rentrée de Septembre :-)

En attendant, voici quelques remarques sur les dernières élections... Les cafés parisiens regorgent en ce moment de députés socialistes un peu déroutés, qui, tant bien que mal, tentent de se consoler après la "défaite" auprès de leurs proches, ou qui, effrayés à l'idée d'une prochaine déroute aux régionales, voire aux présidentielles, cherchent des idées auprès de ces même personnes.

On y voit aussi quelques verts qui paradent et des UMP qui se pâment.

Y-a-t-il des raisons pour tout cela ? Etait-il possible de lire, au travers des résultats, la justification de l'état actuel de la classe politique française ?

Un chiffre : 60% (environ) d'abstention. On peut s'interroger sans fin sur les raisons de cette abstention. Quoiqu'il en soit, alors que l'UMP obtient un peu moins de 30% sur les 40% seulement de votants, est-il possible de trouver dans ce score un appel de la population française à la poursuite des réformes ? Sur 100 français, il y en a 12 qui vote UMP, pour des élections européennes, de surcroit; c'est à dire qu'il y en a 88 sur 100 qui ne votent pas UMP (voire pas du tout). Cela semble maigre pour en tirer des conséquences.

De la même façon que François Bayrou a affirmé s'être trompé en tant d'ancrer son discours européen dans un contexte national, il serait erroné de croire que la "victoire" de l'UMP est un blanc seing signé par les français pour poursuivre les réformes nationales. Les braises de l'incendie social de ces derniers mois ne sont pas éteintes!


Qu'en est-il des verts ? Ils constituent effectivement la grande "surprise". S'il y a une chose que les français ont compris, c'est que les politiques économiques européennes sont rarement sociales et encore moins écolo. Dans ce contexte, et face à la crise écologique majeure que nombre de spécialistes prévoient (et que certains films soutiennent), le désir de redonner à l'Europe une couleur verte était prévisible. Pourquoi pas au niveau national dans ce cas, me direz vous ? Par une décorrelation entre les enjeux européens et les enjeux nationaux. Gouverner le pays suppose d'avoir d'autres qualités qu'un seul engagement écologique aussi fort soit-il, et, les verts, sur les positionnements économiques et sociaux sont finalement assez proches du PS sans être aussi crédibles. D'un point de vue plus théorique, on arrive à comprendre comment une politique libérale ou une politique sociale peuvent en elles mêmes contenir les ressort nécessaire au gouvernement d'un pays; ce n'est pas le cas d'une politique verte. Cette dernière reste perçue comme importante, peut être cruciale, mais devant être adjointe à quelque chose d'autre.
Par contre, au niveau mondial, les français pensent aujourd'hui que seul un organisme puissant pourra oeuvrer en marge des intérêts économiques afin de préserver la planète. "Une Europe plus verte à peut être les moyens de faire changer les choses" se disent les français.

Et le PS ? Et l'extrême gauche ?

Le PS est un cas à part. Son message n'est pas net, on sait qu'il est au bord de l'implosion. On sait que les divisions, et ce qui est pire, les alliances de façade, gangrènent son image et fragilisent ses propositions, sans cesse remises en cause de l'intérieur. Ceci s'inscrit d'ailleurs dans une remise en cause internationale des modèles sociaux-démocrates, parfois au profit d'une pensée verte, parfois au profit d'une pensée plus radicale, parfois au profit d'un libéralisme modéré et régulé.

La question se pose régulièrement : "Faut-il que le PS meure pour renaître ?" Nous avons déjà répondu à cette question : c'est inéluctable! Nous n'avons pas dépassé aujourd'hui la querelle idéologique Guesde-Jaures. Les messages adressés à la population sont emprunts de ces divergences théoriques. Le PS est amené à se fissurer de plus en plus durablement. Il en est de même de la droite d'ailleurs (mais ceci fera l'objet d'un courrier à part) qui ne pourra éviter la naissance, au sein de l'UMP, d'un courant démocrate, non libéral, républicain (dans le sens premier du terme, et pas, comme les américains l'entendent, opposé à démocrate), restaurant les valeurs institutionnelles qui ont été érodées ces dernières années, réaffirmant la nécessité d'un humanisme politique, supérieur aux théories sociales et libérales. Ce temps, pour la droite, n'est pas forcément proche. On est par contre à la porte de la scission pour le PS. Seules la volonté politique et les nécessités électorales conservent encore l'édifice en un seul morceau.

Quant à l'extrême gauche, on peut penser qu'elle n'a pas réussi à mobiliser son électorat. Eh oui, à force de décrier les méfaits de l'Europe, de cette Europe vendue aux libéraux en tous genres, difficile de convaincre ces opposants radicaux à toute société capitaliste de venir élire des députés qui seront présent au sein même de cet organisme façonné à l'image de Satan. La communication politique, de sophisme en contradiction, trouve ses limites, parfois, dans les convictions de la population à qui elle s'adresse !

Bref, tout cela pour dire que quelques soient les résultats des uns et des autres, il me semble bien imprudent de tirer des leçons nationales de ces élections européennes. D'ailleurs, on pourrait faire le même genre d'analyse sur tous les types d'élections (excepté législatives et présidentielles qui sont liées de façon particulière).

Ces élections ne devraient donc pas encourager le président à foncer tête baissée dans de nouvelles réformes, quoi qu'en disent les sondages, mais à poursuivre une réflexion poussée sur l'état de la société française. Ces élections ne devraient pas représenter une voie ouverte pour les verts en direction de la présidentielle. Un gros travail sur le programme, et surtout un gros travail de sensibilisation et d'adaptation aux réalités du terrain reste à mener. Ces élections ne devraient pas non plus constituer un fardeau supplémentaire à traîner pour le PS. Au delà des élections, c'est d'une prise de position sincère et courageuse dont il est question, à l'image de JL Mélanchon qui, ne croyant plus à son avenir au sein d'un parti qui ne lui ressemble pas, a préféré mettre les voiles. Les conséquences politiques et électorales ne sont pas forcément plus simples pour lui, mais la conscience de faire et de se battre pour quelque chose qui lui ressemble caractérise son action. Etre cohérent avec soi même, n'est pas le premier pas en communication politique pour arriver à convaincre ?

lundi 8 juin 2009

Valerie Pécresse dans LE MONDE

Toujours pas de son sur mon PC, donc, toujours pas moyen d'écouter les interviews comme à l'accoutumée, et cela dure depuis plusieurs semaines. Un mea culpa à mes lecteurs! A vrai dire, le temps me manque également pour écrire plus souvent.

Aujourd'hui, quelques mots concernant une interview que Valérie Pécresse donnait au monde mardi dernier. Les mea culpa quant aux réformes engagées semblent plus complexes à faire que ceux qui concernent les PC qui marchent mal semble-t-il.

On peut lire, en début d'interview, suite à la question "ou est située l'erreur?" (n.a. quant à la réforme des universités) : "Il y a eu une maladresse dans la rédaction initiale du décret qui a été vite corrigée, mais elle a alimenté toutes les rumeurs".

Profs, étudiants, ministres et conseillers, tous victimes de la rumeur. Comprendre donc : Ne pas stigmatiser les manifestants, ne pas accepter de s'être trompé non plus, donc, rejeter l'erreur sur une tierce personne, un responsable invisible et non nommé, un fautif abstrait : la rumeur, et peut être, sous-entendu, celui qui l'a véhiculée.

La tentative de se dédouanner ainsi est classique, elle ne convaincra pourtant pas la population du milieu universitaire qui gardera en mémoire l'image d'un nème ministre qui tente de faire passer une réforme inacceptable et qui modifie son texte en court de route, suite à une lutte sociale importante, afin de ne pas renoncer totalement.

En cela, Valérie Pécresse n'est pas à blâmer. Elle n'a pas fait pire que certains de ses prédécesseurs, certains d'ailleurs dont le nom est évoqué pour entrer à nouveau au gouvernement. Cependant, cela n'empêche pas que les blocages psychologiques autour de la question du dialogue social, de la mise en place des réformes, ne seront pas dissous par ce genre d'approche. Le milieu étudiant ainsi d'ailleurs que celui de l'enseignement et de la recherche sont particuliers. Les enjeux, les modes de vie, les modes de pensée qui leurs sont propres et que les politiques n'arrivent pas à appréhender, nécessiteraient peut être de mettre en place une approche radicalement différente de ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui.

Par exemple, le choix du ministre. On sait à quel point les égos sont développés dans la sphère politique. Je me rappelle d'un recensement, il y a quelques années, d'un certains nombre de ministre avec, en marge, leur façon de fonctionner : technocratique, autoriatire, libérale, etc. On pourrait ainsi se demander s'il ne serait pas plus judicieux, lors du choix des ministres, de se tourner principalement, pour les ministères délicats comme celui de l'enseignement, vers des personnalités qui ont un sens humain, social et du dialogue développés. Certains ministères sont plus facile à gérer "d'en haut" que d'autres. Les profs, et a fortiori les étudiants, ont besoin de contact, ont besoin d'être entendus. Il faut donc "mouiller sa chemise". Les visites en coup de vent dans un collège ou une université pour délivrer un discours formaté par des conseillers technos ne sont pas adaptées, du moins si l'on désire que les choses changent réellement.

La communication (politique), dans son sens le plus noble prend ici toute sa place : communiquer, c'est à dire échanger des idées, écouter, se remettre en question, débattre, interroger et sonder, bref, mettre en place une vraie réflexion à propos de l'école pour qu'un consensus, plutôt qu'une nème réforme, en soit le résultat est, à mon avis, le vrai besoin.

Ensuite, autre aspect rattaché à celui de la communication : la manière. En effet, les profs sont échaudés, à la fois par les conditions de travail de plus en plus difficiles dans les établissements, et pas seulement les ZEP, croyez en mon expérience, et par les réformes à répétitions qui changent les façon de procéder, les méthodes d'enseignement, les contenus, les objectifs, etc. ; tout cela arrive comme une boule de plomb qui tomberait du ciel à chaque changement de ministre. Imaginez un prof qui a commencé sa carrière en 1985, à 23 ans, il a aujourd'hui 47 ans, encore bien loin de la retraite, et il a vu passer un nombre de réformes ratées, modifiées à coup de luttes sociales intenses, ou tout bonnement refoulées suite la démission du ministre relativement important. Comprenez donc que ce prof soit blasé. Si à cela on ajoute l'éternelle rengaine de la population : "regardez moi ces fonctionnaires qui sont toujours en vacances alors qu'ils ne travaillent même pas vingt heures par semaines et qui trouvent quand même le moyen de se plaindre" vous comprendrez pourquoi aujourd'hui la coupe est pleine. Commencer par rassurer les profs, par les écouter et comprendre quelles sont leurs conditions réelles de travail serait peut être un bon début, et ceci modifierait probablement, de façon sensible, la manière de réformer.

Enfin, "dégraisser le mammouth" est une tentation difficilement résistible. Elle revient d'ailleurs à la charge si j'ai bien compris. Il est pourtant probable qu'encore une fois, le mamouth écrase de sa lourde patte le dégraisseur. Il est des ministères qui devraient avoir une logique comptable plus subtile que d'autres. Je ne suis pas sur que cette méthode de communiquer puisse donner des fruits dans ce secteur. Peut-on passer par la force auprès des étudiants ? La question reste en suspend.

mercredi 27 mai 2009

La communication politique d'Olivier Besancenot

A la suite de plusieurs demandes, nous avons décidé de proposer une série d'analyses sur la communication politique d'Olivier Besancenot, similaires à celles qui existent déjà sur ce site à propos de la communication politique de Nicolas Sarkozy.

Pour cette première analyse, que nous essaierons de faire courte, nous nous intéresserons au statut d'opposant d'Olivier Besancenot.

Ce statut d'opposant est intéressant car, à la fois, il inquiète et rassure. Comment est-ce possible ? Eh bien en s'opposant radicalement à l'ensemble de la droite, au centre ainsi qu'au principal parti majoritaire de gauche, en s'opposant au modèle capitaliste par le biais de ses dérives, en s'opposant à la logique financière qui a conduit aux crises que nous connaissons, en refusant (même s'il s'en défend) une quelconque alliance, y compris avec d'autres partis d'extrême gauche, en refusant de revoir à la baisse ses exigences quand bien même cela déboucherait sur des postes de députés pour son parti ou même un poste ministériel au sein d'un gouvernement socialiste, il apparait comme l'homme incorruptible et répond ainsi à une des critiques majeures que les français ont, à juste titre, à formuler envers la classe politique dans son ensemble : "le retournement de la veste". Il ne s'agit pas tant des alliances, des changements de parti, etc. que de cette façon de promettre et de ne pas tenir, d'affirmer quelque chose avec force à un moment et d'affirmer son contraire quelques mois ou années plus tard avec la même force.

Cette cohérence dans l'engagement d'Olivier Besancenot rassure ceux qui sont incertains ou déçus par la fiabilité de la classe politique. Elle inquiète cependant également. En effet, les même raisons accroissent la crainte de l'isolement, et donc de la faiblesse. Comment arriver à changer les choses si on reste coupé de tout les autres partis? Le vieux proverbe "l'union fait la force" ayant toujours un écho dans la conscience des français, le positionnement décalé d'Olivier Besancenot est également perçu comme un signe de fragilité. Il affaiblit ainsi ses tentatives de rassemblement populaire autour d'une cause anti-capitaliste.

Olivier Besancenot répond à ceux qui hésitent à le rejoindre en les enjoignant à le faire car c'est ainsi qu'ils seront plus nombreux et donc plus puissants. Cependant, ces "hésitants" savent pertinemment que même s'ils font le pas, et grossissent les rangs du NPA, tous les partisans de la gauche de gouvernement, majoritaire, ainsi que ceux de la droite et du centre, qu'Olivier Besancenot dénonce comme étant "d'accord pour refonder le capitalisme", ne les suivront pas. Comment gagner sans alliance ? L'histoire de la gauche nous a montré qu'en 81 c'est, en partie, grâce aux alliances que François Mitterrand a été élu. Comment donc, même à l'extrême gauche, se passer des communistes, de LO, etc. ? Cette question des alliances potentielles revient régulièrement dans les interviews car elle est une réelle pierre d'achoppement pour la communication politique d'Olivier Besancenot.

Une autre pierre a été évitée, celle de la contestation totale, même cet évitement a débouché sur un rocher. En effet, l'émergence du NPA a vu naître une série de propositions qui étaient, jusque là, mises sous silence, ou plutôt, disons qu'elles étaient masquées par l'ensemble des critiques adressées aux partis de gouvernement. Etre un peu plus positif, proposer, est finalement l'étape logique qui suit celle de la critique. C'est là que les difficultés commencent. Contester ce qui est fait est toujours aisé. Démolir en une phrase des mois, voire des années de travail, est un exercice de communication pur, donc relativement aisé surtout pour un communicant tel qu'Olivier Besancenot. Proposer un projet solide et concret et le confronter aux avis adverses ainsi qu'à l'opinion est plus délicat.

L'opposition au capitalisme en tant que modèle de société est un des piliers qui fondent la doxa du NPA. Celle ci se retrouve même dans le titre ! Les dysfonctionnements qu'Olivier Besancenot pointe régulièrement du doigt dans les médias rejoignent bien souvent le bon sens populaire, et, si ce n'est pas le cas, certains sophismes peuvent aider. C'est ainsi que s'est construite la force politique d'Olivier Besancenot, grâce à la résonance qui existe entre son discours et les attentes populaires fondées principalement sur un "ressenti" de la situation économique et sociale. Cependant, à l'heure des propositions, les choses se corsent. Les propositions de redistributions, d'accroissement du service public, d'augmentation des impôts pour les grandes sociétés rencontrent une série d'arguments tout aussi valables de la part des acteurs de l'actuel capitalisme. La question se pose donc : Que faire ? Garder le capitalisme tel qu'il est ? Non ! répond le bon sens populaire. Abolir le capitalisme ? Le bon sens, là encore, dit non. Le bon sens a cette caractéristique d'être, en général, équilibré. Il pencherait donc plutôt pour une élimination de ce qui ne fonctionne pas au sein du capitalisme, d'une amélioration de celui-ci, plutôt que pour une abolition pure et simple de celui-ci.

On voit donc ici a quel point le positionnement ANTI capitaliste est extrême d'autant qu'aucun modèle alternatif validé par les experts (qu'Olivier Besancenot dénonce également) n'a encore vu le jour. C'est ainsi que l'écho au bon sens populaire qui transparait dans les discours d'Olivier Besancenot, et que nous avons défini comme le fondement de sa communication politique, subit une coupure au moment d'entrer dans les détails du programme ou dans les fondements de son engagement.

On pourrait résumer tout ceci par la question : Marx, ou Trotsky, est-il actuel ? Et il semble que la communication politique d'Olivier Besancenot ne puisse s'affranchir de la réponse à cette question...

jeudi 14 mai 2009

La communication politique de Nicolas Sarkozy

Ce matin, en écoutant Jean Pierre Raffarin sur RTL parler de la "bousculade" au niveau des réformes de l'hopital, en voyant que la phrase qui avait été retenue comme slogan de l'interview était "Quand on bouscule le temps, le temps se venge", nous nous sommes posés quelques questions sur le lien qui peut exister entre la notion de temps, de durée ou même de rythme et la communication politique.

En effet, on se rend bien compte à quel point le désir de faire passer rapidement une réforme peut être contre-productif. L'opinion a souvent l'impression d'un passage en force alors que la volonté du gouvernement était peut être de transformer sans plus attendre ce qui nécessite de l'être, ce qui, peut être, attend d'être amélioré depuis plusieurs années. Ne soyons cependant pas naïf, une composante politique sous-tend toujours toute réforme, surtout les plus immédiate : la crainte de ne pas pouvoir les mener à bien par la suite, à cause d'un déficit de crédibilité, d'une opposition trop forte et trop unie, etc.

Cependant, au delà du rythme des réformes ou du choix de l'ordre dans lequel celles-ci sont menées, la notion de temps s'impose à chacun, comme une des conditions d'acceptation du changement, comme le cadre dans lequel s'inscrit toute réflexion.

Notre société, plus qu'une "société de la vitesse" est une société de l'accélération. Un brin de mécanique pour expliquer cela : Soit d une distance parcourue entre deux instants t1 et t2, le quotient d/(t2-t1) définit la vitesse à laquelle la distance d a été parcourue. L'accélération se défini comme d/(t2-t1)², c'est à dire comme la variation de la vitesse entre les instants t1 et t2.

Que se passe-t-il si, pour chaque distance d parcourue, la durée (t2-t1) devient de plus en plus petite ? La réponse est évidente, la vitesse augmentera en conséquence.
Que se passe-t-il si pour une durée (t2-t1) constante, la distance d augmente, la vitesse augmentera en conséquence. Que le durée soit constante ou qu'elle soit variable, l'augmentation de la vitesse, c'est à dire l'accélération, aura de facto un impact sur le temps.

La réduction du temps accordé à chaque réforme, ou bien le nombre de réformes effectuées à temps constant augmente donc la vitesse et reproduit ce phénomène d'accélération caractéristique de notre époque. Les avions vont plus vite, les repas sont plus rapides à cuisiner, et à manger, le nombre d'activités que l'on s'attend à effectuer dans une journée augmente (le nombre d'heures de sommeil a été mesuré dernièrement à la baisse, ce qui prouve bien que les journées s'allongent), le nombre de tâches professionnelles journalières augmente, les attentes quant à ces tâches augmentent également, même les scènes d'action au cinéma s'enchaînent à un rythme bien supérieur à ce que l'on a connu ne serait-ce que quinze ans en arrière, et c'est sans parler des jeux vidéos auxquels nos enfants sont accrocs, car les plans des "doom-like" s'enchaînent à une vitesse propre à donner le tournis à n'importe quel adulte...

Dans ces conditions, il est normal que l'attitude des hommes politiques s'inscrive dans ce cadre "accéléré". "Une société nouvelle", "la rupture", "le changement", toujours plus de réformes, toujours plus vite.

J'ai, à ce stade, plusieurs questions :

1. Pourquoi toutes ces réformes ?

2. Le veut-on vraiment ?

3. Une société qui refuserait de se réformer à ce rythme serait taxée d'immobilisme. Depuis Einstein et sa théorie de la Relativité restreinte, on sait que cet "immobilisme" est relatif, et dans notre cas, relatif à l'accélération des modes de comportements que nous subissons. Un rythme plus lent serait-il forcément moins efficient ?

4. Est-on sur que cette accélération que subit la société dans à peu près tous les domaines est propre à accroître la qualité de vie de tous ?

5. A faire trop croire aux personnes en détresse qu'un changement rapide de leurs conditions de vie est possible, s'ils ne voient rien venir depuis des années, ne contribue-t-on pas à radicaliser leur positionnement politique ?

Nous ne proposerons ni réponse détaillée, ni réponse absolue, mais juste, comme d'habitude, un point de vue. En relisant quelques ouvrages qui traitent des problèmes de management dans les entreprises, mon autre cheval de bataille auquel j'espère pouvoir m'atteler un jour pour apporter des réponses à ceux qui souffrent de ces méthodes managériales archaïques, j'ai constaté que les plaintes de la plupart des travailleurs de la vie moderne concerne "le stress" qu'ils n'arrivent plus à gérer. Ce désir d'ivresse que procure l'accélération est contrecarré par la souffrance que cette accélération cause dès lors que la notion de responsabilité intervient. Elle créé en effet une incertitude quant à l'avenir, incertitude qui ne peut générer autre chose que du stress. Sans parler de toutes les personnes, compétentes, intelligentes, qui ont cependant besoin de temps pour mener à bien un travail de qualité. J'engage chacun à lire ce que rapporte le célèbre mathématicien français, médaillé Fields, Jean Pierre Serre (si je me rappelle bien) concernant le temps qu'il lui fallait par rapport à ses camarades de fac pour comprendre les énoncés mathématiques. Cela ne l'a pas empêché d'être un des plus brillants mathématiciens français alors qu'on ne se souvient d'aucun des noms de ses camarades à l'esprit si "vif".

Par ailleurs, est-on sur que toutes ces réformes apportent un réel avantage à notre société ? Une réflexion basée sur les piliers principaux de nos sociétés, sur ce que nous voulons conserver et sur ce qu'il serait bon de modifier serait peut être plus efficace que cette course effrénée après la réforme.

La justification tant entendue est " Nos sociétés évoluent à un rythme soutenu, nous devons nous y adapter". Cette hypothèse est à la base du stress qui est généré aujourd'hui. Parmi toutes les fausse hypothèses sur lesquelles nous construisons nos modèles économiques, politiques, sociaux, etc. celle ci touche directement l'humain, dans sa vie quotidienne. En effet, "S'adapter à une réalité objective" semble être la directive majeure, la condition sine qua non car, "si vous ne vous adaptez pas, la société vous exclura". Ceci est non seulement faux mais nuisible.

C'est nous qui définissons subjectivement quelle est la société dans laquelle nous vivons. Nous définissons également nos conditions de travail dans la mesure où nous acceptons ou refusons ce qui est "imposé par le monde du travail". Nous définissons ainsi également le besoin de réformes dans le mesure où nous clamons qu'elles sont indispensables à un avenir meilleur. Un constat froid et lucide sur la nécessité de toutes ces réformes, une modification de nos objectifs sociétaux et une prise de recul quant à cette soit disant "adaptation nécessaire au rythme à la quelle la société évolue" créeraient les conditions d'une société différente, moins rapide. Bref, ce que j'essaie, tant bien que mal, de dire est que cette société n'est pas un objet qui évolue de lui même, une entité autonome, mais quelque chose que nous faisons évoluer par nos choix et nos décisions. Il ne tient donc qu'à nous de faire d'autres choix.

Beaucoup d'objections surgissent lorsque je présente ce genre de propos à certains cadres en entreprise, notamment l'impossibilité, lorsqu'on est seul à penser différemment, de faire valoir cette différence. Il y a des réponses à ces objections mais je n'ai pas le temps de les justifier ici. Ce questionnement a uniquement pour but de montrer à quel point la communication politique s'est adaptée, en ce qui concerne l'accélération des réformes, à un modèle social qui n'est pas entièrement, pour ne pas dire pas du tout, bénéfique aux français. Le désir de retour à la nature, à un mode de vie plus contemplatif, c'est à dire l'éloignement des sources de stress, les changements de carrière à répétition chez les cadres quitte à perdre une part de salaire importante, sont des exemples qui montrent qu'au sein de nos sociétés, le besoin de plus de temps, d'un rythme plus souple se font sentir de plus en plus.

La communication politique et l'action politique sont ancrées depuis plusieurs années dans un modèle "d'accélération" croyant ainsi répondre au besoin de la population. La tentation d'aller vite pour faire passer certaines mesures à perdu le gouvernment Villepin sous la présidence Chirac, alors même que l'air du temps était au "changement à tout prix". La volonté du Président Sarkozy de lancer toutes les réformes en même temps, en parallèle, pour aller plus vite est une des raisons qui rendent sa communication "anxiogène". A ceci s'ajoute des "rencontres" entre gouvernement et syndicats qui sont sous-tendues par l'exigence de rapidité des prises de décisions et donc qui sont régulièrement qualifiées de factices. En effet, dans ces conditions, la tentation de croire que toutes les décisions ont été pré-déterminées est forte. Enfin, l'impatience affichée du Président de la République, basée sur un désir d'aller vite, est également génératrice d'un stress qui se communique, non seulement à son équipe, non seulement à ses interlocuteurs, mais également à la population.

La population est-elle prête à ralentir ? Peut-on d'ores et déjà freiner des deux pieds ? Peut être pas de cette façon. Les changements de conscience sont souvent lents, et la population est encore, en grande partie, engoncée dans ces schémas de pensée ultra-mouvants. D'autant que les personnes qui vivent dans des conditions difficiles attendent ce changement, le réclament à corps et à cri. Il semble qu'un vrai plan de communication basé sur des valeurs non comptables soit plutôt nécessaire avant tout changement de comportement effectif. Commençons dès aujourd'hui à opérer ce changement, c'est à dire : prenons le temps d'y penser !

lundi 11 mai 2009

Triste retour de vacances

Après le soleil et les pina coladas, après les monastères du XI ème siècle et le farniente au bord de l'océan, le retour à la politique parisienne est rude !

Hier soir, je suis passé rapidement sur les sites de Canal+, France 2, LCI, sur les radios habituelles pour écouter quelques interviews. Je n'ai pas pu aller au bout d'une seule... Que ce soit la non-pandémie, les tristes élections européennes, le "bilan" de 2 ans de Nicolas Sarkozy ou bien les sempiternelles querelles de positionnement des favoris pour 2012, tout m'attriste.

Coup de blues du retour de vacances ou coup de gong final de ce site ? Trop tôt pour le dire. Quoi qu'il en soit, en déconnectant un moment de la sphère aride de la politique, je me suis rendu compte encore plus vivement à quel point le décalage entre la vie de la population et les centres d'intérêts des politiques est grand!

Cette distance serait-elle finalement incompressible ? Cette distance est-elle inhérente à la nature des personnes qui composent le milieu politique ? Dans ce cas, la démocratie elle même serait remise en cause, car nos élus sont sensés nous représenter. Et comment représenter quelqu'un qu'en réalité vous ne comprenez pas ? Comment représenter quelqu'un qui vous est complètement étranger ? Comment représenter quelqu'un dont les aspirations, le mode de vie et la façon de penser sont tellement éloignés des vôtres que les deux sphères que ces éléments constituent sont disjointes ?

Par ailleurs, si cette distance est incompressible, alors toute communication politique est un acte cynique. Elle procède d'une analyse froide des aspirations populaires et tend à y répondre dans le seul but de satisfaire un besoin de légitimité politique.

Si ce n'est pas le cas, du moins en partie, alors je me demande quels sont les critères qui permettent de juger qui, dans la sphère politique actuelle, est prêt à franchir la ligne qui sépare encore aujourd'hui les politiques du reste de la population ? Ne posez pas la question aux politiques eux mêmes, ni à leurs conseillers, car ils vous répondront qu'au moyen de sondages, de contacts personnels, d'analyses d'opinion publique en tous genres, il sont en réalité très bien connectés avec la population. Ils pensent qu'ils n'ont pas de prise sur les changements d'opinion, surtout lorsqu'ils sont brusques, mais qu'ils les comprennent parfaitement bien et qu'il s'agit pour eux d'y répondre le plus favorablement possible.

Le point de départ de ce site de communication et de coaching politique est à l'opposé de cela. Nous pensons que les politiques ne peuvent appréhender correctement le monde qu'ils gouvernent car la perception de la réalité qui nous entoure est affaire d'état de conscience uniquement. Le leur est formé par leur quotidien, par leur éducation, par leurs aspirations, etc. Ceux-ci sont très différents de ce que la population, dans son ensemble, connait et vit chaque jour. 3 jours sur les marchés à serrer des mains ne permet pas de combler le fossé.

La question qui nous occupe est donc : Comment créer des passerelles, c'est à dire, comment reconnecter les deux mondes ?

Psychologie et pédagogie sont deux maîtres mots. Ils permettent d'analyser les différences de comportement, de les expliquer, d'y remédier. Que faut-il pour que ces deux mots puissent être utiles ? Un peu d'attention d'un côté et de l'autre. Un désir de franchir la ligne qui sépare encore les deux mondes. Il y a des jours où il semble que personne, ni d'un côté ni de l'autre, n'a réellement le désir de faire le premier pas...