Benoist Apparu (BA) est un jeune député UMP que je ne connaissais pas. Il a été présenté comme non aligné, finalement aligné mais toujours un peu non aligné, alors je me suis dit : voyons ce qu’il a à nous dire ce jeune garçon…
On commence par un bon point : « A l’UMP, il y a ceux qui ont le courage de dire que le plan emploi de Nicolas Sarkozy (NS) n’est pas suffisant et puis il y a les autres, dans quel camp êtes vous ? » demande la journaliste qui fixe BA bien dans les yeux en attendant la réponse.
Et là, grand moment de com’ politique les amis. La majorité de nos anciens politiciens auraient contesté la question en disant : « mais non, je ne pense pas que le problème puisse se poser de cette façon, je ne crois pas que ceux qui soutiennent NS manquent de courage …», bref, tout un tas de c*/$£ pour éviter d’assumer leur position.
Et là, notre jeune député répond, « dans les autres » et puis, BLANC ! léger, mais blanc. Il ne prend même pas la peine de se justifier tout de suite, en clair il assume sa phrase. Bravo. Un bon point pour BA !
Il justifie ensuite, bien évidemment, sa position « c’est un premier pas, ce n’est pas l’alpha et l’omega de toute politique bien évidemment ». On ne pouvait s’attendre à autre chose étant donné le plan emploi annoncé. Il est évident que pour un président de droite qui se veut réformiste, revenir aux emplois aidés pour essayer de limiter la casse en matière de hausse des chiffres du chômage, c’est assez moyen. On pouvait s’attendre à des grincements de dents d’un côté comme de l’autre au sein de la majorité.
- Un petit point négatif ensuite : « une première réponse à la crise sociale, en tout cas au risque de crise sociale ». Sur ce point, le mot « risque » est de trop. On est déjà en période de crise sociale. Les licenciements se multiplient, des gens descendent dans la rue, depuis quelques mois déjà, pour différentes raisons, et l’économie est actuellement impactée par le plus gros choc financier des dernières décennies. On peut donc parler sans risque de crise sociale.
- Un plus gros point négatif ensuite. Question, toujours un peu piquante, de la piquante journaliste Caroline Roux : « On a fait tout, tout de suite, pour les banques. Pourquoi ne peut-on pas faire tout, tout de suite, pour l’emploi ? » Et là, l’erreur tombe ! « Pour une raison très simple. Pour les banques, si vous faites pas tout, tout de suite, tout s’écroule, tout de suite ». Cette réponse peut paraître sensée au premier abord, on se dit, « ben oui, ils ont sauvé le système d’une crise encore plus grave ». Mais pour qu'un téléspectateur raisonne comme ça il faut qu'il ait un a priori positif sur BA. Pour l’ensemble des français, déjà un peu sceptiques par nature, et rendu plus sceptiques encore par la question de la journaliste qui semble soulever un questionnement évident, la réponse n’est pas satisfaisante. Voyons deux erreurs :
- Première erreur : répondre tout de suite. Tous les politiques, ou presque, le font. Aucun n’est sur de s’en tirer correctement à chaque fois. Prendre le temps de la réflexion, en soulignant ce que la question peut avoir d’intéressant ou de judicieux pour gagner du temps, serait bien venu.
- Deuxième erreur : Opposer les banques et la situation des travailleurs. En clair, on comprend que les travailleurs peuvent attendre parce qu’ils ne représentent pas un « danger » ou une « urgence ».
Il aurait été plus simple d’annoncer tout de suite la différence de traitement des questions liées à l’emploi et de celles liées à la finance. Ceci aurait d’ailleurs pu être basé sur une phrase d’explication qui, elle, a été plutôt positive d’un point de vue pédagogique : « les 360 milliards, ils ont pas été dépensés. Si demain on vote des dizaines de milliards d’euros sur un plan chômage, ça serait des dizaines de milliards d’euros qui seraient dépensés. Ca fait une énorme différence. »
Malheureusement, il reste un peu sur sa position de « ces 360 milliards n’ont pas été dépensés ». Et le balance 10 milliards engagés pour les banques / 100 millions pour l’emploi ne tient pas vraiment l’équilibre…
En ce qui concerne le ton, il se veut décontracté, ce qui est bien. Le rythme est quand même trop rapide. Sur des questions techniques, comme la relance de l’économie ou bien les conséquences économiques de la crise, si BA accepte qu’il y a un déficit de pédagogie et qu’il faut donc en faire, en faire, et encore en faire, il s’agit donc de parler leeennnnttteeeemmmeeennnnnt… Les bafouilles dues au nombre trop important de mots qui arrivent en même temps dans la bouche ne sont pas forcément les bienvenues. Le problème de « faire djeun’s » en politique c’est qu’on tombe immédiatement sous le couperet de « pas d’expérience donc pas crédible ». Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre « je suis jeune, décontracté, et j’insuffle un courant nouveau » et « j’ai quand même certaines caractéristiques classiques qui permettent à la population de retrouver ses repères dans un discours qui n’est pas de la variété mais qui touche de près la vie de tous les français ».
- On pourrait croire ensuite que sur la question de la coproduction législative, le soutien de BA à NS, qui annonce tous les jours une nouvelles mesures, ce qui mécontente une partie des députés qui aimeraient s’y voir associés, puisse apparaître comme un alignement total. Mais, mais, mais, quelques secondes après, lors de la question téléspectateur posée par notre ami Léon, « l’argent du plan de sauvetage commence-t-il à tomber pour les PME ?» Il répond le plus sincèrement du monde que même dans sa circonscription, apparemment, l’argent n’a toujours pas commencé à tomber. Quelque part, ça fait du bien un petit gars qui assume que des fois ça fonctionne pas bien les rouages de l’Etat… contrairement aux anciens qui voulaient toujours faire croire à tout le monde que tout fonctionnait parfaitement en dépit des apparences. C’est donc un bon point ! Et pour la justification, il ne cherche pas à sauver qui que ce soit : « C’est parce que les circuits administratifs sont vraiment très lents, il va falloir accélérer tout ça ! » On a l’impression d’entendre un discours qui colle à ce que les français vivent.
- Et il termine en aimant la poupée vaudou ! Du grand art messieurs dames. Député à suivre… s’il survit au courroux du chef de l’Etat.
- Et la cerise : « aucune inquiétude si Rocard à la place de Sarkozy en période de crise ». Là je dois dire qu’il fait fort notre amis Benoist. Cher Benoist, si t’entends des sifflements près des oreilles mon ami, pense quand même à rentrer la tête… ca s’pourrait qu’ça flingue dans les prochains jours.