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vendredi 28 novembre 2008

Interview Michel Sapin LCI L’invité politique de Christophe Barbier – 28-11-08

Voici un politique qui n'est pas si connu que ça du grand public. Voyons ce qu'il a à nous dire...

La première partie de cette interview tourne encore et toujours autour de la question des « luttes de personnes au PS ». Vous savez (si vous m’avez lu, cf. « Le Ps est-il réellement en crise ? ») quel est mon point de vue sur la question. Michel Sapin (MS) n’apporte pas d’élément nouveau. On a donc un bon tiers de l’interview qui ressasse plus ou moins les mêmes arguments qu’on a entendus jusqu’ici. La communication politique de Michel Sapin est-elle en cause ? Non, il se contente de répondre aux questions, avec un petit plus par rapport à certains: il axe son discours sur « restons à l’intérieur du parti » quels que soient les points de vues, les divergences, etc. C’est un message purement politique de cohésion. Sur la question de « ne nous attardons pas sur les personnalités », il est un tout petit peu moins crédible pour des raisons qui ont trait à son soutien pour Bertrand Delanoë et au fait qu’il rappelle la nécessité de valoriser sa motion, la motion A, lors des prochaines prises de décisions quant à la direction politique du PS (tout en se défendant d’ailleurs de faire un lien avec la personne de Bertrand Delanoë, ou une quelconque question de pouvoir).

« Des baisses de TVA sectorielles, par exemple dans l’automobile, c’est ce que proposait Christiane Lagarde hier, à votre place, sur LCI. Est-ce que c’est une bonne arme contre la récession ? » demande Christophe Barbier. La question est simple, elle demande une réponse par oui ou par non, comme au tribunal. Mais, le politique de l’ancienne école a banni ces mots de son vocabulaire, en tout cas en entrée de phrase. Il justifie avant de répondre : « Alors les baisses de TVA sectorielles c’est ce que nous avons proposé depuis plusieurs mois […] c’est d’ailleurs ce que les anglais viennent de proposer en Angleterre, donc sur le principe même, oui. »

Je vous passe la suite, le fameux « attention » à la façon de le faire. Bref, tout un arsenal pour ne jamais donner l’impression qu’on cautionne d’une manière ou d’une autre l’action gouvernementale.

Voilà un point important de la psychologie des hommes politiques toutes classes confondues : Lorsqu’on est dans l’opposition, ne jamais laisser penser que le gouvernement puisse faire quelque chose d’efficace ou d’utile. Lorsqu’on est au gouvernement ou dans la majorité, ne jamais accepter qu’un gouvernement précédent, constitué par l’actuelle opposition, ai pu faire quelque chose d’efficace ou d’utile.

Le message est toujours « On fait mieux que les autres ». Dans ce cas précis, MS commence par préciser que cette idée "d'une baisse de la TVA", avant d’être appliquée par le gouvernement est d’abord celle du PS, puisque celui-ci la propose « depuis plusieurs mois ». Ensuite, avant d’annoncer le « oui » c’est une bonne arme contre la récession, il prend encore le temps de préciser que les anglais l’ont mise en place, il le fait d’ailleurs d’une façon un peu légère, histoire de montrer que « même » les anglais l’ont mise en place… Le gouvernement français ne met donc en place, en quelque sorte, qu’une proposition socialiste, de surcroît préalablement adoptée par les anglais.

Ce genre d’attitude est ridicule. Je vois des hommes politiques agir ainsi depuis que je suis tout petit. Lorsque je demandais à mon père pourquoi il agissaient comme ça, il me répondait : c’est la politique…

C’est même ce que certains appellent de la communication politique. Je vais vous dire ce que c’est : de la merde ! De l’hypocrisie à laquelle personne ne croit. Et si certains y croient c’est encore plus malsain parce qu’elle tend à présenter continuellement une image négative de l’action qui est menée au niveau gouvernemental, quelque soit la qualité de la mesure affichée. Comment faire alors pour espérer que la population soutienne une mesure favorable ?

Il ne s’agit pas de soutenir le gouvernement en toute chose. Lorsqu’on n’est pas d’accord, il faut le dire, mais un peu d’honnêteté, même si elle peut paraître naïve aux machiavels modernes, est un gage de crédibilité. Les français sont en attente d’hommes et de femmes politiques mesurés, pleins de bon sens, et capable d’apprécier les choses à leur juste valeur et pas tout le temps occupés à décrypter l'action gouvernementale au travers d’un prisme partisan.

Interview Christine Boutin – La matinale - C+ - 27-11-08

Christine Boutin (CB) débute malheureusement sur une question pas forcément facile, « au 150ème mort dans la rue au bout de six mois, est-ce qu’il n’est pas une tout petit peu tard pour se lancer dans une réflexion sur l’hébergement d’urgence ».


Je ne suis pas forcément partisan des jugements de valeurs, mais, ce genre de question n’apporte rien au débat. Elle peut créer une atmosphère délicate sur le plateau et elle pousse l’interviewé dans ses retranchement dès la première seconde. Cette question sent le reproche, injuste par ailleurs, car, qui, de nos jours, sur la planète, peut se targuer d’avoir mis en oeuvre une politique sociale qui empêche un citoyen de perdre la vie ? Cette question de la mort des sans abris me semble trop importante pour qu’on l’utilise de cette façon.


La réponse de Christine Boutin n’est finalement pas trop mal au regard de la question posée : « il n’est jamais trop tard pour réfléchir ».

C’est dans la suite que ça se gâte : « Mais nous avons agi, depuis 17 mois, jamais il n’y a eu autant de construction de places d’accueil. » Il ne manque que la fameuse phrase : « nous avons accompli un effort SANS PRECEDENT » pour que ça soit complet. Il faut que les politiques perdent cette habitude néfaste qui consiste à toujours valoriser leur travail de cette façon face aux médias. En effet, si il n’y a « jamais eu » une telle action menée dans le domaine social, c’est que CB a accompli la meilleure action qui ai jamais été accomplie, c’est qu’elle a fait mieux que tous les ministres précédents en la matière. Assez de suffisance que diable, assez de suffisance !!! Ne vous rendez vous pas compte, messieurs et mesdames les politiques que les français sont lassés, à chaque fois qu’un gouvernement change, d’entendre que c’est le meilleur gouvernement qui soit et qu’il mène les meilleures actions qui ont jamais été menées, qu’il fait des efforts sans précédent, que les crédits engagés sont les plus importants qui ont jamais été engagés, etc.


Nous vous le demandons solennellement : arrêtez de nous prendre pour des américains !

Soyez modestes, dites que vous faites de votre mieux, que les choses progressent doucement, bref, tout vaut mieux que cette attitude suffisante.


Le reste de l’interview, continue sur un ton un peu agressif, que cela concerne la réflexion à mener, le nombre de logements construits, le « tollé » des associations contre la mesure visant à obliger les SDF à rejoindre un foyer dans les périodes de grand froid, ou la procédure de police visant à retirer les tentes placées dans les rues… Là encore, ce genre d’attitude nuit à l’atmosphère de l’interview. Il y a pourtant des réponses recevables qui sont apportées, mais la crispation autour de la forme nuit même à la perception que le téléspectateur peut avoir du fond.


Règle primordiale du coaching politique, de la com’ politique en général d’ailleurs, en matière d’interview : ne pas apparaître agressif. On peut s’emporter, montrer son indignation face à un thème particulier, mais celle-ci ne doit jamais se cristalliser autour de la relation qui existe entre le politique et le journaliste.


Ensuite, pour plus de clarté, il faudrait que la communication politique de Christine Boutin soit plus posée. Encore une fois, ses arguments concernant, par exemple, la réquisition de logements vides sont acceptables, mais ils sont déclinés dans une espèce de hâte, où les mots s’enchaînent trop vite, où les idées font place les unes au autres sans réel sens de la pédagogie. Bref, il faut repenser la communication politique de crise, car c’est bien de cela qu’il s’agit, aujourd’hui, face à la mort de sans abris dans le bois de Vincennes (sachant que l’hiver n’a, officiellement, pas encore commencé).

jeudi 27 novembre 2008

Le PS est-il réellement en crise ?

Si je dis : « Le PS est en crise ! » Va-t-on me contredire ? Probablement pas. On se contentera d’ajouter : banalité ! Pourquoi ? Serait-ce parce que le PS est réellement en crise ou bien parce que tellement de gens affirment qu’il est en crise qu’on a fini par s’en persuader ?


« Mais vous avez vu tous ces déchirements, ces querelles de personnes, ces coups tordus, ces insultes… Si ça ce n’est pas une crise, c’est quoi une crise alors ? » m’a-t-on objecté dernièrement.


L'inconvénient du mot « crise », c’est qu’il est aujourd’hui employé pour tout et n’importe quoi. Par ailleurs, les médias, friands des « crises », parce que spectaculaires, et donc bonnes pour « l’audimat », les mettent en valeurs, en parlent, en reparlent, bref, épuisent le sujet en lui suçant la moelle jusqu’à la dernière goutte. Et ne croyez pas que cet article soit destiné à faire un procès aux médias, ni à leur imputer les évènements qui ont secoué le PS ces dernières semaines. Je dis simplement que c’est au travers des médias que la focalisation sur le rôle des personnes s’est effectué. En réalité, si crise au PS il y a, elle est bien plus profonde qu’une simple animosité entre personnes. Certains dirigeants du PS ne s’apprécient pas réellement ? Il y a des luttes de pouvoir pour obtenir la direction du parti ? Chacun essaie de tirer la couverture à lui pour faire passer ses idées auprès des militants ? Il y a des négociations, des oppositions, des manipulations ? Alors quoi ? Nous savons que le monde politique n’est pas un remake de « l’île aux enfants ». Soyons sérieux, le monde politique est le reflet de la société et, au sein de chaque société, dès qu’il est question de pouvoir, les mêmes clans, les mêmes oppositions, manipulations, se mettent en place. Cessons donc de stigmatiser le PS pour ce genre de choses, assez communes finalement et intéressons nous au cœur du problème.


Le vrai problème, celui qui est sous-jacent, qui pointe le bout de son nez en France depuis quelques années, qui grandit, et, à chaque fois qu’il est question de succession, qui se fait sentir de plus en plus, est celui des idées. Un parti politique, bien qu’apparemment constitué de personnes, est en réalité constitué d’idées. C’est pour ses idées qu’on adhère et c’est parce qu’on n’est plus du tout d’accord avec ces idées qu’on s’en sépare, éventuellement, ou qu’on tente de le réformer.


Les idées qui caractérisent la gauche française n’ont cessé d’évoluer au cours du temps. Le poids de ces idées au sein de l’opinion s’est matérialisé par le poids des partis sur la scène politique. On a vu comment, tout au long de la cinquième République, le nombre d’adhérents du parti communiste n’a cessé de diminuer, symbole de la perte de vigueur des idées communistes. De même, il semble qu’aujourd’hui, les courants de pensée au sein du parti socialiste soient trop éloignés les uns des autres pour éviter que des tiraillements importants ne se matérialisent.


On peut compter trois courants de pensée au sein du parti socialiste, incarnés par les trois personnes qui étaient en liste dernièrement pour la succession au poste de premier secrétaire : Hamon, Aubry, Royal. Respectivement, ils vont de la gauche la plus révolutionnaire vers la gauche la plus centriste.

Quoi qu’ils puissent s’en défendre, les discours de Benoit Hamon et d’Olivier Besancenot sont relativement proche, tant au niveau du fond qu’au niveau de la forme.

Aubry, comme on le lui a d’ailleurs reproché, est à l’image d’un parti socialiste façon Mitterrand, avec des prises de position plus ouvertes, plus modernes, mais toujours relativement proche du nom « socialiste ».

Royal est en réalité en train de marcher vers un parti de centre gauche, qui, à terme, ne pourra plus se définir par le nom socialiste.


Pour Royal : l’heure n’est probablement pas encore venue, les militants ne sont peut être pas tout à fait prêts, mais tout semble indiquer qu’il y a une place, en France, pour un parti de centre gauche non socialiste. L’alliance avec le centre droit peut-elle être envisageable pour un tel parti ? Sur certaines questions peut être, pas sur toutes. Il y a une dimension sociale, non socialiste, qui créé une séparation réelle entre centre gauche et centre droit.


Pour Aubry : elle incarne un courant de pensée qui, s’il n’évolue pas, est condamné à disparaître. Elle n’a pas d’autre choix que de se moderniser. Dans les années 80, le PS était le cœur des alliances de la gauche. C’est à cette époque que les leaders actuels, compagnons d’Aubry sont apparus. Ils étaient dans le sillage de François Mitterrand (FM) et en on gardé l’empreinte. Ils pouvaient se prévaloir du charisme de leur leader, et de la possibilité, pour la première fois sous la Vème République, de mettre en application des idées de gauche. Aujourd’hui, ces arguments ne tiennent plus. Il est possible qu’avec le temps, la gauche se scinde entre gauche type Royal et gauche type Hamon.


Pour Hamon, il apparaît comme un personnage d’extrême gauche apaisé, raisonnable, faisant quelques concessions aux règles du marché ; l’aspect révolutionnaire est quelque peu estompé sur ce personnage. Il incarne néanmoins un changement de la gauche par la gauche, un refus des modèles capitalistes traditionnels. Il incarne en réalité l’espoir qu’incarnait FM en 1981. Il a une oreille de la part de l’opinion, et celle-ci pourrait grandir s’il s’en donnait la peine ; il pourrait, à terme, s’il était à la tête d’un parti (non pas que cela soit réalisable pour l’instant), ravir beaucoup de voix à l’extrême gauche.


La question se pose donc, pourquoi Hamon a-t-il rejoint Aubry ? Pourquoi Delanoë a-t-il rejoint Aubry ? Pourquoi Aubry a-t-elle gagné ?


Hamon n’avait aucune chance d’exister seul, et, sur l’échiquier, Aubry est celle qui est la plus proche de lui.


Delanoë aurait pu l’emporter sur Aubry, son désistement a été une mauvaise manœuvre politique, un refus de s’engager et de risquer de générer plus de vagues.

Dans son discours, il aurait tendance à se rapprocher petit à petit des idées de Royal. Il va cependant rester dans le camp Aubry : incohérence des politiques, question de personnes, et vision à court, très court terme, des enjeux politiques de la gauche française.


Pourquoi Aubry ? Parce qu’en un certain sens, elle est au milieu des deux autres, elle exprime une sorte de synthèse. Par ailleurs, Aubry n’a gagné que sur le papier, elle a gagné, j’allais dire, provisoirement, au niveau du maintient des fédérations dans un ordre de marche habituel, mais elle ne résoudra pas la fracture qui existe désormais au sein du parti socialiste, elle n’incarnera pas de courant nouveau : 50% des militants ont des idées qui évoluent vers une conception différente de la gauche, type Royal ; 20% de ceux qui l’ont soutenue ont un penchant très affirmé pour une gauche plus affirmée, type Hamon.

Pour des raisons politiques, parce que des élections, régionales, européennes et présidentielles arrivent au cours des trois prochaines années, les hommes ne pourront pas consciemment casser ce parti en deux. L’histoire le cassera, et peut être dans moins de temps que ce qu’on croît…

Pour des raisons politiques, parce que des élections, régionales, européennes et présidentielles arrivent au cours des trois prochaines années, les hommes ne pourront pas consciemment casser ce parti en deux. L’histoire le cassera, et peut être dans moins de temps que ce qu’on croît…

Il ne s’agit donc pas d’une crise, mais d’un progrès. Les choses bougent, les idées évoluent, les structures sont amenées à se transformer. Là où certains y voient une crise, il me semble qu’on est en face de l’émergence de nouvelles idées pour la gauche française, naissance uniquement retardée par la rigidité des institutions et les intérêts politiques de court terme.

mercredi 26 novembre 2008

Interview Olivier Besancenot – les 4 vérités/L’invité politique de Christophe Barbier – France2/LCI - 24/25-11-08

En ce moment, on enchaîne avec les personnalités politiques compétentes en matière de communication. Point besoin de beaucoup de coaching non plus pour Olivier Besancenot (OB) qui se débrouille plutôt bien, plutôt très bien même. On va s’intéresser aujourd’hui à ses deux passages sur LCI et France 2.

Il a quelques avantages par rapport aux partis traditionnels en matière de communication politique. Le premier, c’est que la LCR, ou le NPA, n’a jamais été en mesure d’accéder à un poste de gouvernance au niveau national. Point de ministre ou de secrétaire d’Etat en provenance de la ligue communiste révolutionnaire. Par conséquent, son débat se situe uniquement au niveau des idées. Il critique, assez activement, il propose, mais, à aucun moment, ni lui ni ses camarades n’ont été en mesure de mettre en pratique leurs idées. Par conséquent, personne en France ne peut objecter le classique : « lorsque vous avez été au pouvoir, pourquoi ne l’aviez vous pas mis en place ? » ou alors « Vous savez que ça ne fonctionne pas, vos prédécesseurs ont essayé sans aucun succès ». Les arguments ont donc la force de l’idée, jamais mise en pratique, et dont on se dit : « ça marchera peut être… »

Autre avantage non négligeable : le syndrome de « Robin des bois ». OB, durant chaque interview, met en avant les conditions de vie difficiles des basses classes sociales. Il oppose ce constat alarmant aux profits financiers des grands groupes type Total, en demandant que justice soit faite. Qui ne serait pas sensible à ce type d’argumentation, voulant « prendre aux riches pour donner aux pauvres » ?

Il a de sérieux désavantages par rapport aux partis traditionnels également, comme le besoin de trouver une cohérence à l’ensemble de ses arguments sachant qu’ils sont en décalage complet avec ce que nous appelons « la réalité économique ». En effet, la société de consommation a tellement imprégné les mentalités, que ses modèles nous sont désormais entièrement familiers. OB, bien souvent, pointe du doigt ces modèles, en dénonce les conséquences et, propose une alternative. Dès lors que ces modèles nous semblent familiers, c'est-à-dire naturels, il s’agit que la proposition visant à créer une politique différente soit également crédible. Un « prolétaires de tous les pays, unissez vous ! » n’y suffirait plus. La naïveté qui régnait durant la période dite des « idéologies » a fortement diminué ; les français sont plus au courant des mécanismes économiques ; en tout cas, si un modèle était proposé par OB qui ne tienne absolument pas la route du point de vue des idées, il serait démonté immédiatement lors des débats télévisés. Or, nous avons pu constater durant la précédente campagne présidentielle qu’OB s’en sortait plutôt bien face aux représentants des autres partis.

En quoi l’argumentaire d’OB tient-il la route ? Cela tient à un des mystères de l’économie, qui, contrairement à ce que les économistes affirment, est intimement lié au fait fondamental suivant : l’économie n’est pas une science. Je m’écarte un peu ici de mon rôle d’analyste en communication, mais, pour comprendre les techniques de communication de l’extrême gauche, principalement en matière de politiques économiques, il est essentiel d’ouvrir cette petite parenthèse. L’économie n’est pas une science donc, ni de près, ni de loin. Les lois, dont la majeur partie des économistes se prévalent, n’ont absolument rien à voir avec une quelconque loi mathématique, par exemple, celle qui affirme que dans l’ensemble des entiers relatifs, 2+2=4, et ce, indépendamment du stress de la personne qui fait l’addition, indépendamment de la position de la terre par rapport à la lune, etc. Il s’agit d’une loi s’appuyant sur un principe fixe. Il n’en est pas de même pour l’économie. Aucune loi n’existe au sens mathématique du terme. L’économie est, en réalité, une ensemble de paradigmes.

Pour nous en convaincre, nous allons présenter ici deux discours. Le premier est celui que Nicolas Sarkozy a tenu aujourd’hui même à Valencienne. Parmi tout ce qui a été dit, il y a quelques idées qui tendent à justifier sa politique économique en vue de sortir de la crise. Ensuite, nous présenterons les propos qu’OB a tenus sur France 2/LCI face au(x) journaliste(s) et nous comparerons.

Nicolas Sarkozy (NS) était à Valenciennes pour annoncer l’extension des contrats de transition professionnelle. Malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes, la vidéo ne peut être disponible, c’est donc de mémoire que je vais restituer, en substance, les propos du chef de l’Etat. Le sujet principal tournait autour de la manière de sortir de la crise. Il parlait de l’impossibilité de sortir de cette crise avec des mesures socialistes. En effet, les socialistes avaient demandé une réduction du temps de travail (35h), ils avaient demandé des départs à la retraite anticipés de manière à ce que les anciens laissent la place aux jeunes dans les entreprises. Cependant, le pays, dit-il, est celui d’Europe où les personnes partent à la retraite le plus tôt et aussi celui où le taux de chômage des jeunes est le plus important. Sous entendu, le départ à la retraite des plus anciens, ne favorise donc pas l’embauche des jeunes. Au niveau de la réduction du temps de travail, il ajoute que nous sommes un des pays où les gens travaillent le moins longtemps, et en plus nous ne travaillons que 35 heures, alors comment faire pour rivaliser avec les autres pays ? Comment faire pour être compétitifs ? L’exemple donné est celui de la Belgique, où les magasins sont ouverts le dimanche. NS demande aux personnes présentes ce qu’elles font le dimanche. Il semble qu’elles répondent qu’elles vont en Belgique. Pourquoi dit-il ? Parce que les magasins sont ouverts ? Eh ben voilà. Je préfèrerais que les personnes de Valenciennes puissent dépenser leur argent en France plutôt qu’en Belgique si c’est possible, enchaîne-t-il ensuite. Bref, on comprend bien le raisonnement général. D’autres arguments concernant les prestations sociales qui doivent absolument aller aux plus démunis, l’impossibilité de partir en vacances lorsqu’on n’a pas assez d’argent, etc. sont avancés. On n’est pas obligé d’y adhérer, mais on ne peut pas retirer à ce discours un certain bon sens. Ces propos sont logiques ; on comprend bien qu’en ne travaillant que 35 heures là où d’autres en travaillent 40, on ne peut être aussi compétitifs. On comprend également très bien qu’il est préférable de faire profiter les commerçant de valenciennes de l’argent qu’on va dépenser le dimanche plutôt que les commerçants belges pour la santé économique de notre pays…

Voyons maintenant l’autre côté du miroir. Olivier Besancenot fait une analyse tout à fait différente, mais tout aussi cohérente. A la question de Roland Sicard sur la possibilité d’entrer dans un gouvernement, OB répond que s’il est anticapitaliste « pourquoi pas ». Il détaille ensuite le « pour faire quoi » : « interdire les licenciements, augmenter les salaires, faire plus de service public », en précisant qu’un tel gouvernement ne pourrait voir le jour « à froid », mais qu’au contraire il ne se créerait que dans le cadre de « mobilisations sociales exceptionnelles ». En clair, ce type de gouvernement ne peut exister par le biais de la démocratie, mais uniquement par celui de la révolution. Je reconnais que sur ce point, il est allé un peu vite. Si on devait proposer du coaching politique à Olivier Besancenot on lui suggèrerait d’éviter les amalgames de mesures en décalage complet avec ce qui est le quotidien des français, du type « interdire les licenciements, augmenter les salaires, etc. » Les français n’y croient pas, ou plus. Il faut faire de la pédagogie sur ces questions là, afin de les présenter sous un jour plus modéré.

Sur LCI, le message passe mieux. Après avoir signalé que « la société capitaliste est en crise », OB précise qu’ « il y a des solutions qui existent », et que celles-ci pourraient permettre aux « collectivités d’arrêter de subir l’économie de marché ». On a un passage encore un peu incroyable sur « Si les services publics tapaient du poing sur la table, chacun pourrait avoir un emploi, correctement rémunéré, avec plus de protection sociale et plus de service public ». Comme ça, de but en blanc, on a du mal à adhérer. Mais, ensuite, voilà l’argumentaire qui dénonce la politique du gouvernement en matière de sorite de crise : « alors qu’on est en crise, que les contre réformes (entendre les mesures) libérales ont expliqué le chaos de Wall Street, on vous propose quoi ? De travailler plus longtemps – le travail du dimanche – éventuellement de travailler jusqu’à 70 ans. [..] alors que la plupart des employeurs pensent [qu’ à cet âge] vous n’êtes plus productifs et trop couteux. Y en a même un qui a proposé l’amnistie fiscale pour faire revenir les plus riches. »

Sur la question de la privatisation de la poste, il enchaîne en expliquant que les groupes européens qui concurrencent le service public postal en France, « type DHL ou autre », sont en fait « des opérateurs publics de pays européens comme la Hollande en cours de privatisation ». OB préconise donc une coordination des services publics européens de manière à aboutir à la création d’un service public unique européen. L’idée paraît séduisante, plutôt qu’une concurrence acharnée…

Avouez que cette deuxième partie à déjà plus de charme. Il est évident que là où le président parlait de devenir concurrentiel en travaillant plus, et de faire rentrer l’argent dans la poche des commerçants français en travaillant le dimanche, OB présente une autre facette de la chose en disant que travailler encore plus, c'est-à-dire le dimanche ou jusqu’à 70 ans, pour les salariés n’est pas une option forcément réjouissante, et que la concurrence à tout prix mène surtout à la crise financière qu’on a connu.

Nous avons donc affaire à deux approches différentes de la même question. Qui a raison, qui a tort ? Il semble qu’on soit face à une divergence de point de vue, et rien d’autre.

Les premières querelles entre économistes qui n’ont pas encore cessé d’exister, naissent entre le courant néo-classique et le courant keynésien au début du XXème siècle.

Les premiers disent en substance : « si vous baissez les charges des entreprises, elles pourront produire des articles moins chers, et donc ceux qui ont moins d’argent pourront les acheter. Ainsi, ça permettra aux entreprises de se développer, elles embaucheront et le chômage diminuera. »

Les second répondent en substance : « Au contraire, si vous augmenter le pouvoir d’achat de la population, surtout de celle qui a peu de moyens, elle pourra acheter les articles des entreprises qu’elle n’avait pas les moyens d’acheter auparavant. Ainsi, les entreprises pourront se développer, elles embaucheront et le chômage diminuera. »

Alors, politique de l’offre, ou politique de la demande ? Personne jusqu’ici n’a réussi à trancher la question.

Olivier Besancenot, dans les deux interviews, rejette ces deux points de vue, le premier, étant associé à la droite, le second, à la gauche. Il part du principe que les deux camps acceptent « le postulat de l’économie de marché ». Celle-ci, pour ce néo-marxiste, est la source de l’aliénation de l’homme moderne, il s’agit donc de changer de modèle de société. Il présente d’ailleurs assez bien son argumentaire comme nous l’avons vu plus haut. La question persiste cependant : son modèle de société est-il viable ? Puisque nous en resterons, à moins d’une prochaine révolution, au niveau du débat d’idées, et puisque rien de scientifique, aucun principe, aucune loi, aucune démonstration purement logique, ne permettra de vérifier les hypothèses, la question restera probablement ouverte, laissant la place à de beaux débats…

mardi 25 novembre 2008

Interview Gérard Larcher La matinale, Canal + - 24-11-08

Bon, je ne vais pas vous le cacher, Gérard Larcher (GL) aura un bon point pour cette interview.

Quel est son point fort ? La sympathie qu’il inspire. La rondeur y est pour quelque chose, je vous l’accorde, ça rend les gens sympathiques. En même temps, pensez-un instant à un dictateur ignoble qui pèserait une centaine de kilos, je ne suis pas sur que le poids changerait grand-chose à l’opinion qu’on se ferait de lui. La rondeur aide, mais elle ne suffit pas.

Quoi d’autre ? Une espère de sympathie qu’il inspire naturellement et qui a trait à son attitude, plutôt distanciée, empathique, assez relax. Il termine d’ailleurs son interview avec le sourire, sur une petite blague, en parlant de ses trois petits déjeuners et de ses quatre rendez-vous avant huit heures du mat’. Ca vous rappelle quelqu’un ? Gagné, Chirac ! C’est en partie grâce aux mêmes qualités qu’il a fait la carrière que l’on sait. Vers la fin de l’interview, GL chante même un peu, se dandinant de droite à gauche « On a l’impression que la cours des comptes viendrait comme une gourmande… » Incroyable non ? Oui, je ne connais pas un politique qui pourrait inclure ce genre de comportement dans son plan com’. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que la communication politique de Gérard Larcher est, soit naturelle dans une large mesure, soit telle que son coach politique est un psychologue hors pair…

Certains analystes politiques vous diraient que tout ça c’est des conneries. Ils invoqueraient des arguments bien avancés, une rhétorique travaillée, une sémantique rassurante, un positionnement politique équilibré, etc. Ok, tout ça peut être acceptable. Mais d’autres hommes politiques ont des arguments quasi identiques, une façon de s’exprimer qui n’est pas anxiogène non plus, et des idées plus que claires quant à la façon d’aligner leurs arguments. Ca ne leur confère pas cet espèce de charisme particulier. Je fais remarquer au passage à ces messieurs les spécialistes, que Caroline Roux, pourtant assez virulente d’habitude, a du mal à en placer une. Ce n’est pas critique à lui faire, notre président du Sénat est du genre imposant, verbalement j’entends. Il a une technique bien à lui que même chez les profs, on ne maîtrise pas si bien que ça. Il s’agit des variations du niveau sonore du discours. Il varie très souvent le volume de sa voix, spécialement lorsqu’il sent qu’il va être coupé avant de pouvoir terminer son argumentaire. Il monte le ton, de façon brève et soudaine, de manière à créer une sorte de stupeur, ou d’interrogation, qui pousse son interlocuteur à l’écouter un instant de plus, et, chose encore plus importante que le fait d’avoir haussé le ton, il le baisse aussi tôt, plus bas que la normale. Ceci pousse l’interlocuteur à tendre l’oreille pour être certain de bien comprendre ce qu’il dit (En fait, il le fait une fois, de façon vraiment perceptible, durant l’interview). Certains profs connaissent bien la tactique : face à une classe bruyante, si vous tentez de parler plus fort pour être entendu, vous contribuerez à accroître d’autant le niveau sonore, les élèves auront tendance alors à parler encore plus fort, et, au final, c’est la panique. Ce qu’il s’agit de faire pour ramener le calme, à part virer les quelques uns qui « plantent le bordel », c’est de continuer de parler mais à un niveau légèrement inférieur au niveau sonore ambiant. L’effet est garanti.

Des points négatifs maintenant :

- Dès le début de l’interview, sur la question du parti socialiste, GL présente le débat comme « une querelle de femmes ». Ce genre d’argument n’est pas loin d’apparaître comme étant machiste. Une querelle entre deux femmes, oui, une querelle de femmes, genre « crêpage de chignon », non !

- L’explication un peu rapide des arguments économiques est aussi à revoir. Un peu plus de pédagogie ne ferait pas de mal. Je ne suis pas sur que tous les téléspectateurs voient clairement la différence entre la baisse de la TVA de Gordon Brown, qui est sensée relancer la consommation (et mise en place parce que la conjoncture en GB cumule baisse du niveau de la livre et baisse de la consommation intérieure) et le plan de relance économique dont parle GL, même s’il le justifie, rapidement en expliquant qu’il s’agit d’une relance des investissements. Bref, tout ceci est un peu rapide à mon goût. Et, puisque par deux fois GL prend le temps de citer l’action méritoire du président de la République, il s’agirait donc d’en détailler un peu les aspects, même si cela a déjà été fait plusieurs fois. Règle numéro 1 de la pédagogie : On ne réexplique jamais suffisamment ! Règle numéro 2 : Ne jamais oublier la règle numéro 1 !

En dehors de ces points négatifs, le reste est convenable. Je ne vous cacherai pas que ce n’est pas forcément l’extase durant toute l’interview. Il ne s’agit pas d’une interview de Jamel Debbouze où le but est de se marrer pendant 10 minutes. On est face à une interview politique, ne l’oublions pas. Cependant, la position de GL, « instable », appuyée plutôt sur un côté, sa façon de se frotter les mains et de parler en même temps aux deux journalistes (chose assez rare somme toute parce que bien souvent les interviewés fixent le journaliste droit dans les yeux et on tendance à exclure les autres), sa façon de chantonner, comme on l’a déjà dit, a un côté rigolo qui ne manque pas de faire sourire ces dames et de créer une atmosphère détendue et donc agréable. On a l’impression qu’on est un peu en dehors du cadre rigide traditionnel. C’était le cas dans certaines interviews avec Jacques Chirac, ça pouvait être le cas, par moment, avec le Général De Gaulle. Mitterrand, par contre, avait le don de glacer l’ambiance, malgré un sens de l’humour très développé.

Par ailleurs, GL n’hésite pas à casser un peu de sucre sur le dos des institutions, de façon détournée, mais quand même. Il laisse entendre qu’il faut agir vite au niveau européen, quant au plan de relance, et même accélérer la manœuvre car si les processus classiques étaient suivis, ils mettraient « des mois et des mois ». Plus loin, il conclut : « nous savons la lenteur des procédures ». Ces petites phrases qui n’ont l’air de rien nous font néanmoins penser, à nous téléspectateurs, « enfin un politique, parlementaire de surcroît, qui ne nous raconte pas que l’administration fonctionne vite et bien ». L’absence de langue de bois, de temps en temps, ça soulage ! Il poursuit en utilisant un langage familier, apprécié des couches populaires (tant que cela ne devient pas excessif) car c’est une manière de rapprocher l’élite politique du peuple, en réponse à une question concernant le travail dominical : « Il y a une réalité vous savez, aujourd’hui tout le monde braconne, depuis des années ! » Oui, c’est une réalité. On est peut être même en dessous de la réalité. Là encore, c’est bien de le reconnaître. L’argumentation, par ailleurs, entre reconnaissance de ce fait et de la nécessité de travailler le dimanche, et, respect du repos dominical, est équilibrée (même si elle n’apporte pas vraiment de solution claire, parce qu’au final, on fait quoi ? on travaille ou on ne travaille pas ? Je ne veux pas créer une trop longue parenthèse, mais les raisonnements de la population, messieurs les politiques, sont souvent manichéens, binaires même, et attendent une réponse par oui ou par non. Les « peut être », les « il faut aménager », les « il faut en discuter et trouver un compromis », sont le meilleur moyen qu’on n’y comprenne rien, et qu’on ne mémorise pas réellement ce qui est sensé se passer).

Bref, inutile d’aller plus loin, j’en ai assez dit, certains s’imaginent surement que je passe de la pommade. De toute façon, il est un peu tard, presque 1h du mat’, et demain, à 8h, il y a d’autres interviews…

vendredi 21 novembre 2008

Interview Benoit Hamon – Ségolène Royal « Europe 1 » 19 et 20 – 11 – 2008

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Un comparatif sur les deux méthodes : Benoit Hamon (BH) et Ségolène Royal (SR) en matière de communication politique.

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Une réelle différence d’approche. BH est beaucoup plus agressif. Le ton ne trompe pas. Il débute d’ailleurs son interview par une critique masquée. À la question d’un désistement éventuel en faveur d’un autre candidat, BH répond en substance qu’il n’en est pas question car il a travaillé depuis plusieurs mois pour en arriver là. Jusque là, rien à lui reprocher !

Il enchaîne ensuite : « moi j’ai 41 ans et je ne suis pas dans leurs querelles depuis 10 ans ». On a le choix, lorsqu’on argumente, soit on le fait de façon positive, c'est-à-dire constructive, soit on le fait par opposition aux autres. C’est ce deuxième choix que fait BH. Il trouve sa légitimité par rapport à une différenciation radicale vis-à-vis des deux autres candidates : « je n’appartiens pas à cette génération gâtée ». Cette dénonciation des querelles existantes est pourtant aussi une forme de querelle.

L’approche de SR est beaucoup plus mesurée. Elle entame son discours en parlant des militants, façon de se mettre en recul de montrer l’importance qu’ils ont à ses yeux. Ensuite, un « je ne sais pas » en réponse à une question concernant « prévoyez-vous un ou deux tour ? », assez rare parce que les politiques veulent montrer qu’ils peuvent gagner en dépit des chiffres, en dépit des « éditorialistes inspirés » pour reprendre les termes de BH, marque encore une fois le fait qu’elle veut s’en remettre aux militants. Un signe d’humilité en quelque sorte.

Cependant, on ne peut être dupe du plan de communication politique bien ficelé mené par Ségolène Royal. Un mot « partenaire » trahit particulièrement l’artificialité de cette empathie à l’égard des autres prétendants au poste de premier secrétaire. Après avoir utilisé ce terme pour qualifier ses opposants, elle prend le temps de préciser le pourquoi du comment du choix du terme, en le différenciant bien du mot « adversaire », qu’elle récuse. La construction politique du langage est ce qui nécessite cette justification. SR tient à montrer qu’elle a de l’empathie pour les autres, qu’elle veut rassembler. C’est d’ailleurs au travers de ces expressions que « Sainte Ségolène » se construit. Le coaching politique de Ségolène Royal a pourtant des failles. Plus tard dans l’interview, SR se coupe, et utilise finalement, pour qualifier les mêmes personnes, le mot « adversaire », qu’elle récusait cinq minutes plus tôt. Elle l’utilise d’ailleurs au beau milieu d’une critique « si mes adversaires, partenaires, n’ont plus que cet argument à m’opposer, c’est bon signe… ». Ce lapsus est petit, mais, comme tout lapsus, extrêmement révélateur.

Un mot sur la question du ton « révolutionnaire » de BH. L’ancrage politique, bien à gauche, a une résonnance révolutionnaire. On entend dans ses propos comme un écho marxiste, une rébellion contre le capitalisme, qu’il qualifie de « lutte contre la droite ». Ainsi, dans le refus des responsabilités qu’il affirme et réaffirme (en partie parce qu’il se place toujours, au moment de l’interview, dans la peau de quelqu’un qui peut l’emporter), même s’il y viendra probablement, il y a cet accent connu des partis d’extrême gauche, qui n’ont pas vocation entrer au gouvernement, qui n’en n’ont d’ailleurs pas le désir, lui préférant la révolution. Bien sur, BH n’en est pas là, sinon, il ne serait pas député. Encore que le parti communiste s’accommode assez bien des distances qu’il prend avec le marxisme.

Lorsqu’il dénonce l’absence de soutiens de la part des « patrons de fédé », BH affirme que les 24 000 voix qu’il a obtenues viennent du parti « réel », comprendre de la base, du peuple. Sur ce plan, il s’estime « largement devant les deux autres candidats ». Encore une fois, l’opposition entre classe dirigeante et classe populaire est réaffirmée, même au sein du PS.

Enfin, l’attitude décontractée, que la caméra dans les studios d’Europe 1 dévoile plus aisément que le ton de la voix au travers du micro, révèle ce besoin d’apparaître proche du peuple, surtout pas guindé, surtout pas bourgeois, en dehors des « codes » qui régissent le monde politique.

On sent donc très fortement cette résurgence du « révolutionnaire » au travers du député européen, petit engrenage de la grande machine techno-capitaliste.

Toujours sur le sujet de la révolution, ou, en plus soft, du changement, SR parle aussi de changer, pour le PS, « ses méthodes, ses codes, ses façons de faire de la politique ». Sur ces quelques mots, on pourrait penser qu’ils sont d’accord, qu’ils peuvent se rapprocher l’un de l’autre en faveur d’un changement. Chacun sait bien que c’est hors de question. Le changement désiré par SR est inacceptable pour BH. Les « ponts » que BH souhaite lancer sont à destination des partis d’extrême gauche, dans le but de faire opposition à la droite. Les « ouvertures » dont parle SR sont en direction du centre droit, d’une gauche chrétienne (le journaliste lui pose une question, sur son approche « mystique » de la politique, question qu’elle éludera en grande partie). BH refuse ce type d’alliance. Il refuse le libéralisme, il acquiescera, ironiquement, lorsque le journaliste émettra l’hypothèse que l’utilisation du terme « libéral » a été la cause principale de l’échec de Bertrand Delanoë.

Enfin, dernier point, la vérité du personnage. Elle se traduit chez BH par un langage marqué à gauche, combatif, désireux d’apparaître tel qu’il est. Chez SR, qui tente, marketing politique oblige, de présenter une image qui corresponde à l’idée que la population se fait de la « féminité compatissante », la vérité du personnage peine à apparaître. Cette vérité est pourtant essentielle, plus qu’une clé ouvrant la porte de la crédibilité, elle est la base de la confiance populaire.

Pour conclure, essayons-nous à un peu de coaching politique :

- Dans le cas de Benoit Hamon, il s’agirait peut être de repenser les moyens de faire passer ses idées. Il s’agirait donc d’envisager une communication politique plus travaillée afin que la forme générale du discours soit plus lisse, quoi que je doute qu’il soit prêt à en accepter ne serait-ce que l’idée.

- Pour Ségolène Royal, au contraire, une attitude qui frôle l’opportunisme, la recherche perpétuelle de l’idée neuve qui apportera le soutien populaire qu’elle désire, doit être mesurée par la réaffirmation d’un positionnement politique stable, fort, presque inamovible, fait de convictions solides, qui donnera plus d’épaisseur à celle que ses détracteurs ont, durant les longs mois de la campagne présidentielle, présentée comme une idiote.

Interview Elisabeth Guigou – La matinale C+ - 14-11-08

On voit bien qu’Elisabeth Guigou (EG) fait de son mieux pour tenter de masquer les dissensions qui ternissent l’image du parti socialiste. Louable intention. Est-ce crédible ? Pas besoin d’être spécialiste en matière de communication politique pour se rendre compte que le parti socialiste souffre de ses querelles intestines.

Le plus étonnant est cette animosité retenue à l’endroit des autres participants. On sent bien que sous une apparence plutôt affable, EG ne peut s’empêcher d’en vouloir à Ségolène Royal d’être arrivée en tête lors du premier vote, ou à Martine Aubry de ne pas s’être écarté pour laisser la place à Bertrand Delanoë. Certaines « petites phrases » renforcent cette sensation, par exemple :

- « On peut arriver à quelque chose pourvu qu’on laisse les égos de côté ». On a l’impression qu’elle est consciente du fait que les querelles de personnes empoisonnent ce congrès. Et pourtant, elle prend la peine de préciser que Bertrand Delanoë « ne faisait pas des questions de personne un préalable ». Qui reste-t-il donc qui puisse focaliser son attention sur les questions d’égo si ce ne sont les trois autres participants ?

- Elle précise, en passant, que Bertrand Delanoë n’a pas retiré sa candidature. Une façon de montrer que son « candidat » est toujours bien présent et prêt à agir en cas d’opportunité.

- Suite à la question d’une internaute, Nadia, arguant que les idées étaient absentes du débat au profit des questions de personnes, EG prend également la peine de préciser, que Bertrand Delanoë n’est pas sur une ligne personnelle. Ceci étant encore une fois une façon de le distinguer des autres. Elle précise ensuite que parce qu’il est justement positionné sur le débat d’idée, il n’est arrivé qu’en deuxième position. Façon de rappeler encore une fois la place de son candidat et de le distinguer. Elle ajoute enfin pour justifier la phrase précédente : « parce qu’on est dans l’évènementiel, tout le monde est en train de regarder les people, les machins ». Si cette critique ne s’adresse pas à SR, à qui est-elle donc destinée ? A part ça, croyez Elisabeth Guigou quand elle vous dit qu’il n’y a pas de question de personne dans les débats au Ps, et encore moins dans le clan Delanoë.

Quelques points sont néanmoins positifs dans la communication politique d’Elisabeth Guigou. Elle prend la peine de mettre en avant les sujets qui rassemblent les candidats, ainsi que ceux qui les divisent, avec des exemples concrets, comme « le retour à l’autorisation administrative de licenciement ». Ces aspects montrent que les querelles ne sont pas basées uniquement sur des questions de personnalité, mais sur des différences d’idées fondamentales.


EG note par ailleurs « je ne veux pas qu’on donne une apparence de modernité et que tout d’un coup on en revienne à de vieilles recettes dont on sait qu’elles ne marchent pas ». L’énoncé est synthétique, et il a l’avantage d’être logique. La différenciation avec Benoit Hamon est tout aussi claire sur la question de l’Europe et du protectionnisme dans lequel elle refuse d’entrer.

Il aurait peut être été plus judicieux d’axer l’interview uniquement sur ces différences de principe entre les quatre candidats.

vendredi 14 novembre 2008

Interview Jean Pierre Jouyet, La matinale, C+ - 13-11-08

Jean-Pierre Jouyet (JPJ) est un pur techno, Science po, ENA, dir cab adjoint de Jospin, etc. Pourquoi je précise cela ? Pour montrer que l’habit ne fait pas le moine. En matière de communication politique, Jean Pierre Jouyet se débrouille plutôt bien. Malgré sa forte connaissance du système économique et financier, il ne nous écrase pas sous une tonne de termes barbares.

- JPJ commence son interview par une réponse à la question : « Peut on sauver les finances mondiales en une après midi ? ». Cela paraît être une gageure. JPJ y répond en employant les mêmes mots : « on a bien sauvé l’Europe en deux ou trois après midi ». L’utilisation des mêmes mots a un sens si l’on veut que le téléspectateur comprenne qu’à question un peu incroyable on fait une réponse un peu incroyable. Une réponse du type : « Oui, nous pourrons réformer le capitalisme mondial à l’issue de cette unique réunion » aurait provoqué l’incrédulité de l’opinion.

Au préalable, JPJ prend quand même le temps de qualifier ce qu’est cette réunion, par nature, « une opportunité historique », afin de poser un cadre simplifié : on est face à une opportunité, pas à la résolution concrète de tous les problèmes.

Ensuite, il met en avant deux ou trois points qui peuvent paraître anodins mais qui sont clef en matière de communication : les pays conviés représentent 85% de la richesse mondiale, dit-il. Et puis : « C’est ce qu’on va essayer de faire en un minimum de temps » Les termes « essayer » et « minimum de temps » préparent le terrain.

Bref, en quelques mots il prépare le téléspectateur à l’idée que c’est possible, qu’il y a une carte à jouer au G20 en ce qui concerne la réforme du système financier international.

Nous ne nous positionnons pas ici sur la faisabilité de cette réforme mais sur sa présentation en matière de com' politique, car une analyse politique des issues favorables d’une telle réunion serait beaucoup plus pessimiste.

- « Y a un système international qui ne fonctionne plus, faut essayer de rebâtir quelque chose qui soit plus durable, plus éthique ». Là encore, le choix des mots est important : ce discours sonne comme un discours d’homme de gauche, critiquant l’état actuel du système, mais, le désir de le réformer, et non pas simplement de le stigmatiser en jetant "le bébé avec l'eau du bain", ouvre une fenêtre. Le cadre de cette fenêtre est défini à l'aide des mots employés : durable et éthique. On est bien face au discours de quelqu’un qui veut conserver un système économique en place, mais qui veut le modifier dans une perspective totalement différente de celle que le courant libéral a établi depuis des décennies. On est face à un discours modéré qui n'annonce pas un système nouveau mais un regard nouveau sur le "même" système.

Ce discours a les clefs pour séduire car il s’écarte de l’approche manichéenne habituelle : à droite, on clame que tout va bien et qu’il ne faut finalement pas changer grand-chose, mais juste adapter un peu, contrôler un peu, et tout sera parfait. A gauche, on crie « Haro sur la bête capitaliste ! A mort ! Cassons tout et reconstruisons sur une base socialiste ». Vous remarquerez qu’ici le mot social n’a pas été employé. Durable et éthique ont été choisis; ils ont une connotation beaucoup plus actuelle et ambitieuse. L’impact est en conséquence.

- Un peu plus loin, il y a également des indices qui traduisent une approche du sujet plutôt réaliste, c'est-à-dire équilibrée. JPJ sait surement qu’il s’agira, dans ce cadre de négociations avec les pays du G20, et notamment avec les Etats-Unis qui ne sont pas prêt à céder sur n’importe quoi, de tractations compliquées et probablement tendues.
Les titres des journaux ont d’ailleurs depuis annoncé les réticences de l’administration Bush en termes de régulation du système financier international. Venant d’un camp républicain, adepte de ce que les économistes appellent « le laissez-faire », cela n’est pas très étonnant.
En revenant à JPJ, on remarque qu’après avoir énuméré un certains nombre de points techniques qu’il désire manifestement voir abordés lors de la réunion, Caroline Roux lui demande quelque chose du style « Sont-ce là les points non négociables de la part des européens ? » Jean Pierre Jouyet ne fini pas sa phrase.
Un coach politique lui aurait dit que ce n’est pas bien. Il faut aller au bout de ses idées et les exprimer clairement et entièrement.
Le morceau de phrase est « mais tout est… » On comprend que le mot manquant est «négociable». Preuve de réalisme face à une réunion internationale, où, contrairement au politique qui veut nous faire croire que face aux Etats-Unis, l’Europe, et la France surtout, sous la direction du Président Sarkozy, aura la force d’arracher une réforme complète du système international, le techno lui, dans ce cas précis, sait qu'il faudra faire preuve de modération.

Il a l’habitude, le techno, des réunions interministérielles qui n’en finissent jamais, de ces réunions d’où les caméras sont absentes et où chacun peu aligner sans fin toutes les longues phrases bien chiantes qu’il a fait préparer par ses conseillers, encore plus techno que le techno lui même; il a l'habitude de ces réunions où chacun s'écoute parler, se repaissant de son discours pompeux, bardé de logorrhées interminables. En deux mots, le techno sait que l’issue d’une négociation n’est jamais acquise d’avance, alors il est plus modeste. JPJ le souligne d’ailleurs un peu plus loin dans l’interview : « une négociation ce n’est jamais facile ».

Les points suivants, qui feront surement bondir les partisans de Madelin, traitent de la nécessité du contrôle de l’économique par le politique, afin d’éviter les « faillites bancaires », les « crises financières », etc. Tous ne s’accorderont pas sur le principe, mais sur la forme, les choses sont plutôt bien présentées une fois encore.

Bref, en clair, Jean Pierre Jouyet ne se débrouille pas mal du tout en matière d’interview, il est par ailleurs assez pédagogue, vous n’avez donc pas vraiment besoin de moi pour décrypter ce qu’il dit… (Et n’y voyez là aucune sympathie politique) … je vous laisse donc écouter tranquillement la fin de l’interview, si ce n’est pas déjà fait, et je vais prendre un café.

jeudi 13 novembre 2008

Interview Luc Chatel – les 4 Vérités – 13-11-08

Discours techno ! Attitude de porte parole coincé entre langue de bois et peur de dire une bêtise ! Deux aspects principaux de l’interview de Luc Chatel (LC), secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la consommation, sur France 2 ce matin. Les temps sont durs et ma critique est probablement un peu cruelle, mais on peut tourner l’interview dans le sens qu’on veut, on n’en sort pas. (C'est d'ailleurs étonnant, car le petit "face caméra" qu'il a réalisé et qu'on peut voir sur http://www.01net.com/editorial/372463/pouvoir-d-achat-un-ministre-pique-une-colere-sur-internet/

n'était pas mal du tout.)

De temps en temps, en jetant un œil au parcours de l’homme politique, on peut comprendre comment un passage à l’ENA, un début de carrière dans l’administration, peuvent formater un candidat façon « technocratie ». Ce n’est pas le cas de Luc Chatel qui a été un universitaire assez classique (si wikipedia ne se trompe pas) avant de se lancer en politique.

Pourquoi cette attitude alors ? Difficile d’expliquer.

  • Il y a peut être un léger malaise face à la caméra, bien que l’habitude des interviews et des discours en public le dissimule assez bien. En effet, les courtes inspirations qui ponctuent chaque phrase, ou presque, ainsi que les petits sourires crispés qui s’affichent et s’effacent rapidement, sont caractéristiques d'un manque de confiance « structurel », pour reprendre un terme cher aux économistes.

  • Par ailleurs, Luc Chatel parle des français de façon déshumanisée. En tant qu’économiste libéral, LC a parfaitement intégré l’hypothèse de base des modèles néo-classiques : l’être humain est en réalité un « homo-oeconomicus », dénué de sentiments, dont le comportement peut être réduit à un ensemble de choix économiques. Ce genre d’hypothèse est surement très pratique pour modéliser les comportements du consommateur moyen. Elle l’est beaucoup moins lorsqu’elle resurgit en filigrane dans un discours à destination des français, car celui-ci devient alors froid et quelque peu déshumanisé. On a l’impression d’entendre un robot qui déballe son laïus pré-enregistré sur les processus économiques de la société française.

  • Ensuite, le refus total d’accepter l’idée du mot « récession », alors que tous les analystes économiques le clament haut et fort, tout ça simplement pour obéir aux règles toujours un peu débiles qui règnent dans les cabinets ministériels en matière de communication : « surtout, n’utilisons pas tel ou tel terme qui risque d’alarmer inutilement la population et qui aura un impact contre productif. » Excusez moi de cette critique un peu acide, mais quand on voit la dégaine des technos qui balancent de telles conneries en réunion, avec leur air de supériorité, façon de dire « je suis incontestable en la matière donc taisez vous et écoutez », quand on voit comment les ministres écoutent, que dis-je, boivent leurs paroles et n’osent jamais les remettre en question, on se dit que le chemin est encore long, et que la croix, pour les conseillers qui sont un peu en décalage avec le milieu, est bien lourde ! Bref, la langue de bois, ajoutée à ce qui précède, n’arrange rien. La population a clairement l’impression que ce ministre la prend pour une c… en essayant une fois de plus de lui faire croire que tout ne va pas si mal finalement.

  • Enfin, faute impardonnable : prendre de haut le journaliste alors que sa question n’avait rien d’offensante. « Vous me permettrez de vous dire que ce débat est un débat de commentateur, moi, je fais partie des acteurs » rétorque LC à la question d'Olivier Galzi concernant l'état de récession potentiel du pays. Plusieurs erreurs ici. Tout d’abord, le ton, un peu pincé, un peu haut, sans aucun sourire ni sur le visage ni dans la voix. A proscrire. Ensuite, l’opposition entre commentateur, c'est-à-dire le journaliste, entre autres, et les acteurs (qui sont ici valorisés). Ceci n’a aucun sens. Je veux dire, non seulement cette opposition n’a pas lieu d’être, mais en plus elle n’a pas de sens car un acteur doit quand même partir d’un constat d’observation avant d’espérer agir concrètement.

Un peu de coaching politique désormais : que peut-on faire pour changer cette apparence austère ?

  • Ne pas préparer de réponses toutes faites qu’on tente à tout prix de placer quelque soit la question.

  • Penser aux français qui écoutent l’émission, et tenter à tout prix de faire en sorte qu’ils comprennent chaque concept. Il est souvent préférable d’en dire moins, mais de l’expliquer mieux.

  • Changer d’attitude vis-à-vis du journaliste. Se sentir attaqué, passé au grill, et donc répondre en conséquence a un impact négatif sur les auditeurs. Et encore, il s’agit ici d’Olivier Galzi, qui n’est pas loin d’être le journaliste le plus gentil du pays. Face à Elkabach ou bien à Apathie, les choses seraient bien plus complexes et tendues. Un mot donc : empathie !

  • S’entourer de personnes non techno pour mener les préparation d’interview, et, c’est peut être le plus difficile, mettre son égo dans sa poche lorsque les critiques, un peu sévères, tombent.

mercredi 12 novembre 2008

Interview Xavier Bertrand La matinale, C+ 12-11-08

Xavier Bertrand (XB), expert en com’ politique ? Disons qu’il fait partie des quelques privilégiés, à gauche comme à droite, qui n’ont pas besoin de leçon de rattrapage… On aussi compte parmis eux, Jack Lang, Nicolas Sarkozy, Jean Marie Le Pen, Olivier Besancenot, et quelques autres. Ils ne font pas de sans faute, loin de là. Ils n’arrivent pas à convaincre tout le monde, loin de là non plus, et je ne porterai ici aucun jugement sur leur positionnement politiques respectifs sinon on a pas fini... Mais ils ont un talent naturel d’orateur.

XB débute d'ailleurs assez bien son interview : « Oh oh oh oh, on se calme » dit-il à la présentatrice qui s’emballe d’entrée de jeux, à huit heure du matin, en lui reprochant ses méthodes ; plus précisément, en lui reprochant la façon dont l’amendement « travail jusqu’à 70 ans » a été voté à l’assemblée, « en pleine nuit, à la sauvette ». Ce petit « oh oh oh oh », n’a l’air de rien, mais il fait sourire, et il recadre les choses.

Dans toute communication politique, il y a deux aspects : le fond et la forme. Ici, dans la critique adressée à XB, le fond est assez « puntchy », mais pas autant que la désinvolture avec laquelle la présentatrice le met en scène. La première chose, avant de s’attaquer au fond, est toujours de régler la question de la forme. C’est ce que fait le « oh oh oh oh, on se calme ». XB s’adresse à la « méthode » utilisée par la présentatrice pour présenter les faits. Bien souvent, focalisés sur le fond, les hommes politiques négligent la forme. Pourtant, m’impact sur la population est souvent plus fort lorsque la forme est travaillée que lorsqu’elle est « brute » et que le politique s’attend à ce que sa « pédagogie naturelle » fasse le travail.

Ici, malgré tout, la journaliste est consciente de son attitude assez désinvolte, elle en rigole même lorsque XB la reprend… Et, tout de suite après, il interroge : « Mais, on plaisante ou pas ? » Fatalement, les deux journalistes répondent en cœur : Non. Et là, XB reprend, d’un air hésitant : « ben… si ». Aïe, le côté cool, qui prend les attaques en rigolant est coulé. Ce petit « ben…si » a annulé tout le bénéfice du « oh oh oh oh on se calme ». Il fallait continuer sur le même ton, y compris lorsqu’il s’est agit d’aligner les premiers arguments : « vous savez depuis quand cet amendement est sur la table ? » La rupture de ton a été provoquée trop tôt.

Comme quoi, même Xavier Bertrand a besoin de coaching politique à huit heures du mat’ !

Donc, règle numéro 1 : Rester cool et souriant plus longtemps !

Rège numéro 2 : la forme n’exclut pas la pédagogie sur le fond. Les deux journalistes, qui ont surement fait leur travail avant de venir sur le plateau connaissent le dossier « sécurité sociale » par cœur, elles connaissent surement aussi les relations entre le ministère du travail et les partenaires sociaux, etc. Par contre, lorsque je sors du lit, que j’ai bossé toute la semaine, qu’en Avril dernier j’étais plus préoccupé par l’arrivée des beaux jours que par le dossier sécu, qu’en septembre je me suis occupé de changer de boulot, qu’en octobre la crise financière a plombé mes économies, eh bien en novembre, lorsque je regarde XB à la télé, je ne comprends pas toujours de quoi il parle parce que j’ai pas tout suivi depuis le début. Alors messieurs les politiques, un peu de pédagogie que diable ! On veut connaître la nature de cet amendement, on veut connaître la nature des relations avec les partenaires sociaux, etc. De plus, on ne veut pas attendre la moitié de l’interview (j’exagère, l’explication est arrivée au bout de 2 minutes et demie) pour qu’on nous explique qu’en réalité la retraite à 70 ans n’est pas une obligation mais un choix.

Ceci permettrait par ailleurs de pouvoir enchaîner plus vite sur des questions du type : « A-t-on réellement le choix ? » Et la question de Léon est la pour nous le rappeler. Mme Andrée sent bien qu’avec le petit salaire qu’elle a eu toute sa vie, il ne sera pas commode d’avoir une retraite sur laquelle elle pourra compter pour vivre. D’où « l’obligation » de travailler plus longtemps au lieu « du choix » de le faire.

En d’autres termes, la population française se dit : « Au lieu de faire le choix d’augmenter le niveau des retraites, ils font le choix de nous faire travailler plus longtemps pour cumuler retraite et salaire. » C’est un choix politique. Un choix politique capitaliste même, ou de droite, pour dire les choses autrement, consistant à augmenter le niveau de rémunération d’un groupe de personnes sans avoir recourt à l’Etat, mais en laissant l’initiative individuelle être à la base du choix et du montant de la rémunération supplémentaire.

Deux minutes après le début de l’interview, XB attaque le gros morceau : « Quand on dit retraite à 70 ans, moi aussi je suis contre. Je fais partie des 2/3 (sous entendu de français qui sont contre, si on se réfère à un sondage paru dans « l’huma ») » Voilà l’attaque en règle, bien orchestrée contre ceux qui affirment qu’il s’agit d’un amendement « imposant » la retraite à 70 ans. « XB lui-même est contre une retraite à 70 ans, alors c’est pas pour l’imposer » s’attend-il à ce que le téléspectateur pense en l’écoutant. C’est plutôt bien pensé comme réplique. En une phrase il met fin à la polémique voulant que cet amendement concerne la retraite « obligatoire » à 70 ans. Ensuite, un petit laïus d’une minute sert à rappeler l’importance de conserver la retraite à 60 ans.

Cela n’élude pourtant pas la question de Léon : A-t-on réellement le choix ? Et là, petite boulette de XB, qui prend des cas particuliers pour rappeler que si l’on a été au chômage ou si l’on a été mère de famille, ces années sont comptabilisées pour que le départ à la retraite à 60 ans puisse être effectif. Cependant, rappelons le encore une fois, la question ne porte désormais plus tellement sur la durée légale mais sur ce qu’il est possible de toucher dès lors qu’on est à la retraite. Sur cette question, jusqu’à la fin de l’émission, il n’y a pas de réponse. Pourquoi ? Parce que la réponse se trouve dans l’amendement : C’est un choix de politique économique, si vous voulez gagner plus, sachant que nous sommes à cours d’argent et qu’il n’y a pas de croissance, nulle possibilité d’augmenter réellement le niveau des retraites, donc il va falloir cumuler travail + retraite.

A chacun de juger si ce type de réponse lui convient…

Ségolène Royal sera-t-elle candidate au poste de premier secrétaire du PS ?

En toute honnêteté, il est difficile de croire le contraire. Comme toujours, en France, on entend ici et là des commentaires sur les possibles candidatures d’autres personnes. Elle-même, maintient une forme de communication politique assez évasive, afin de se laisser le temps de la réflexion (réflexion sur le comment, et pas sur le oui ou non).

Les analystes politiques l’ont assez rappelé : le barrage à Ségolène Royal (SR) n’est pas récent. Les critiques sont nombreuses, et, dans certaines « fédé », on a vu les partisans du trio Aubry-Delanoë-Hamon se liguer pour lui faire obstacle. Lorsqu’on prend conscience des différences d’orientation politique entre Delanoë et Hamon par exemple, il est difficile de croire que cette coalition est une coalition autour d’idées communes. C’est bien d’une querelle de personnes dont il s’agit. Aubry-Delanoë-Hamon rassemblent autour de 70% des suffrages. Le barrage à SR est donc possible. Est-il crédible ? Non. Pour les mêmes raisons de rivalités de personnes.

SR doit-elle donc s’effacer au profit d’une personne qui soit plus jeune, plus neutre, plus… différente, c'est-à-dire ne cristallisant pas les animosités ? Aucun coach politique raisonnable ne suggèrerait une telle chose à SR. La raison ? C’est qu’un tel acte reviendrait à faire passer l’objectif de court terme (« gagner » les élections au PS) avant l’objectif de long terme (« gagner » l’élection présidentielle de 2012).

On a vu par le passé à quel point le soutien du parti est important lors des élections présidentielles. On a vu comment certains leaders politiques relativement bien placés dans les sondages ont finalement échoué faute d’avoir un parti qui les soutienne.

Pour SR, qui a compris cette nécessité, et faute de pouvoir être elle-même à la tête du PS, avoir le parti à sa botte, c'est-à-dire, placer quelqu’un de proche d’elle à la tête du parti socialiste, serait, dans l’hypothèse la plus simple, une assurance que celui-ci ne lui ferait pas faux bond lors de la campagne présidentielle.

Cependant, après l’exemple de 2007 où des primaires ont été organisées afin de désigner « démocratiquement » le candidat officiel du parti socialiste, difficile d’imaginer qu’en 2012 les militants (poussés par ceux qui veulent se porter candidat également) ne demandent pas d’organiser des primaires semblables. Si tel était le cas, le soutien du responsable du PS n’aurait pas l’influence escomptée, car, pas de désignation officielle, mais une élection, qui profitera donc à celui qui aura, à ce moment précis, la faveur de l’opinion.

Par ailleurs, durant ces 3 ou 4 années, SR, ayant laissé sa place à un proche, n’aura donc pas eu, du point de vue de l’opinion publique et des militants, le poids qu’elle aurait eu, en revanche, en tant que premier secrétaire du PS, c'est-à-dire en tant que leader de l’opposition. Se priver, à l’approche des élections présidentielles de 2012 du statut de leader de l’opposition serait une faute politique importante que SR ne veut pas commettre. Elle est consciente de tout cela, elle est donc bien décidée à prendre cette place de premier secrétaire. La question qui reste en suspend est : y arrivera-t-elle ? Négociera-t-elle suffisamment bien ?

Négociations, esquive de coups tordu, envoi de coups bas, promesses ambigües, jeux de mots et tirage de tapis en attendant que l’autre se prenne les pieds dedans sont ce que dans le milieu politique on appelle « la vraie politique ». Pour moi, c’est purement et simplement… de la MERDE !

Ces tractations qui font, excusez moi du terme, bander, les conseillers politiques en tout genre, ne sont que des chamailleries de minots qui ont pour bases des intérêts de grandes personnes. C’est ce qui tue la politique, c’est ce qui fait passer les intérêts personnels avant les qualités des uns et des autres. Tous les politiques s’y soumettent. Ils croient tous que c’est la loi du milieu et l’accepte comme un élément incontournable de toute carrière politique. Beaucoup, ils en sont d’ailleurs friands. A gauche, François Mitterrand était un maître de la chose. Ces « négociations politiques » sont une excuse pour négliger l’aspect humain d’une question. On dit « vous savez, ce choix que je fais est uniquement politique ». Comprenez : « il n’y a rien de personnel, mais les impératifs politiques l’exigent » En écoutant les récits d’hommes politiques qui se sont retrouvés confrontés à ce genre de décisions, à leur dépends, vous vous rendrez compte qu’ils en gardent tous un souvenir amer, une blessure à l’âme bien souvent : Rocard choisi pour être premier Ministre afin de casser ses ambitions présidentielles en espérant que sa côte de popularité en pâtisse, viré pour les mêmes raisons, car sa côte de popularité ne descendait finalement pas tant que ça. Balladur placé à Matignon par Chirac en 1993 pour jouer le fusible et lui garder la voie libre pour les élections de 1995. Le même Balladur change d’avis et divise la droite en se présentant contre Chirac deux ans plus tard. Chacun se rappelle de cette « amitié de 30 ans détruite en un jour ». Chirac, pour des raisons de calcul politique, avait préféré, en 81, Mitterrand à Giscard d’Estaing, espérant pouvoir être en mesure de l’emporter 7 ans plus tard, espérance déçue comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

On pourrait éviter de rester au niveau présidentiel et descendre dans les étages ; on y constaterait les mêmes actions manipulées, les mêmes conflits d’intérêt. A tous les niveaux, ces calculs politiques sont fréquents. Au Moyen-Age, ils se soldaient par l’empoisonnement de quelques uns. Parfois, c’était l’éclat d’une dague brillant dans la nuit qui mettait fin aux espérances d’un rival. Aujourd’hui, on assassine de façon différente, on dit qu’on assassine « politiquement ». Dans des cas comme celui du PS aujourd’hui, difficile, voire impossible d’assassiner politiquement quelqu’un. Les pièces maîtresses du jeu politique actuel sont trop bien défendues. Il faut donc négocier. En ce qui nous concerne, nous ne jouerons pas les devins. Nous allons patienter et voir ce qu’il en sortira. De temps à autre, une accumulation de calculs faux permet de tomber sur un résultat juste, pour le bien de la population, trop souvent négligée lors de ces tractations politiques. Ne soyons tout de même pas trop optimiste. La meilleure façon d’obtenir un résultat juste étant, tout de même, de procéder à un calcul juste.

lundi 10 novembre 2008

Les élections au PS

Voilà quelques jours que les chiffres sont tombés concernant l’élection du prochain patron du PS… Royal en tête, Delanoë et Aubry ex aequo, et, sur la « troisième » marche du podium, la valeur montante : Hamon !

En matière de com’ politique, il y a quand même de quoi s’étonner. Comme nous le précisions dans l’analyse politique d’une interview de SR sur France 2, aux 4 Vérités, le discours est désormais fortement ancré à gauche. Contrairement à ce qu’on pouvait entendre au sujet des vertus du « blairisme » durant la campagne présidentielle, aujourd’hui, le retour aux sources du socialisme est de rigueur.

Explication : Elle a l’avantage de la simplicité. L’ensemble de l’espace politique s’est décalé vers la gauche. Pour ceux qui ont fait un tout petit peu de thermodynamique à l’école, on pourrait dire que le discours des hommes politiques est comparable à la mécanique des gaz : Un gaz, enfermé dans une boite, a pour propriété d’occuper tout l’espace qui lui est dévolu. Si on réduit l’espace dans lequel il se trouve, il va se compresser, mais par contre, si on lui offre un espace supplémentaire en agrandissant la boîte, il occupera, avec plaisir, le nouvel espace. Ainsi en est-il des espaces politiques qui occupent la scène médiatique ainsi que des hommes politiques qui sont coincés dans ces espaces.

Durant la campagne présidentielle, la « droitisation » du discours axé sur : travailler plus pour gagner plus de Nicolas Sarkozy, favoris des sondages, ainsi que son fleurt plus ou moins avoué avec l’électorat frontiste avait conduit le curseur à se déplacer à droite. Par ailleurs, le préalable en matière de positionnement politique socialiste avait été donné lors des primaires, où Fabius, tenant d’une position bien à gauche, avait fini bon dernier. Que restait-il à SR pour être audible et créer une aspiration nouvelle sinon compresser Bayrou dans un petit espace au centre (ils étaient tellement proches qu’on a même parlé d’une alliance ou d'un ticket envisageable) afin occuper l’espace le plus large possible en direction de la droite?

Aujourd’hui, les conditions extérieures ont bien changé ! La crise internationale pousse les pays les plus libéraux, comme les États-Unis ou l’Angleterre, à nationaliser leurs banques. Qui l’eût cru ! Notre couple désormais historique Mitterrand/Mauroy n’aurait pas fait mieux. Nicolas Sarkozy emboite le pas de tous ces pays et place l’Etat français en position de soutien et de régulateur de l’économie, il dicte une nouvelle politique interventionniste en matière financière, et planifie un sommet international visant à réformer le capitalisme mondial, c'est-à-dire, à le réguler. Les états s’engagent donc sur la voie d’un interventionnisme officiel, ou quelque chose du genre.

Dans une dialectique d’opposition au pouvoir en place, SR critique l’action du gouvernement en lui reprochant d’être trop libérale, alors qu’elle est déjà bien à gauche. La position d’où elle doit partir pour être crédible est une position encore plus à gauche. Au placard les idées blairistes. Au placard la social démocratie nordique. Désormais, l’heure est à la réforme entière et complète du capitalisme.

Mais alors, pourquoi SR plutôt que BH si la barre est désormais à gauche toute ?

Tout d’abord, BH est à 20%, ce qui, sachant qu’il est tout nouveau, et lors d’une élection impliquant des militants et pas la population, est plus que bien.

Ensuite, il faut bien se rappeler que SR a été la chouchoute d’une grande partie de la France de gauche durant la campagne. On n’oublie pas sa pouliche aussi facilement. En supposant que vous ne soyez pas un de ces citoyens complètement déçus par la politique qui ne votent plus que parce qu’à côté de la mairie il y a un bistrot sympa et plein de potes à l’approche de midi, est-ce qu’aujourd’hui, si le même choix se représentait vous voteriez différemment ? Pas sur, hein ?

La psychologie politique comporte des fondamentaux communs à celle des sentiments amoureux. Lorsque « l’affectif » pointe le bout de son nez, il n’est pas si aisé de s’en dépêtrer. Et s’il est un domaine qui engage les sentiments, c’est bien l’élection présidentielle. Deux années à suivre l’évolution d’un candidat, à espérer qu’il puisse dépasser l’autre, gouverner le pays, apporter le changement dont le pays tant besoin, ne peuvent s’oublier en un claquement de doigt, surtout pour les militants. Lorsque l’heure est à nouveau au choix, sachant que SR n’a pas démérité durant la campagne, il n’y a pas de raison pour que les militants lui fassent défaut. Ils la suivent donc, ils s’accordent de son changement de positionnement politique en direction de la gauche. Ca les rassure même peut être un peu en période de crise financière.

Bref, discours ancré à gauche + affectif en souvenir de la présidentielle, voilà, semble-t-il les clefs de la communication politique de Ségolène Royal.

Aubry et Delanoë séduisent pourtant ! Ils incarnent un espoir, ils incarnent un quelque chose de différent que les militants et les sympathisants apprécient. Royal 29%, Aubry 25%, Delanoë 25%, voilà pourtant des scores honorables.

Mais, comme en 2002, comme souvent en politique, la guerre des chefs complique la tâche de beaucoup, à commencer par la leur.

jeudi 6 novembre 2008

Interview Laurent Wauquiez, La matinale de C+ - 06-11-08


Vous ne trouvez pas qu’il a une bonne bouille ce Laurent Wauquiez (LW), secrétaire d'Etat Chargé de l'emploi ? Si j’étais une femme, je pourrais même dire qu’il est mignon. Si j’étais une jeune parisienne des quartiers chics, je pourrais même aller jusqu’à coller son poster dans ma chambre.

Trêve de plaisanteries, notre ami LW débute son interview par une remarque, toujours un peu dans la même veine, que j’aime bien (en réponse à la question, Barack Obama va-t-il créer, comme Roosevelt, un New Deal ?) : « la première chose, c’est qu’il ne faut pas en attendre trop de miracles ». Saaaaaaage remarque ! La suivante l’est tout autant : « il est président des Etats-Unis, il va gérer les crises pour les états Unis. Nous il faut qu’on soit attentifs… » Oui, n’oublions pas le concept de guerre économique, qui ne trouve pas encore assez de place dans les rayons des librairies à mon goût, mais qui est pourtant bien concret, et qui, en temps de « paix » (entendre hors crise), se fait sentir très fortement dans le cadre du commerce international, des investissements étrangers, de la régulation plus ou moins contrôlée des taux de changes, etc.

Bref, pour parler clairement, sortir son propre pays de la crise est quand même la préoccupation majeure d’un chef d’Etat. On entend, dans la suite de l’interview, des mots tels que « convergence des intérêts » qui soulignent encore la nécessité d’une approche équilibrée relatives aux conséquences qui pourraient découler de cette élection en matière de coopération Europe – Etats-Unis. Ca semble judicieux.


Juste après, car ce moment arrive toujours, le « porte parole du gouvernement » se fait prendre en plein « flagrant délit de langue de bois ». C’est bien d’essayer de montrer que le président de la République est proche de Barack Obama. C’est peu crédible, mais c’est bien. Il me semble qu’on a l’impression que Nicolas Sarkozy est simplement proche des Etats-Unis, qu’il affectionne particulièrement (d’ailleurs Caroline Roux le soulignera un peu plus tard). C’est ce qui a fait qu’il a toujours été pragmatique en matière de relations politiques avec ce pays. Dès son accession au pouvoir, il s’est rendu là-bas, notamment pour des vacances, et a tenu à rencontrer son président. Il a fait la même chose en ce qui concerne le nouveau président. Mais, LW, ne tiens pas à véhiculer l’image d’un NS qui se lie d’amitié avec l’administration Bush, il voudrait presque effacer cette image de la conscience collective. La journaliste sent bien qu’il y a une petite faille, et elle revient donc à deux reprises sur la question. Elle lui dit, en substance : êtes vous sur qu’il n’y a pas eu de lien d’amitié aussi entre NS et Georges W Bush ? Il aurait fallut répondre oui, et tenter de montrer les divergences politiques qui animent en réalité les deux hommes. Mais là, il se cramponne à cette rigidité mentale si courante chez les politiques ; et, face aux faits, face à ce que des millions de français ont constaté et, pour certains, ont encore en mémoire, LW nie l’évidence. Un mauvais point, surtout pour un jeune ministre, même s’il est en apparence sypathique ! Il s’agirait que ces habitudes se perdent, elles nuisent à la communication politique, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une voix gouvernementale. Heureusement que l’autre invitée, Virginia Power, lui sauve la mise en expliquant que ces relations politiques, quelque soit le dirigeant des Etats-Unis sont naturelles…


Pour le reste, quelques idées en vrac :


- Faire partir l’odeur de naphtaline des partis politiques français : oui ! Les partis sont peut être l’organe politique qui rebute le plus les français. Plus que l’administration, ils représentent une machine lourde et inefficace. Par-dessus le marché, on se demande bien souvent à quoi ils servent, si ce n’est à faire gagner un candidat à l’élection présidentielle.

- Les discours en France sont théoriques et abstraits : Non, en tout cas pas vraiment. Le « droit au but » des américains, les exemples concrets, comme celui de cette dame de 106 ans qui vote Obama, ne sont pas suffisants pour en déduire une généralité. Essayer de raisonner à partir de la généralité peut être un moyen d’éviter les raisonnements communautaristes qui sont étrangers à notre culture. On a d’ailleurs bien vu que ces « exemples » dans la campagne américaine sont souvent malsains. Le Fameux « Joe le plombier » ne s’appelait en fait pas Joe, et il n’était pas plombier. Il est pourtant devenu une icône qui a ensuite fait partie intégrante des déplacements de la candidate à la vice-présidence. Imaginons que le président gagne sur de tels arguments, on pourrait quand même se dire que la victoire aurait des relents nauséabonds de communication politique trafiquée.

- « c’est une campagne où il [Obama] a beaucoup joué des remontées des citoyens ». Oui. La déconnexion entre les intérêts de la population et la conception qu’ont les politiques de la gouvernance d’un pays est bien souvent la cause des dysfonctionnements que nous connaissons. Reconnecter les deux pôles « élites politiques »-« population » est assurément un objectif raisonnable.