En ce moment, on enchaîne avec les personnalités politiques compétentes en matière de communication. Point besoin de beaucoup de coaching non plus pour Olivier Besancenot (OB) qui se débrouille plutôt bien, plutôt très bien même. On va s’intéresser aujourd’hui à ses deux passages sur LCI et France 2.
Il a quelques avantages par rapport aux partis traditionnels en matière de communication politique. Le premier, c’est que la LCR, ou le NPA, n’a jamais été en mesure d’accéder à un poste de gouvernance au niveau national. Point de ministre ou de secrétaire d’Etat en provenance de la ligue communiste révolutionnaire. Par conséquent, son débat se situe uniquement au niveau des idées. Il critique, assez activement, il propose, mais, à aucun moment, ni lui ni ses camarades n’ont été en mesure de mettre en pratique leurs idées. Par conséquent, personne en France ne peut objecter le classique : « lorsque vous avez été au pouvoir, pourquoi ne l’aviez vous pas mis en place ? » ou alors « Vous savez que ça ne fonctionne pas, vos prédécesseurs ont essayé sans aucun succès ». Les arguments ont donc la force de l’idée, jamais mise en pratique, et dont on se dit : « ça marchera peut être… »
Autre avantage non négligeable : le syndrome de « Robin des bois ». OB, durant chaque interview, met en avant les conditions de vie difficiles des basses classes sociales. Il oppose ce constat alarmant aux profits financiers des grands groupes type Total, en demandant que justice soit faite. Qui ne serait pas sensible à ce type d’argumentation, voulant « prendre aux riches pour donner aux pauvres » ?
Il a de sérieux désavantages par rapport aux partis traditionnels également, comme le besoin de trouver une cohérence à l’ensemble de ses arguments sachant qu’ils sont en décalage complet avec ce que nous appelons « la réalité économique ». En effet, la société de consommation a tellement imprégné les mentalités, que ses modèles nous sont désormais entièrement familiers. OB, bien souvent, pointe du doigt ces modèles, en dénonce les conséquences et, propose une alternative. Dès lors que ces modèles nous semblent familiers, c'est-à-dire naturels, il s’agit que la proposition visant à créer une politique différente soit également crédible. Un « prolétaires de tous les pays, unissez vous ! » n’y suffirait plus. La naïveté qui régnait durant la période dite des « idéologies » a fortement diminué ; les français sont plus au courant des mécanismes économiques ; en tout cas, si un modèle était proposé par OB qui ne tienne absolument pas la route du point de vue des idées, il serait démonté immédiatement lors des débats télévisés. Or, nous avons pu constater durant la précédente campagne présidentielle qu’OB s’en sortait plutôt bien face aux représentants des autres partis.
En quoi l’argumentaire d’OB tient-il la route ? Cela tient à un des mystères de l’économie, qui, contrairement à ce que les économistes affirment, est intimement lié au fait fondamental suivant : l’économie n’est pas une science. Je m’écarte un peu ici de mon rôle d’analyste en communication, mais, pour comprendre les techniques de communication de l’extrême gauche, principalement en matière de politiques économiques, il est essentiel d’ouvrir cette petite parenthèse. L’économie n’est pas une science donc, ni de près, ni de loin. Les lois, dont la majeur partie des économistes se prévalent, n’ont absolument rien à voir avec une quelconque loi mathématique, par exemple, celle qui affirme que dans l’ensemble des entiers relatifs, 2+2=4, et ce, indépendamment du stress de la personne qui fait l’addition, indépendamment de la position de la terre par rapport à la lune, etc. Il s’agit d’une loi s’appuyant sur un principe fixe. Il n’en est pas de même pour l’économie. Aucune loi n’existe au sens mathématique du terme. L’économie est, en réalité, une ensemble de paradigmes.
Pour nous en convaincre, nous allons présenter ici deux discours. Le premier est celui que Nicolas Sarkozy a tenu aujourd’hui même à Valencienne. Parmi tout ce qui a été dit, il y a quelques idées qui tendent à justifier sa politique économique en vue de sortir de la crise. Ensuite, nous présenterons les propos qu’OB a tenus sur France 2/LCI face au(x) journaliste(s) et nous comparerons.
Nicolas Sarkozy (NS) était à Valenciennes pour annoncer l’extension des contrats de transition professionnelle. Malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes, la vidéo ne peut être disponible, c’est donc de mémoire que je vais restituer, en substance, les propos du chef de l’Etat. Le sujet principal tournait autour de la manière de sortir de la crise. Il parlait de l’impossibilité de sortir de cette crise avec des mesures socialistes. En effet, les socialistes avaient demandé une réduction du temps de travail (35h), ils avaient demandé des départs à la retraite anticipés de manière à ce que les anciens laissent la place aux jeunes dans les entreprises. Cependant, le pays, dit-il, est celui d’Europe où les personnes partent à la retraite le plus tôt et aussi celui où le taux de chômage des jeunes est le plus important. Sous entendu, le départ à la retraite des plus anciens, ne favorise donc pas l’embauche des jeunes. Au niveau de la réduction du temps de travail, il ajoute que nous sommes un des pays où les gens travaillent le moins longtemps, et en plus nous ne travaillons que 35 heures, alors comment faire pour rivaliser avec les autres pays ? Comment faire pour être compétitifs ? L’exemple donné est celui de la Belgique, où les magasins sont ouverts le dimanche. NS demande aux personnes présentes ce qu’elles font le dimanche. Il semble qu’elles répondent qu’elles vont en Belgique. Pourquoi dit-il ? Parce que les magasins sont ouverts ? Eh ben voilà. Je préfèrerais que les personnes de Valenciennes puissent dépenser leur argent en France plutôt qu’en Belgique si c’est possible, enchaîne-t-il ensuite. Bref, on comprend bien le raisonnement général. D’autres arguments concernant les prestations sociales qui doivent absolument aller aux plus démunis, l’impossibilité de partir en vacances lorsqu’on n’a pas assez d’argent, etc. sont avancés. On n’est pas obligé d’y adhérer, mais on ne peut pas retirer à ce discours un certain bon sens. Ces propos sont logiques ; on comprend bien qu’en ne travaillant que 35 heures là où d’autres en travaillent 40, on ne peut être aussi compétitifs. On comprend également très bien qu’il est préférable de faire profiter les commerçant de valenciennes de l’argent qu’on va dépenser le dimanche plutôt que les commerçants belges pour la santé économique de notre pays…
Voyons maintenant l’autre côté du miroir. Olivier Besancenot fait une analyse tout à fait différente, mais tout aussi cohérente. A la question de Roland Sicard sur la possibilité d’entrer dans un gouvernement, OB répond que s’il est anticapitaliste « pourquoi pas ». Il détaille ensuite le « pour faire quoi » : « interdire les licenciements, augmenter les salaires, faire plus de service public », en précisant qu’un tel gouvernement ne pourrait voir le jour « à froid », mais qu’au contraire il ne se créerait que dans le cadre de « mobilisations sociales exceptionnelles ». En clair, ce type de gouvernement ne peut exister par le biais de la démocratie, mais uniquement par celui de la révolution. Je reconnais que sur ce point, il est allé un peu vite. Si on devait proposer du coaching politique à Olivier Besancenot on lui suggèrerait d’éviter les amalgames de mesures en décalage complet avec ce qui est le quotidien des français, du type « interdire les licenciements, augmenter les salaires, etc. » Les français n’y croient pas, ou plus. Il faut faire de la pédagogie sur ces questions là, afin de les présenter sous un jour plus modéré.
Sur LCI, le message passe mieux. Après avoir signalé que « la société capitaliste est en crise », OB précise qu’ « il y a des solutions qui existent », et que celles-ci pourraient permettre aux « collectivités d’arrêter de subir l’économie de marché ». On a un passage encore un peu incroyable sur « Si les services publics tapaient du poing sur la table, chacun pourrait avoir un emploi, correctement rémunéré, avec plus de protection sociale et plus de service public ». Comme ça, de but en blanc, on a du mal à adhérer. Mais, ensuite, voilà l’argumentaire qui dénonce la politique du gouvernement en matière de sorite de crise : « alors qu’on est en crise, que les contre réformes (entendre les mesures) libérales ont expliqué le chaos de Wall Street, on vous propose quoi ? De travailler plus longtemps – le travail du dimanche – éventuellement de travailler jusqu’à 70 ans. [..] alors que la plupart des employeurs pensent [qu’ à cet âge] vous n’êtes plus productifs et trop couteux. Y en a même un qui a proposé l’amnistie fiscale pour faire revenir les plus riches. »
Sur la question de la privatisation de la poste, il enchaîne en expliquant que les groupes européens qui concurrencent le service public postal en France, « type DHL ou autre », sont en fait « des opérateurs publics de pays européens comme la Hollande en cours de privatisation ». OB préconise donc une coordination des services publics européens de manière à aboutir à la création d’un service public unique européen. L’idée paraît séduisante, plutôt qu’une concurrence acharnée…
Avouez que cette deuxième partie à déjà plus de charme. Il est évident que là où le président parlait de devenir concurrentiel en travaillant plus, et de faire rentrer l’argent dans la poche des commerçants français en travaillant le dimanche, OB présente une autre facette de la chose en disant que travailler encore plus, c'est-à-dire le dimanche ou jusqu’à 70 ans, pour les salariés n’est pas une option forcément réjouissante, et que la concurrence à tout prix mène surtout à la crise financière qu’on a connu.
Nous avons donc affaire à deux approches différentes de la même question. Qui a raison, qui a tort ? Il semble qu’on soit face à une divergence de point de vue, et rien d’autre.
Les premières querelles entre économistes qui n’ont pas encore cessé d’exister, naissent entre le courant néo-classique et le courant keynésien au début du XXème siècle.
Les premiers disent en substance : « si vous baissez les charges des entreprises, elles pourront produire des articles moins chers, et donc ceux qui ont moins d’argent pourront les acheter. Ainsi, ça permettra aux entreprises de se développer, elles embaucheront et le chômage diminuera. »
Les second répondent en substance : « Au contraire, si vous augmenter le pouvoir d’achat de la population, surtout de celle qui a peu de moyens, elle pourra acheter les articles des entreprises qu’elle n’avait pas les moyens d’acheter auparavant. Ainsi, les entreprises pourront se développer, elles embaucheront et le chômage diminuera. »
Alors, politique de l’offre, ou politique de la demande ? Personne jusqu’ici n’a réussi à trancher la question.
Olivier Besancenot, dans les deux interviews, rejette ces deux points de vue, le premier, étant associé à la droite, le second, à la gauche. Il part du principe que les deux camps acceptent « le postulat de l’économie de marché ». Celle-ci, pour ce néo-marxiste, est la source de l’aliénation de l’homme moderne, il s’agit donc de changer de modèle de société. Il présente d’ailleurs assez bien son argumentaire comme nous l’avons vu plus haut. La question persiste cependant : son modèle de société est-il viable ? Puisque nous en resterons, à moins d’une prochaine révolution, au niveau du débat d’idées, et puisque rien de scientifique, aucun principe, aucune loi, aucune démonstration purement logique, ne permettra de vérifier les hypothèses, la question restera probablement ouverte, laissant la place à de beaux débats…