Christine Lagarde était interviewée sur RTL par Jean Michel Apathie ce matin (cliquer sur le titre pour écouter l'interview).
Trois points rapides :
1. Un moment amusant qui se produit en général à l'inverse sur un plateau : Christine Lagarde déforme les propos du journaliste et lui fait la leçon quant à ce qu'il n'a, en réalité, pas dit. Jean Michel Apathie dit : "quand le taux de chômage augmente, supprimer des postes dans la fonction publique, est-ce que ce n'est pas un signal négatif" ? Et Chtistine Lagarde répond :" D'abord, il n'y a pas de chômage dans la fonction publique" Et là, grand moment de radio, Jean Michel Apathie, tout déconfit, tente de se justifier et de placer durant 20 secondes qu'il n'a jamais dit qu'il y avait du chômage dans la fonction publique.
En réfléchissant deux secondes sur ce point, on se rend compte à quel point cela peut être déstabilisant pour les hommes politiques, cette attitude qu'ont d'ordinaire beaucoup de journalistes, c'est à dire de déformer leurs propos uniquement pour les pousser dans les cordes. De plus, les journalistes le font à dessein alors que Christine Lagarde, lorsqu'elle a balancé cette bombe était en train de cafouiller un peu et il est probable qu'elle n'ai pas tout à fait songé à ce qu'elle a dit...
2. Autre point plus sérieux : la question des suppressions de poste. Que ces postes soient dans la fonction publique ou ailleurs, cette question n'est pas réglée. Et quand je dis qu'elle n'est pas réglée, je parle en terme de communication politique, bien sur. Aucun homme politique n'est en mesure aujourd'hui de faire accepter à l'opinion la nécessité de la réduction des effectifs, même temporairement, même si le ratio effectif supprimé/effectif total est extrêmement faible. Nous ne donnerons pas de piste, en matière de coaching politique, pour sortir de ce cul de sac apparent. La prochaine analyse de la communication politique de Nicolas Sarkozy reprendra ce thème et nous aurons alors le loisir d'étudier quelques solutions. Ici, ce point a été soulevé uniquement pour montrer la difficulté que cela représente pour un Ministre de l'économie de convaincre sur un thème qui est impopulaire, casse gueule et de surcroît imposé par l'Elysée (Elysée qui justifie d'ailleurs ce point par toujours la même formule, que Nicolas Sarkozy trouve peut être bonne mais qui est en réalité inefficace, et nous verrons pourquoi).
3. Les bénéfices : Sujet tabou ! C'est le troisième et dernier point. Christine Lagarde doit s'expliquer sur les bénéfices de Total. 13 milliards. C'est pas un franc ou deux. En plus, la répartition est loin de la règle des trois tiers proposée par Nicolas Sarkozy lors de sa dernière interview, règle qui avait du sens et que les français ont immédiatement adoptée comme la règle à suivre. Dans le cas de Total, on aura 60% d'investissement, 38% pour les actionnaires et 2% pour les salariés. Et Jean Michel Apathie qui demande quelque chose du genre : pourquoi vous ne faites rien pour empêcher ça ?, en le justifiant par le fait que "le chef de l'Etat demande à ce que ce soit trois tiers" (ce qui est faux, par ailleurs, car le chef de l'Etat n'a rien demandé officiellement) Cette question, que beaucoup de journalistes posent et estiment importante parce qu'elle traduirait un questionnement de l'opinion est en réalité vicieuse et sophistique. Elle masque une partie de la réalité, que l'opinion française refuse de voir ou ne voit tout bonnement pas et elle place l'interlocuteur dans une situation sans issue. Pourquoi ? Nous avons commencé ce chapitre par cela : l'argent est tabou en France. La question de la répartition est par ailleurs un vrai sujet de réflexion, non résolu par les économistes, même les plus brillants. En matière de communication politique, ce thème est , tout comme celui de la diminution des effectifs, un thème non résolu.
Qu'en déduire donc quant à la prestation de Christine Lagarde? Eh bien qu'en dépit de ces problèmes relativement compliqués à gérer en direct sur un plateau, elle s'en est plutôt bien tirée. Quant aux questions restées sans réponse, nous vous donnons rendez vous dans la prochaine analyse de la com' du Président pour un peu plus de détails...