Valérie Pécresse continue de défendre sa réforme. Comment faire autrement ? La tâche est rude, la grogne de la rue est prise dans l'étau des craintes dues à la récession économique, et donc amplifiée par celle ci. Face à cela, peu d'alternatives. Par ailleurs, la fatigue aidant, il semble désormais difficile de présenter une image sereine et détendue. Ceci contribue à dégrader la communication politique de la Ministre.
En effet,on a pu entendre ce matin un genre de "prise de bec" sur les fonctions du Conseil d'Etat où la ministre corrige le journaliste, qui s'en offusque et tente de se justifier à nouveau en ancrant ses propos dans les déclarations d'un député UMP, etc etc. Bref, deux minutes de perdues sur un thème absolument inutile.
En terme de coaching politique la fatigue est un ennemi redoutable. Elle rend le ton agressif, fragilise la tempérance que l'on pourrait avoir en temps normal et nous fait fixer notre attention sur des détails anodins dès lors qu'ils touchent notre sensibilité, elle même à fleur de peau. Bien sur, pas d'éclat de voix ce matin, mais une com' politique qui n'est pas fluide, qui tourne en rond, qui choisit assez mal ses mots même, se souciant plus de l'image affichée face au journaliste que de ce que l'auditeur peut comprendre.
Par exemple, à la question concernant l'invitation de tous les collectifs (type "sauvons la recherche") à la table ronde organisée par la Ministre, celle ci répond :"S'agissant de discuter des dispositions d'un décret statutaire vous comprendrez bien que le dialogue social doit s'exercer en priorité avec les organisations représentatives" Après avoir entendu ça, j'ai pris ma canne et mon chapeau et je suis descendu chez mon boucher pour lui demander ce qu'il en pensait, lui, "des dispositions d'un décret statutaire". Il m'a regardé avec des yeux ronds et m'a répondu que si j'étais intéressé, ce matin, il avait un rumsteack bien tendre pour midi, ou alors des cailles farcies pour pas trop cher. Le caviste d'à côté, à la même question, a surement du penser que j'avais picolé plus que lui ce matin, parce qu'il m'a tendu un verre et m'a dit :"Allez, viens boire un autre coup va, ça va passer". La boulangère m'a rembarré "Tu m'excuses mais j'ai trop de clients ce matin pour ces conneries...", quant au libraire, il a essayé de me fourguer un vieux code civil un peu moisi à 35 euros en me disant que je trouverai tout ce dont j'ai besoin à l'intérieur... Bref. Je suis finalement remonté chez moi et je me suis dit : "tant pis, j'comprendrai quand je s'rai grand"...
Dans la suite de l'interview, il y a une question qui aurait pu tuer (politiquement j'entends) la Ministre en direct. La seule chance qu'elle a eue c'est que le journaliste, par excès de zèle probablement, ou bien par habitude, la repose ensuite afin d'avoir, enfin, "sa réponse". Au milieu du discours sur la réduction d'effectifs au sein de l'enseignement supérieur et de la recherche, alors que la Ministre expliquait que la Recherche était épargnée par la loi "de remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite" puisqu'un fonctionnaire sur six seulement sera remplacé, le journaliste demande "Mais, pourquoi 1 sur 6? Y a un sur effectif dans l'enseignement supérieur pour qu'on supprime des postes". La Ministre ne voit pas les conséquences ENORMES de la question qui vient d'être posée. Elle n'y répond pas directement et continue en disant qu'elle s'est toujours battue pour "que la Recherche soit reconnue comme une priorité". Oui, mais dans ce cas précis, la question du journaliste, extrêmement pertinente, reste sans réponse, et tout le monde se dit "Mais c'est vrai, pourquoi il veulent absolument supprimer des postes ?" Comme toute cette discussion s'inscrit dans le cadre d'une politique globale de réduction des effectifs (cf. sur ce sujet, voir l'analyse "La communication politique de Nicolas Sarkozy-Reforme et réduction des effectifs sur le site www.communication-politique.fr), l'auditeur a l'impression que cette réduction des effectifs est, encore une fois, faite sans aucun discernement. Heureusement que le journaliste repose sa question quelques secondes plus tard et donne une nouvelle chance à la Ministre de se justifier. Ce qu'elle fait d'ailleurs de façon relativement convaincante, même si les irréductibles ne se rangeront pas à son argumentation, c'est certain.
Une ligne de coaching politique pour conclure ? Madame la Ministre, travaillez le ton de votre voix. Il faut plus de douceur. Travaillez également le positionnement de votre corps, il est souvent bien trop penché vers l'avant, appuyé sur les deux bras, largement écartés, ou, ce qui est pire, en "position décalée", appuyé fortement sur une seule épaule. Tout ceci donne un air de "tribun" et annihile tout ce que la féminité peut apporter comme charme et comme douceur. Si, lors des discussion avec les syndicats, la posture est similaire, elle traduit inévitablement une posture psychologique semblable qui "ferme" la porte au dialogue, même si l'on annonce que celle ci est "grand ouverte"...