Reprenons, en quelques mots, le coeur de la réflexion menée hier, afin de répondre, notamment, à quelques critiques visant à me démontrer que je me trompais complètement dans mon analyse, que c'était un réel mécontentement populaire, des conditions sociales extrêmement défavorables, des tensions fortes qui justifient la descente de centaines de milliers de personnes dans la rue et surement pas le plaisir de se balader au soleil durant le mois de Mai...
La signification politique des manifestations est évidente, elle traduit le mécontentement de la population. Est-il nécessaire de sortir de Sciences Po et de l'ENA pour comprendre cela ? La vision étroite et conformistes des centaines de crétins qui conseillent les puissants et qui verrouillent le système pour empêcher toute voix discordante susceptible de s'opposer à leur jugement de parvenir aux oreilles des décideurs est responsable de l'incapacité de la classe politique à interpréter correctement la vox populi.
La question qui se pose est : Décembre, janvier et février, ne sont-ils pas également des mois où la population souffre et s'agace de la situation dans laquelle elle est plongée ? Pourquoi les grèves générales, les journées de manifestations enchaînées les unes après les autres n'interviennent-elles qu'en fin de printemps ? Pourquoi Mai, et pas Juin ou Juillet ? Pourquoi une manif le 29 janvier et une autre le 19 Mars et rien entre temps ? Le courroux du président de la République paralyse tout le monde diraient certains... Non à tort, sauf que sous VGE, Mitterrand et Chirac, les processus de "rébellion" contre le pouvoir étaient semblables alors que la manière de gouverner était différente.
En allant un cran au delà des analyses politiques classiques qui constituent la quasi totalité des "notes" reçues par les hommes politiques depuis des décennies, on découvre que les tenants et les aboutissants de la psychologie populaire imprègnent les comportements des français dans tous les domaines de leur vie, y compris lorsqu'ils expriment leur mécontentement en battant le pavé. Juillet augure déjà les vacances et le besoin de "déconnecter", Décembre et Noël traduisent le besoin, aussi, de coupure, de se retrouver en famille, de penser à autre chose. Quant aux mois d'hiver, il est déjà suffisamment difficile de les traverser lorsqu'on vit dans des conditions défavorables sans les aggraver encore par des grèves à répétitions, des marches dans le froid, etc. Le cadre de vie impose des contraintes qu'il est impossible d'ignorer. Mai, sa douceur, son soleil, la sortie définitive de l'hiver, l'approche des vacances, constituent un cadre propice à un renouveau. C'est aussi ce renouveau qu'appellent les manifestations.
Ainsi, au delà d'un exutoire, cette colère et ce mal-être recherchent également la voie d'un réconfort. Nous ne reviendrons pas ici sur les arguments développés hier (nous pourrions d'ailleurs ajouter d'autres caractéristiques "positives" en matière de psychologie issues des manifestations), mais en les reprenant on peut comprendre quels sont ces aspects réconfortants.
Est-ce à dire que les manifs constituent une thérapie ? Nous n'irons pas jusque là. Les manifs sont ce qu'elles sont, et le besoin n'est pas forcément d'en étudier tous les détails. D'autant que toutes les manifestations n'ont pas les mêmes caractéristiques. Celles des opposants à Davos, par exemple, ou celles très infiltrées par les milieux extrémistes, sont tout de suite moins sympathiques...
Cependant, il semble urgent que la perception que les décideurs politiques ont des manifestations, et par là, de la psychologie populaire change. En entendant réellement quels sont les points centraux des revendications, c'est à dire, pas forcément ceux qui sont écrit sur les banderoles, mais les signes sous-jacents qui poussent à écrire ces messages, en entendant quelles sont les caractéristiques psychologiques des groupes qui sont représentés dans la rue, quelles sont leurs attentes en matière de qualité de vie, de perspective sur l'avenir, de crainte quant à leur statut actuel, de positionnement politique, de réflexion sur l'Etat de la société, il serait plus facile de prendre des décisions adaptées.
Rester cloîtré dans son bureau Louis XV face à un joli parc, à attendre que le room service vous apporte des cafés lorsque vous recevez les huiles du pays ne permet pas de comprendre la psychologie des français. Je sais de quoi je parle, je suis passé par là ! Passer des heures dans les antichambres en attendant que le Ministre, le Président ou n'importe quel homme politique vous reçoive pour que vous lui exposiez en quinze minutes le résultat de semaines de recherche, sous l'oeil vigilant des conseillers proches qui ne vous laisseront pas prononcer les mots qu'ils supposent que leur patrons n'a pas envie d'entendre ne permet pas non plus de faire avancer le schmilblick. Je passe les discussions entre conseillers visant uniquement à se faire mousser en glissant à qui veut l'entendre qu'on a été reçu un certain nombre de fois par le ministre, qu'on a reçu une gratification du président, que le Premier ministre a particulièrement apprécié notre dernière note...
Quand on pense que les conseillers qui prennent le métro une fois par semaine et qui descendent de chez eux pour aller acheter une baguette de pain et un steack haché s'enorgueillissent d'être "en contact avec la population" et justifient leurs positions absurde par "mon boulanger m'a assuré ceci" ou bien, "mon boucher m'a bien confirmé que j'avais raison sur tel point". C'est pitoyable. Messieurs, vous êtes en grande partie responsables de la déconnexion qui existe entre le peuple et les élites. Vous êtes vraiment un remède au désir de faire de la politique. C'est un coup à devenir trotskyste ! Si ces endroits n'étaient pas déjà infectés du même type d'énergumènes...
J'aurais voulu demander pardon, déjà, à tous ceux qui sont différents, et qui, travaillant dans le milieu politique, ne peuvent être décris par les termes un peu durs que j'ai utilisés. Cette phrase d'excuse, j'aurais du l'écrire pour tous ceux que je connais, et pour ceux que je ne connais pas, et qui ont un réel sens humain doublé d'un vrai sens politique. L'unique problème, c'est qu'en écrivant cette phrase d'excuse, tous les crétins qui sont décris plus haut se seraient dit : je fais parti des exemptés ! Pour éviter cette échappatoire, et sauver par cette phrase ceux qui nécessitent d'être condamné pour leurs mauvais et déloyaux services, je préfère condamner tout le monde y compris les innoncents ! A quand un vrai changement ?