Ca faisait un long moment que nous n'avions rien posté sur Jean François Copé. Ce matin, il est interviewé sur le plateau de la matinale. Autant vous le dire tout de suite, l'interview est de bonne qualité. Jean François Copé fait partie des quelques uns qui n'ont pas de gros problèmes en matière de communication politique. Cependant, cela ne diminue pas le nombre des ajustements nécessaires. Par exemple, pendant longtemps, il s'est laissé absorber pas son job de porte parole, qui défend bec et ongles les mesures prises par le gouvernement. Ceci renvoie inévitablement une image d'homme un peu borné, tout à sa tâche et qui peine à prendre de la distance par rapport à la réalité que connaissent les français.
Je peux vous dire que les choses ont changé ! Et nous allons nous en rendre compte rapidement. Il y a plusieurs point positifs qui ponctuent cette interview, on pourrait parler du ton de la voix, de l'attitude plutôt détendue et cordiale. On pourrait également critiquer certaines parties de l'interview où la pédagogie vient à manquer ou alors certaines longueurs. Nous avons plutôt choisi de nous concentrer aujourd'hui sur un tout petit moment en fin d'interview, un moment proche du gong de sortie, un moment où tout le monde pense que l'interview est pliée et qu'il ne reste plus qu'à passer à la suite. Un petit moment où, rare moment de télé, on voit la stupeur sur le visage de la journaliste. Et pas une stupeur feinte, un étonnement réel suite à la réponse de Jean François Copé.
Tout part d'une courte question sur l'homoparentalité posée par Maïténa dans la partie j'aime/j'aime pas. Jean François Copé dit qu'il ne peut pas répondre en 15 secondes car la question est compliquée, mais il se lance quand même.
Premier hameçon qui accroche l'attention de la journaliste et des téléspectateur, le "J'ai évolué sur la question". Là, on se dit, "ouh là ! Un homme politique qui avoue évoluer sur ses prises de positions, qui ne tente pas de nous faire croire qu'il sait tout sur tout depuis longtemps, ça n'est pas si courant que ça".
Et puis il explique, il détaille, il parle de certains de ses amis qui sont dans cette position, et donc la journaliste se dit probablement: "Il était contre il y a quelque temps, il nous explique qu'il a modifié ses points de vue, c'est donc qu'aujourd'hui il est favorable." Elle lui dit donc :"Ca veut dire que vous êtes favorable..."
Et là, la bombe en matière de communication politique, il répond :"Ca veut dire que je sais pas encore" Ce qu'il faut, à ce moment, c'est voir la tête de la journaliste. On comprend tout de suite que ce n'est pas tous les jours qu'un politique lui fait cette réponse. Eh bien moi, face à ça, je dit :"ALLÉLUIA". Enfin un homme politique qui avoue qu'il ne sait pas tout sur tout. Jean François Copé enchaîne d'ailleurs en disant :"J'ai décidé d'arrêter d'avoir un avis sur tout en permanence".
Quel avantage en matière de com' politique ? Eh bien, ce "je ne sais pas" apporte de l'humanité à l'homme politique. Pourquoi ? Parce que la population est toujours les jours face à des questions auxquelles elle ne sait pas répondre. Savoir dire "je ne sais pas mais nous pouvons en parler et débattre" est un atout énorme. Ca peut paraître évident pour vous et moi, mais chez les technos, c'est plutôt mal vu, car dans les "technos-écoles" on vous apprend à avoir un avis sur tout et à être absolument sur de votre avis. Bravo donc à Jean François Copé qui a su faire le chemin en sens inverse.
Bref, arrêtons tout de même là pour les fleurs. L'homme politique reprend le dessus dès la question suivante : "Allez vous organiser un débat à l'assemblée sur ce sujet ?" demande Caroline Roux. Réponse de l'intéressé :"oui, moi en tout cas je vous donne mon point de vue personnel, j'ai besoin d'un débat pour faire mon avis". Tout change dans cette phrase, la posture des épaules, beaucoup plus en avant, tournées vers la journaliste, le regard fixée sur elle, comme pour convaincre, le ton de la voix, plus assuré, le rythme également, plus rapide, beaucoup moins incertain. Bref, les outils de communication politique ont repris leurs fonctions.
Ceci n'était peut être pas nécessaire pour conclure, on aurait pu laisser quelques secondes de plus l'homme politique au placard et accorder un temps de parole supplémentaire à l'homme vrai; on aurait pu rester sur cette incertitude touchante et s'orienter peut être vers la réflexion plus générale qu'un débat pourrait apporter, pour que les points de vue des autres hommes politiques et des français évoluent également...