Rama Yade est l'invitée de Christophe Barbier sur LCI (cliquer sur le titre de l'analyse pour visionner l'interview)
Quelques mots sur l'interview. Première question : le Dalaï Lama. Rama Yade réitère des propos élogieux à l'égard du Dalaï Lama, restant ainsi dans son rôle de Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Quand vient la question des sanctions économiques décidées par la Chine à l'égard de la France, on sent un blocage. Une partie de l'étau est constituée par son désir de cohérence vis à vis d'un discours en faveur des droits de l'homme, l'autre partie de l'étau est constituée par les limites fixées par son ministre de tutelle et par le président de la République, lesquelles sont appuyées à la fois sur le phrasé éthéré, caractéristique du langage diplomatique, et sur l'idée, quelque fois trop réaliste, que l'on se fait des intérêts internationaux.
En résulte une explication confuse concernant les responsabilité de la Chine dans... la crise financière. Ce n'est pas suffisant pour retirer des points du baromètre de popularité, mais la cohérence globale en est affectée.
"Vous êtes d'accord avec Jean Pierre Raffarin (JPR) qui disait qu'il faut un partenariat stratégique sans ingérence entre la France et la Chine ?" questionne Christophe Barbier.
"Mais il existe ce partenariat stratégique, il existe déjà, depuis plusieurs années..." répond Rama Yade.
Un mauvais point !
Qu'est-ce que comprend le téléspectateur ? Il comprend :"Moi Rama Yade, Je donne une leçon, je montre que je sais" Pourquoi comprend-il cela ? Parce que la phrase de Jean Pierre Raffarin contenait les mots "il faut un partenariat stratégique sans ingérence" et que Rama Yade choisit d'éluder la partie "sans ingérence" qui est probablement le point fort de la phrase de JPR pour ne la traiter qu'en fin d'explication et se concentrer sur "il faut un partenariat stratégique". Et là, le désir de se différencier étant trop fort, elle ne peut qu'affirmer l'existence, "déjà", de ce partenariat. Sauf que cela n'a aucune utilité "de fond" d'affirmer que ce partenariat existe "déjà". Il n'y a aucun intérêt de "décrédibiliser", en quelques sorte, la phrase de JPR. Cette façon de faire pourrait avoir un sens si s'agissait de répondre à une attaque, ou une provocation. Ce n'est pas le cas ici. L'unique perception possible de la part du téléspectateur est donc celle décrite ci dessus : "le désir de se démarquer", qui véhicule une image "auto centrée" qui n'apporte rien de positif au personnage.
Voici les différentes partie de sa réponse :
"Il existe déjà ce partenariat"
(explication donnée ci dessus)
"Nous respectons les chinois"
"Nous savons de quelle civilisation ancestrale ils sont issus"
(Les téléspectateurs ne comprennent pas pourquoi Rama Yade aborde ce point. Quel rapport entre la question "faut il un partenariat stratégique?" et cette réponse du respect des chinois ? En fait, il y a une cohérence avec la suite de son discours, puisque cette phrase est en réalité un préambule à sa position sur l'ingérence. Mais la construction de la communication politique de Rama Yade est trop complexe, et le téléspectateur se perd.
Une ligne de coaching politique : Il faudrait des phrases courtes qui puissent, en quelque sorte, se suffire à elles-mêmes, afin de n'être pas obligé de reconstruire a posteriori la cohérence de ce que l'on perçoit du discours.)
"Nous tenons à ce que l'on ai un partenariat équilibré"
(Oui, mais cette phrase aurait du intervenir en premier. Juste après un acquiescement de la nécessité d'un partenariat stratégique entre la Chine et la France comme le proposait JPR. A la place du "il existe déjà", on aurait pu entendre, "oui il faut un partenariat stratégique, ou plutôt un partenariat équilibré, car ce partenariat existe déjà". Et là, comme la phrase a commencé par aller dans le sens de JPR, la prise de distance finale est perçue différemment. Finalement, on ne sort jamais vraiment de ce que l'on a appris au lycée : pour une copie équilibrée, il faut une thèse et une anti-thèse. En communication, il faut commencer par aller dans le sens des gens, pour ensuite revenir en arrière et inspirer ainsi aux interlocuteurs un sentiment d'équilibre dans la posture adoptée.)
"Pour ce qu'il s'agit du Tibet, il n'y a nulle ingérence"
"Il y a rien de spécifique à la France ou d'un comportement qui serait condamnable"
(Voilà le point fort. Ce point est, malheureusement, complètement lié au reste de la réponse comme l'extrémité d'une longue tresse qui n'en finit pas... alors qu'il aurait du être détaché, mis en avant. Pour cela, il faut penser à varier le rythme du discours, et à mieux utiliser les silences. On a trop l'impression d'une longue phrase qui ne s'arrête jamais. Il faut des coupures, des pauses, des changements de rythme et de ton.)
Pour ce qui est du vocabulaire, des images, "la mémoire est douloureuse", "plus aucun chef de guerre ne pourra, à l'abri de ses frontières, impunément provoquer des crimes de guerre", "ce qui se passe au Darfour blesse la conscience humaine", ils sont en décalage avec ce qu'on a l'habitude d'entendre et c'est un bon point. Ceci mérite d'être travaillé et étendu, afin que l'ensemble du propos puisse être ainsi légèrement "poétisé". Cet aspect du langage peut contribuer à atténuer les aspects techniques, inhérents au discours politique et le rendre ainsi moins froid et moins "distant"... Bref cela peut réellement créer une différence de langage, qui, ajoutée au positionnement de fond qui a déjà séduit les français, permettra de créer une image politique nouvelle et donc décisive...