mardi 14 avril 2009

Manuel Valls dans "Le Monde" du week-end

Manuel Valls prend doucement la tangente... Peu à peu, il tente de se démarquer de ses frères d'armes, de faire entendre sa différence. Un point majeur : "Cessons de critiquer Nicolas Sarkozy". Pourquoi majeur ? Parce qu'en dehors de cela l'interview présente peu de nouvelles idées, peu de propositions innovantes. Peut-on l'en blâmer? Surement pas. Trouvez un politique qui ai aujourd'hui la réponse aux nombreuses questions que se pose le pays, voire le monde... Les choses sont complexes et il semble que le désir d'action prime sur les périodes de réflexion, pourtant nécessaires pour faire émerger une idée intéressante.

Bref, revenons sur cette posture décalée, pro PS, ou disons pro socialiste, tout en n'étant pas anti-sarkozyste. En terme de communication politique ce positionnement est ambigu. En effet, les retournements de veste étant fréquents ces temps-ci, il est difficile de savoir s'il s'agit d'un appel du pied au président dans le cas d'un remaniement éventuel, s'il s'agit d'un positionnement courageux en marge de tout ce qui se fait, histoire de marquer sa différence, et éventuellement de préparer l'avenir, ou bien s'il s'agit d'un désir de créer un courant au sein même du PS, espérant ainsi fédérer quelques suiveurs déçus par les caciques, et finalement exister ainsi que préparer l'avenir.

Rebref, difficile de ne pas chercher à tout prix un but politique à cette prise de position. Et pourtant, le bon sens voudrait que chaque homme politique puisse avoir une approche équilibrée lorsqu'il critique le pouvoir en place. A gauche, l'électorat applaudi des deux mains lorsque les représentants dézinguent le président. Je me rappelle l'époque Jospin, voire l'époque Mitterrand, où l'inverse se produisait. Un espèce d'abrutissement saisit les hommes politiques dès lors qu'ils sont dans l'opposition. Plus moyen de reconnaître que le gouvernement peut agir dans un sens favorable au pays.

D'où cela vient-il ?

Tout d'abord, de la population, manichéenne s'il en est, qui préfère, dans son ensemble, rester binaire afin de ne pas trop se poser de questions. Sauf que la population commence doucement à se réveiller, d'où les points qu'a gagné Bayrou lors de la dernière campagne présidentielle lorsqu'il fustigeait cette attitude bornée et prônait un rassemblement droite-gauche autour d'un programme centriste. Depuis, il critique droite ET gauche, ce qui affaiblit évidemment son message précédent.

Ensuite, cela vient de la difficulté d'être créatif. On voit combien les idées nouvelles sont chères de nos jours. Il est donc beaucoup plus aisé de critiquer ce qui est fait, en le décrédibilisant, en promettant un avenir meilleur, en utilisant les bons vieux sophismes politiques pour faire miroiter une solution en apparence pleine de bon sens, que d'avaliser la réforme en émettant des réserves sur certains points. Par ailleurs, marcher sur la tête de celui qui se trouve en dessous est toujours un moyen de s'élever.

Enfin, cela vient d'une caractéristique de la pensée humaine : l'attrait pour "le négatif". Tout ce qui, sous forme de pensée, de parole ou d'acte, contribue à détruire, à amoindrir, à déconstruire provoque l'attrait, voire la fascination. Si tant d'historien étudient les périodes de guerre plutôt que de prospérité, les massacres plutôt que les réussites, si les économistes se penchent en majeur partie sur les périodes de crises, etc. ce n'est pas tant par soucis de prévenir les catastrophes à venir mais, pour reprendre des termes bibliques, par la "fascination du serpent parleur". Il n'y a qu'à regarder les journaux TV pour comprendre à quel point les mauvaises nouvelles ont du succès. Jean-Pierre Pernaut tente tant bien que mal de s'extraire de ce courant ce qui lui vaut moult critiques. L'autre soir, juste avant d'éteindre la télé, j'ai zappé et je suis tombé sur un présentateur de JT qui terminait son journal en rappelant la principal info du jour : il s'agissait d'une fusillade qui avait fait, je crois, deux morts dans je ne sais plus quelle ville. En pressant le bouton "off", je me suis dis : C'est ça la principal info du week end, un mec qui pète un plomb et qui tire sur des gens ? Pour 60 millions de français, dont une bonne partie sont devant la télé, la soirée commence en affirmant que la principale information concerne la mort de deux personnes par fusillade ? N'y a-t-il pas eu de médecin qui a sauvé une vie durant ce week-end, la vie d'un enfant qui serait décédé s'il n'avait pas été là ? N'y a-il pas eu de femme africaine ou asiatique qui a réussi à concrétiser son projet et ainsi à faire vivre sa famille, voire son village ? N'y a-t-il pas eu de découverte archéologique ou scientifique, de nouvel artiste qui soit purement génial, ou de gens comme vous et moi à qui il est arrivé une chose de plutôt sympa et qui mériterait d'être raconté ? Eh bien tout ça, permettez moi de vous le dire, on s'en fout! On préfère la mauvaise nouvelle. Et plus elle est sordide, peut importe si elle a du sens, peu importe si elle apporte réellement quelque chose à l'auditeur, plus elle aura de chance de devenir "l'info du jour". On est tous soumis à cette forme d'hypnotisme, les hommes politiques comme les autres, d'où la tentation de déprécier tout ce qui se fait par ailleurs.

Manuel Valls, qui refuse désormais de critiquer sans raison Nicolas Sarkozy, se serait-il hissé au dessus de ces tentations ? Si je dis "oui, il a compris la nature humaine et refuse de tomber dans les travers habituels des politiques", vous penserez que je suis naïf. Si je dis "non, il poursuit un but politique, comme décrit plus haut", vous penserez que je suis moi aussi soumis aux tentations que je viens de décrire et que c'est pour cette raison que je suis négatif vis à vis de sa façon de faire. Ma seule issue est donc de dire : je ne sais pas !