Il faut écrire plus souvent m'a-t-on dit récemment. Une ou deux analyses par semaine, ce n'est, semble-t-il, pas suffisant. Ok, mais, en dehors du temps qui manque cruellement, il y a aussi les sujets qui manquent cruellement... Depuis quelques jours, les thèmes des blackblocs qui cassent tout, de la réunion du G20 qui apporte ou n'apporte pas les résultats escomptés, du retour de la France dans l'OTAN qui n'en finit pas de faire des remous, et de la crise, toujours elle, qui finira...ou pas, en 2010, ne m'inspirent vraiment pas grand chose.
Bon, il y a bien eu l'interview d'Eric Besson sur France Inter qui, malgré la complexité du sujet, s'est plutôt bien déroulée, malgré, surtout, la chronique toujours très acide de Stéphane Guillon qui a du mettre le ministre de bonne humeur...
Il y a eu l'interview de Pierre Moscovici sur Canal, Pierre Moscovici rasé de près pourrait-on dire, heureuse idée car l'image souffrait de cette barbe grisonnante qui ne correspondait pas au personnage. Une bonne partie de l'interview a été consacrée à faire de la pédagogie sur l'entrée potentielle de la Turquie dans l'Europe. La question est difficile. Pierre Moscovici a voulu faire comme si les points d'appui de l'argumentaire présidentiel ainsi que les craintes populaires étaient modifiables par un discours pédagogique de long terme, comme si les réticences des français à voir entrer un pays musulman (mal connu et qui, contrairement au Maroc qui jouit d'une image positive auprès des français, fait partie de ces pays dont on craint l'arbitraire de la gouvernance politique) dans l'Europe étaient factices, ou transformables. Il semble que ces craintes soient enracinées dans une terre beaucoup plus compacte que ce que Pierre Moscovici imagine. Sont discours n'aura donc probablement pas bougé les lignes. Il aura conforté les convaincus mais pas fait reculer d'un pouce les positions des opposants.
On aurait pu parler de l'interview d'Emmanuel Valls qui, tant bien que mal au micro de Jean Pierre Elkabbach, tente de se défendre d'avoir pactisé avec l'ennemi lorsqu'il a convié, à Evry, Eric Besson à débattre autour des questions d'immigration. La France, pays championne dans l'art de donner des leçons ! Pays creuset des intellectuels "bien pensants" qui donnent à tous des leçons quant à la manière d'aborder tel ou tel sujet. Les socialistes ne dérogent pas à la règle. Manichéens, ils considèrent qu'Eric Besson a trahi, ils considèrent qu'il a rejoint le camp de l'ennemi, ils considèrent donc qu'il ne faut pas l'inviter à débattre. Quelle ânerie! La population n'adhère pas à ce genre de positions. Emmanuel Vals l'a d'ailleurs rappelé, "la salle de la municipalité était comble". Débattre est un des signes de santé de la démocratie. Argumentation convaincante donc, pour Emmanuel Valls.
On aurait pu aussi parler de l'interview de Jean François Coppé sur LCI, qui, en première partie, face à un Christophe Barbier toujours aussi magnanime (je dois dire que c'est rare et appréciable parmi les journalistes, quoi qu'en disent les mauvaises langues), s'indigne qu'on puisse séquestrer les patrons. On tombe alors dans la polémique classique : à gauche, les salariés n'en peuvent plus, on n'approuve pas leur geste mais on les comprend; à droite, les salariés n'en peuvent plus, d'accord, mais on ne peut pas laisser faire cela dans un état de droit, bref, des heures de parlote pour des choses qui ne valent pas 3 minutes de débat. Désormais on veut légiférer, on s'insurge, on veut prendre des mesures. Au milieu des milliers de pages, d'articles en tous genres, de la loi française, n'y a-t-il déjà rien qui interdisent à une personne d'en séquestrer une autre ? Ca m'étonne ! En matière de com' politique, passer plus de trente secondes à répondre à une telle question est une erreur. Il faut maintenant cesser de s'engouffrer dans les "thèmes à la mode" pour donner son point de vue s'il n'a rien d'exceptionnel. Autant être bref et axer le discours sur les thèmes centraux.
On aurait pu parler de tout un tas d'autres choses, mais, sincèrement, le coeur n'y est pas vraiment. Il y a, en matière de communication politique, des périodes et des thèmes plus fastes que d'autre. En ce moment, économiquement comme politiquement, c'est plutôt vache maigre...