A la suite de plusieurs demandes, nous avons décidé de proposer une série d'analyses sur la communication politique d'Olivier Besancenot, similaires à celles qui existent déjà sur ce site à propos de la communication politique de Nicolas Sarkozy.
Pour cette première analyse, que nous essaierons de faire courte, nous nous intéresserons au statut d'opposant d'Olivier Besancenot.
Ce statut d'opposant est intéressant car, à la fois, il inquiète et rassure. Comment est-ce possible ? Eh bien en s'opposant radicalement à l'ensemble de la droite, au centre ainsi qu'au principal parti majoritaire de gauche, en s'opposant au modèle capitaliste par le biais de ses dérives, en s'opposant à la logique financière qui a conduit aux crises que nous connaissons, en refusant (même s'il s'en défend) une quelconque alliance, y compris avec d'autres partis d'extrême gauche, en refusant de revoir à la baisse ses exigences quand bien même cela déboucherait sur des postes de députés pour son parti ou même un poste ministériel au sein d'un gouvernement socialiste, il apparait comme l'homme incorruptible et répond ainsi à une des critiques majeures que les français ont, à juste titre, à formuler envers la classe politique dans son ensemble : "le retournement de la veste". Il ne s'agit pas tant des alliances, des changements de parti, etc. que de cette façon de promettre et de ne pas tenir, d'affirmer quelque chose avec force à un moment et d'affirmer son contraire quelques mois ou années plus tard avec la même force.
Cette cohérence dans l'engagement d'Olivier Besancenot rassure ceux qui sont incertains ou déçus par la fiabilité de la classe politique. Elle inquiète cependant également. En effet, les même raisons accroissent la crainte de l'isolement, et donc de la faiblesse. Comment arriver à changer les choses si on reste coupé de tout les autres partis? Le vieux proverbe "l'union fait la force" ayant toujours un écho dans la conscience des français, le positionnement décalé d'Olivier Besancenot est également perçu comme un signe de fragilité. Il affaiblit ainsi ses tentatives de rassemblement populaire autour d'une cause anti-capitaliste.
Olivier Besancenot répond à ceux qui hésitent à le rejoindre en les enjoignant à le faire car c'est ainsi qu'ils seront plus nombreux et donc plus puissants. Cependant, ces "hésitants" savent pertinemment que même s'ils font le pas, et grossissent les rangs du NPA, tous les partisans de la gauche de gouvernement, majoritaire, ainsi que ceux de la droite et du centre, qu'Olivier Besancenot dénonce comme étant "d'accord pour refonder le capitalisme", ne les suivront pas. Comment gagner sans alliance ? L'histoire de la gauche nous a montré qu'en 81 c'est, en partie, grâce aux alliances que François Mitterrand a été élu. Comment donc, même à l'extrême gauche, se passer des communistes, de LO, etc. ? Cette question des alliances potentielles revient régulièrement dans les interviews car elle est une réelle pierre d'achoppement pour la communication politique d'Olivier Besancenot.
Une autre pierre a été évitée, celle de la contestation totale, même cet évitement a débouché sur un rocher. En effet, l'émergence du NPA a vu naître une série de propositions qui étaient, jusque là, mises sous silence, ou plutôt, disons qu'elles étaient masquées par l'ensemble des critiques adressées aux partis de gouvernement. Etre un peu plus positif, proposer, est finalement l'étape logique qui suit celle de la critique. C'est là que les difficultés commencent. Contester ce qui est fait est toujours aisé. Démolir en une phrase des mois, voire des années de travail, est un exercice de communication pur, donc relativement aisé surtout pour un communicant tel qu'Olivier Besancenot. Proposer un projet solide et concret et le confronter aux avis adverses ainsi qu'à l'opinion est plus délicat.
L'opposition au capitalisme en tant que modèle de société est un des piliers qui fondent la doxa du NPA. Celle ci se retrouve même dans le titre ! Les dysfonctionnements qu'Olivier Besancenot pointe régulièrement du doigt dans les médias rejoignent bien souvent le bon sens populaire, et, si ce n'est pas le cas, certains sophismes peuvent aider. C'est ainsi que s'est construite la force politique d'Olivier Besancenot, grâce à la résonance qui existe entre son discours et les attentes populaires fondées principalement sur un "ressenti" de la situation économique et sociale. Cependant, à l'heure des propositions, les choses se corsent. Les propositions de redistributions, d'accroissement du service public, d'augmentation des impôts pour les grandes sociétés rencontrent une série d'arguments tout aussi valables de la part des acteurs de l'actuel capitalisme. La question se pose donc : Que faire ? Garder le capitalisme tel qu'il est ? Non ! répond le bon sens populaire. Abolir le capitalisme ? Le bon sens, là encore, dit non. Le bon sens a cette caractéristique d'être, en général, équilibré. Il pencherait donc plutôt pour une élimination de ce qui ne fonctionne pas au sein du capitalisme, d'une amélioration de celui-ci, plutôt que pour une abolition pure et simple de celui-ci.
On voit donc ici a quel point le positionnement ANTI capitaliste est extrême d'autant qu'aucun modèle alternatif validé par les experts (qu'Olivier Besancenot dénonce également) n'a encore vu le jour. C'est ainsi que l'écho au bon sens populaire qui transparait dans les discours d'Olivier Besancenot, et que nous avons défini comme le fondement de sa communication politique, subit une coupure au moment d'entrer dans les détails du programme ou dans les fondements de son engagement.
On pourrait résumer tout ceci par la question : Marx, ou Trotsky, est-il actuel ? Et il semble que la communication politique d'Olivier Besancenot ne puisse s'affranchir de la réponse à cette question...