lundi 8 juin 2009

Valerie Pécresse dans LE MONDE

Toujours pas de son sur mon PC, donc, toujours pas moyen d'écouter les interviews comme à l'accoutumée, et cela dure depuis plusieurs semaines. Un mea culpa à mes lecteurs! A vrai dire, le temps me manque également pour écrire plus souvent.

Aujourd'hui, quelques mots concernant une interview que Valérie Pécresse donnait au monde mardi dernier. Les mea culpa quant aux réformes engagées semblent plus complexes à faire que ceux qui concernent les PC qui marchent mal semble-t-il.

On peut lire, en début d'interview, suite à la question "ou est située l'erreur?" (n.a. quant à la réforme des universités) : "Il y a eu une maladresse dans la rédaction initiale du décret qui a été vite corrigée, mais elle a alimenté toutes les rumeurs".

Profs, étudiants, ministres et conseillers, tous victimes de la rumeur. Comprendre donc : Ne pas stigmatiser les manifestants, ne pas accepter de s'être trompé non plus, donc, rejeter l'erreur sur une tierce personne, un responsable invisible et non nommé, un fautif abstrait : la rumeur, et peut être, sous-entendu, celui qui l'a véhiculée.

La tentative de se dédouanner ainsi est classique, elle ne convaincra pourtant pas la population du milieu universitaire qui gardera en mémoire l'image d'un nème ministre qui tente de faire passer une réforme inacceptable et qui modifie son texte en court de route, suite à une lutte sociale importante, afin de ne pas renoncer totalement.

En cela, Valérie Pécresse n'est pas à blâmer. Elle n'a pas fait pire que certains de ses prédécesseurs, certains d'ailleurs dont le nom est évoqué pour entrer à nouveau au gouvernement. Cependant, cela n'empêche pas que les blocages psychologiques autour de la question du dialogue social, de la mise en place des réformes, ne seront pas dissous par ce genre d'approche. Le milieu étudiant ainsi d'ailleurs que celui de l'enseignement et de la recherche sont particuliers. Les enjeux, les modes de vie, les modes de pensée qui leurs sont propres et que les politiques n'arrivent pas à appréhender, nécessiteraient peut être de mettre en place une approche radicalement différente de ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui.

Par exemple, le choix du ministre. On sait à quel point les égos sont développés dans la sphère politique. Je me rappelle d'un recensement, il y a quelques années, d'un certains nombre de ministre avec, en marge, leur façon de fonctionner : technocratique, autoriatire, libérale, etc. On pourrait ainsi se demander s'il ne serait pas plus judicieux, lors du choix des ministres, de se tourner principalement, pour les ministères délicats comme celui de l'enseignement, vers des personnalités qui ont un sens humain, social et du dialogue développés. Certains ministères sont plus facile à gérer "d'en haut" que d'autres. Les profs, et a fortiori les étudiants, ont besoin de contact, ont besoin d'être entendus. Il faut donc "mouiller sa chemise". Les visites en coup de vent dans un collège ou une université pour délivrer un discours formaté par des conseillers technos ne sont pas adaptées, du moins si l'on désire que les choses changent réellement.

La communication (politique), dans son sens le plus noble prend ici toute sa place : communiquer, c'est à dire échanger des idées, écouter, se remettre en question, débattre, interroger et sonder, bref, mettre en place une vraie réflexion à propos de l'école pour qu'un consensus, plutôt qu'une nème réforme, en soit le résultat est, à mon avis, le vrai besoin.

Ensuite, autre aspect rattaché à celui de la communication : la manière. En effet, les profs sont échaudés, à la fois par les conditions de travail de plus en plus difficiles dans les établissements, et pas seulement les ZEP, croyez en mon expérience, et par les réformes à répétitions qui changent les façon de procéder, les méthodes d'enseignement, les contenus, les objectifs, etc. ; tout cela arrive comme une boule de plomb qui tomberait du ciel à chaque changement de ministre. Imaginez un prof qui a commencé sa carrière en 1985, à 23 ans, il a aujourd'hui 47 ans, encore bien loin de la retraite, et il a vu passer un nombre de réformes ratées, modifiées à coup de luttes sociales intenses, ou tout bonnement refoulées suite la démission du ministre relativement important. Comprenez donc que ce prof soit blasé. Si à cela on ajoute l'éternelle rengaine de la population : "regardez moi ces fonctionnaires qui sont toujours en vacances alors qu'ils ne travaillent même pas vingt heures par semaines et qui trouvent quand même le moyen de se plaindre" vous comprendrez pourquoi aujourd'hui la coupe est pleine. Commencer par rassurer les profs, par les écouter et comprendre quelles sont leurs conditions réelles de travail serait peut être un bon début, et ceci modifierait probablement, de façon sensible, la manière de réformer.

Enfin, "dégraisser le mammouth" est une tentation difficilement résistible. Elle revient d'ailleurs à la charge si j'ai bien compris. Il est pourtant probable qu'encore une fois, le mamouth écrase de sa lourde patte le dégraisseur. Il est des ministères qui devraient avoir une logique comptable plus subtile que d'autres. Je ne suis pas sur que cette méthode de communiquer puisse donner des fruits dans ce secteur. Peut-on passer par la force auprès des étudiants ? La question reste en suspend.