mercredi 28 janvier 2009

Valérie Pécresse sur LCI le 27-01-09

Valérie Pécresse (VP), Ministre de l'enseignement supérieur et de la Recherche est interviewée par Christophe Barbier sur LCI (cliquer sur le titre de l'analyse pour visionner l'interview).

Commençons par quelques commentaires de base sur la voix et la gestuelle de Valérie Pécresse avant de nous attaquer à l'aspect communication politique proprement dit, c'est à dire au discours.

Valérie Pécresse a la voix très légèrement cassée, en tout cas, c'est ainsi que le ton de sa voix est perçu au travers du micro. Cela a un effet positif. Eh oui, les voix haut perché, surtout lorsque le ton est revendicatif, fatiguent l'oreille. Ce côté légèrement émaillé donne de la douceur à la voix, ce qui est un bon point, même si elle n'en est pas complètement responsable... Par contre, à l'opposé du ton de voix relativement bas et tranquille, la gestuelle est très haute et hyperactive. Du calme Madame la Ministre ! Les gens du sud, dont je suis, ont souvent l'habitude de parler avec les mains, mais pas à la télé. Le fait d'être assis (on ne voit que le tronc) et d'agiter les mains en permanence pour s'exprimer confère au personnage un côté "marionnette" qu'il faut à tout prix éviter. Mauvais point donc ce coup ci !
Par ailleurs, la gestuelle de VP n'est pas forcément en accord avec le contexte. Ses gestes sont parfois amples alors qu'ils devraient au contraire être maîtrisés; par exemple lors de la phrase "Et le plan de relance du gouvernement, objectivement, personne ne le critique réellement. Et les recettes du plan de relance etc..." ont voit ses mains qui montent, qui descendent, puis qui partent vers la gauche et sortent même du cadre. Trop d'agitation dit le coach politique, il faut plus de calme !
Enfin, les mouvements des bras sont souvent en décalage, dans leur signification, avec les mots du discours. Par exemple, lorsque VP évoque le "besoin de solidarité", elle effectue des moulinets avec ses mains, qui pourraient suggérer, par exemple, un mouvement ou un processus, alors qu'au contraire, le mot "solidarité" aurait du être accompagné d'un mouvement de bras rassembleur, partant de l'extérieur et revenant vers le centre.

Assez de coaching politique sur la gestuelle, passons maintenant au fond, car il y a une petite chose ou deux qui méritent d'être soulignées.

Tout d'abord, la critique visant le plan de relance suggéré par le PS. Le volet "relance par la consommation" est remis en cause par Valérie Pécresse. C'est son droit. Cependant, elle justifie sa prise de position par un argument irrecevable. VP juge que la relance par la consommation est "dépassée". C'est une mesure "du siècle d'avant" dit-elle. A première vue, on pourrait se dire qu'effectivement, ce type de mesure est dépassée. Sauf qu'à une période de l'histoire où les modèles économiques libéraux volent en éclat, où Keynes (le chef de file de toute l'école de la relance par la consommation) est remis à l'honneur, où il est probable qu'on arrive, pour des raisons sociales, dans les mois qui viennent à voter des mesures visant à soutenir les ménages qui en ont le plus besoin, où tout le gouvernement, y compris le président de la République, n'ont eu de cesse d'expliquer en long, en large et en travers que les crédits à l'investissement consentis aux entreprises en difficultés étaient en réalité un soutien à l'emploi et donc aux salaires, et donc au pouvoir d'achat, et donc à la consommation, on peut difficilement qualifier de "dépassé" la doctrine keynésienne. Non pas que je la soutienne particulièrement, pas plus que la doctrine néoclassique d'ailleurs, là n'est pas mon propos, mais, afin d'apparaître cohérent, il s'agirait d'user de certaines précautions oratoires. Le lendemain, et nous n'en ferons pas l'analyse car l'homme en question n'est pas un politique, Jean Paul Fitoussi, éminent économiste, président de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), explique que les solutions à la crise sociale qui s'annonce pourraient être des mesures de rallonge de la durée de cotisation chômage, d'augmentation des minima sociaux etc. bref, des mesures de relance de la consommation keynésiennes. En clair, attention avec les images un peu trop fortes et les critiques un peu trop hâtives.

Valérie Pécresse explique dans la suite de l'interview que, face à la grogne des enseignants chercheurs, elle tient à rassurer. "Nous trouverons les voies de passages pour faire la réforme et en même temps vous rassurer" dit-elle en s'adressant de manière indirecte aux syndicats d'enseignants chercheurs. "Venez me parler de vos craintes, nous y répondrons" ajoute-t-elle.

La façon dont elle positionne le problème est risqué. "Vous avez des craintes", et "Nous mettons en place des réformes" comprend-on. Or chacun sait que la crainte est un phénomène psychologique, uniquement psychologique pourrait-on dire. Le remède l'est tout autant : "rassurer". En posant le problème de cette façon, Valérie Pécresse oppose d'un côté le travail concret : "la réforme" qu'elle accomplit au sein de son ministère, et de l'autre, une attitude psychologique craintive de la part des intéressés. Nul ne peut adhérer à cette vision des choses car celle-ci dévalorise la position des syndicats et des enseignants chercheurs qui sont relégués au rang "d'enfants qu'on doit rassurer". VP positionne la problématique des syndicats et des personnels de l'enseignement supérieur comme étant d'ordre uniquement psychologique, d'où la solution : dialoguer pour rassurer. Argumentation évidemment irrecevable de la part des intéressés et donc, Com' politique inefficace.

Un mot, cependant, est crucial dans son discours, mais il passe en second plan: "Garantie". Il aurait fallu insister plus sur ce mot, et surtout, d'une façon différente.

"Nous [vous] donnerons les garanties" dit-elle. La phrase était presque bonne, sauf qu'il ne s'agit pas de donner quoi que ce soit. Pour les syndicats, ces garanties n'existent pas encore, sinon, nul besoin de manifester. "Nous mettrons en place les garanties nécessaires" conviendrait mieux. La notion de "mettre en place" ou de "créer" sous entend que la ministre serait prête à un semblant de concessions, tout du moins, à un dialogue constructif débouchant sur de nouvelles propositions. VP se positionnerait ainsi sur une base plus concrète et ne donnerait plus l'impression de vouloir passer une pommade psychologique aux angoissés du secteur public.


On termine par un bon point : le ticket déjà passé entre Roger Karoutchi et elle-même pour les régionales en Ile de France. Pas besoin de long discours sur l'unité, l'exemple suffit. On comprend que les primaires ne serviront pas à tenter d'assassiner l'autre. Cela renvoie aux militants l'image qu'ils attendent...

mardi 27 janvier 2009

Interview Xavier Bertrand - Les 4 Verites - 26-01-09

L’analyse d’aujourd’hui, Xavier Bertrand interviewé sur France 2, aux 4 vérités, sera courte. En effet, l’investiture d’Obama terminée, il est temps de quitter les USA et de rentrer au pays, et l’avion n’attend pas. Il arrive qu’en France on retarde un train de plusieurs heures pour qu’une famille princière saoudienne puisse le prendre, mais rien de tel ne sera consenti à un petit blogger politique…

L’interview (cliquer sur le titre pour la visionner) commence par un petit topo sur le désastre du sud ouest. La question est simple, comme souvent : « a-t-on tiré les leçons de la tempête de 1999 ? » On pourrait s’attendre à une réponse tout aussi simple, oui, ou non. Xavier Bertrand, (XB) ne fait pas partie de ces hommes politiques « nouvelle génération » qui répondent clairement aux questions. Cela se confirmera dans la suite de l’interview. Il explique au travers d’arguments plus ou moins bien choisis que l’Etat, les collectivités locales, EDF, etc. font tout ce qu’il faut pour que la situation revienne à la normal. Bref, il tente de montrer par l’exemple que les leçons ont été tirées, mais il ne le dit pas.

Sur le fond, la réponse de Xavier Bertrand n’est pas mauvaise en soi, mais c’est une réponse « traditionnelle d’homme politique ». En effet, les questions qui touchent directement à la vie, à la santé, etc. des français portent en elles mêmes une forte charge émotive. Ces questions sont souvent posées de façon simple « a-t-on tiré les leçons du passé ? » mais elles incluent, implicitement, plusieurs niveaux de questionnement dont le principal niveau est : « Comment peut-on empêcher ça ?! ».

Un peu de coaching politique : Il faut en réalité répondre à la deuxième question, sous-jacente, non à la première.

Montrer que l’Etat essaie de faire mieux qu’auparavant n’est pas utile. Il faut expliquer préalablement qu’on ne peut pas empêcher ces phénomènes naturels d’arriver et que le fautif c’est le phénomène naturel, et pas la « soit disant lenteur de l’Etat à réagir». En clair, lorsque l’opinion est face à deux semaines de JT, midi et soir, où les images s’accumulent montrant les difficultés à vivre sans électricité voire sans maison, elle finit par transférer la responsabilité de la catastrophe de la tornade vers l’Etat. L’opinion veut pouvoir identifier un coupable, un responsable. Il s’agit donc de remettre la responsabilité sur le fautif réel : le vent. Par nature, c’est un phénomène qu’on ne peut éviter, et donc il faut s’y adapter au mieux. Ce point peut paraître annexe, il est en réalité fondamental car une fois que l’opinion aura accepté l’aspect inévitable de la catastrophe, il sera possible de présenter les efforts consentis par l’Etat d’un façon plus objective et dépassionnée. Ceux-ci nécessiteraient d’ailleurs d’être également analysés et présentés de la bonne manière. Nous n’aurons pas le temps de le faire ici.

Revenons plutôt à la façon dont Xavier Bertrand évite les questions, ou plutôt, y répond de façon détournée. Lors de la deuxième question du journaliste, nous en avons encore une fois un exemple.

Le journaliste demande à Xavier Bertrand qui est le vrai patron de l’UMP, lui ou bien Nicolas Sarkozy. A quoi, XB répond : « Les vrais patrons de l’UMP ? Ce sont les militants. » Ce genre de réponse ne sert à rien ! En ce qui concerne le journaliste, cela ne le dissuadera pas de reposer sa question, ce qu’il fait d’ailleurs une demie seconde plus tard ; et en ce qui concerne la population, le signal rouge « Alerte, langue de bois » clignote de toute ses forces.

Ensuite, les téléspectateurs auront droit à un long laïus qui tentera de justifier ces premières positions bancales. Le positionnement de XB vis-à-vis de l’UMP et de son rôle en regard de celui du gouvernement et de la présidence, les soutenant mais tentant néanmoins de les dépasser en étant force de proposition n’est pas convaincant. Le téléspectateur n’arrive pas à sortir de l’idée que l’UMP est à la botte de Nicolas Sarkozy, et que le président de la République utilise le parti comme un outil de propagande, ou, dans des termes moins ardus, de pouvoir. Encore une fois, les questions sous-jacentes ne sont pas traitées.

On termine également sur un point relativement négatif, bien que de moindre importance, l’élection 2017, où Jean François Coppé s’est déjà positionné semble-t-il. Qu’en est-il de Xavier Bertrand demande le journaliste. Là encore, une pirouette est utilisée par XB pour s’en sortir mais elle le fait trébucher. 2017, c’est tellement loin qu’on n’arrive même pas à se projeter jusque là, c’est les calendes grecques 2017! Pourquoi XB répond-il à cette question ? Il s’agissait de l’évacuer en la tournant en dérision…

N.B. Je me rends compte que l’analyse ne met pas en avant beaucoup de points positifs. Pourtant, il y en a sûrement eu. Il y en a toujours. Mettons ceci sur le compte de l’urgence… J’essaierai de faire mieux la prochaine fois.

samedi 24 janvier 2009

Roger Karoutchi à la matinale sur Canal + le 22-01-09

Roger Karoutchi (RK), secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement est interviewé sur Canal en ce matin ensommeillé du 22 janvier.(cliquer sur le titre de l'analyse pour visualiser l'interview)

Pourquoi ensommeillé ? Parce que "même pas en rêve" sera le mot d'ordre de cette interview, la phrase phare, le clairon qui sonne le glas d'une communication politique rigide et contrôlée. Roger Karoutchi parle d'jeun's!

On peut légitimement se poser la question : Est-ce que ça marche de parler d'jeun's ? La réponse est : Cela dépend des classes sociales (et non plus des classes d'âge, comme à une certaine époque). Les classes sociales un peu élevées apprécient toujours moins. Cependant, le peuple, dans sa majorité, n'appartient pas à ces classes là. Et le peuple apprécient un langage "qu'on peut comprendre" comme me le disait un ami lors des dernières élections. Le tout c'est d'apparaître détendu et surtout, sympathique. En effet, un langage trop familier sur un ton aggressif paraîtrait beaucoup trop vulgaire. Ici, le ton est détendu, et l'accent "bien du sud" accroît le sentiment de sympathie. Comme le disait un autre ami, originaire de Nîme, avec un accent bien marqué comme vous pouvez l'imaginer : "Lorsque je dis quelque chose, même serieusement, tout le monde rigole. Lorsqu'on vient du sud, les gens sourient quand on parle. Ils nous prennent pour des rigolos" Cela l'énervait d'ailleurs de ne pas être pris au sérieux. C'était peut être parce qu'il était consultant en finance et pas homme politique. Susciter la sympathique, nous l'avons souvent répété, est essentiel en politique.

Quoi d'autre ce matin ? Un bémol, sur la même question. Le "même en rêve, non" est moins bien placé la deuxième fois que la première. Cepedendant, les journalistes le reprennent sur le ton de la rigolade, et grâce à cela, RK marque un point encore une fois. On remarque ici les bienfaits d'une atmosphère détendue sur un plateau. Mais nous reviendrons sur le sujet de la psychologie de l'interview et de l'atmosphère mentale qui en résulte dans une analyse spécifique, pour l'instant, concentrons nous sur la communication politique de RK.

RK est en campagne, ceux qui lisent les journaux sont au courant. La victoire n'est pas acquise, ceux qui lisent les journaux sont également au courant, toute la question est donc pour lui de prendre de l'avance sur sa concurrente. Une image positive est donc nécessaire. La sémantique "colorée" sera donc au rendez vous tout au long de l'interview. Au delà de la forme, le "fond" apporte également quelques bonnes surprises, notamment concernant la question sur la durée du temps de parole, par exemple lors de la réponse à Jean Marc Ayrault qui demande que chaque président de groupe puisse lever la contrainte du temps global à 4 reprises.

Cette requête du chef de groupe PS à l'assemblée semble raisonnable. Cepedant, Roger Karoutchi démonte le mécanisme en un exemple :" 4 présidents de groupe [...] ça fait 16 textes. Si je dis, sur 16 textes, c'est tout le temps que vous voulez. En réalité c'est presque pire qu'aujourd'hui, parce que combien y a de texte qui dépasse 8 à 10 jours à l'assemblée ? Y en a pas un dizaine par an" On comprend alors que cette proposition qui avait l'air d'être raisonnable apparaît désormais comme totalement irraisonnable.

Qu'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de prendre position pour RK face à Jean Marc Ayrault. Ce n'est ni mon but ni mon intérêt. Je tente simplement de montrer comment quelques exemples concrets peuvent, en certaines circonstances, être beaucoup plus parlants que de long raisonnements.

Un peu de coaching politique : En politique, lorsqu'on veut faire de la pédagogie, il faut se calquer sur les méthodes des pédagogues. Les questions organiques, législatives et autres subtilités administratives tiennent souvent la population à l'écart des débats car elle n'y comprend pas grand chose. Les profs de maths sont habitués à ce genre d'assistance un peu hébêtée qui tente de faire de son mieux pour raccrocher les wagons mais qui ne comprend rien à ce qu'ils racontent. C'est pourquoi, après un énnoncé théorique abstrait, les profs de maths ont pris l'habitude de donner un ou deux exemples concrets.

Ces quelques exemples concrets, l'attitude détendue et le parler franc et jeune permettent de laisser une impression positive. Ils permettent également de masquer un peu le manque de substance de l'interview. Car on a quand même l'impression de tourner un peu en rond autour d'un unique sujet un peu maigre. OK le groupe PS qui quitte l'assemblée a été un coup d'éclat, une crise politique majeure pourrait-on dire, mais on a l'impression que la réponse au groupe PS de la part de RK a été pliée en deux minutes et que sur les 8 minutes restantes, il brode. Faute à RK, faute à la journaliste ? Dans ces cas précis, on pourrait dire faute à RK. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas à lui de mener l'interview. Par contre, il doit travailler à l'orienter dans le sens qu'il veut. Il doit se rendre compte que cette interview tourne un peu en rond. Dès lors, la technique consiste à raccourcir les réponses, à laisser la parole à la journaliste pour combler les blancs, ce qu'elle fera en l'orientant sur d'autres sujets et permettra ainsi, probablement, de redonner du corps à l'interview. Les réponses longues meublent inutilement l'interview et "bouffent" du temps sur un sujet qui a été épuisé.

Si un autre journaliste, en l'occurence Léon avait eu une question, RK aurait peut être pu retrouver une bouffée d'air frais... Mais ce matin, la réponse était : même pas en rêve.

jeudi 22 janvier 2009

Bruno Le Maire à la Matinale le 21-01-09

Bruno Le Maire (BLM) secrétaire d'Etat chargé des relations européennes est de retour sur les plateaux télé. Nous avions posté une analyse d'une de ses premières prestations il y a quelques temps. Voyons ce qu'il en est aujourd'hui.

Tout d'abord, à son attitude plus décontractée, on remarque qu'il a pris l'habitude de répondre aux questions des journalistes. C'est un bon point.

Le ton de la voix reste aussi sobre qu'auparavant, ce qui a des avantages, même si, un peu monocorde tout de même, ce ton peut lasser lorsque les tirades s'éternisent. Par exemple, sur le volet : Barack Obama va-t-il nous tendre la main ? BLM tente tant bien que mal de justifier sa position (nous reviendrons sur l'aspect délicat de cette position) par de longues phrases, que la journaliste conclut par un "bon ! Allez, on parle d'automobile", signifiant ainsi le besoin de passer à un autre sujet avant que les auditeurs passent, eux, à une autre chaîne.

Retour sur le long laïus. Pourquoi BLM a-t-il besoin de se justifier ainsi ? Probablement parce que sa stratégie de communication politique, même si elle progresse, reste encore trop basée sur un ensemble d'idées qui ne sont pas suffisamment peaufinées avant d'être présentées à l'antenne.

Un peu de coaching politique : On ne peut pas tout dire, et surtout, on ne peut pas se permettre de présenter un ensemble d'idées sans avoir réfléchi préalablement à l'ordre dans lequel ces idées seront présentées. Tout l'aspect logique du discours découle de cette "organisation de la pensée" qui devient organisation de la parole par la suite.

Concrètement : la journaliste précise que dans le discours d'Obama, il n'y avait pas de passage sur l'Europe "on s'est senti un petit peu oublié, non ?" Et BLM répond "Non, justement, c'est à l'Europe de montrer qu'on peut travailler main dans la main avec les Etats Unis" Voilà une belle boulette d'entrée de jeu. Le "c'est à nous de nous bouger", BLM l'avait déjà sorti, dans un contexte différent, lors d'une première interview que nous avions analysée sur ce site. Malheureusement, BLM doit passer plus de temps avec ses copains technos qui lui cirent les pompes qu'à lire des critiques concernant sa communication politique, sur ce site notamment. Résultat, la journaliste ne comprend pas pourquoi le changement de président aux USA crée une obligation de changement de comportement en Europe. Un long discours s'engage donc ainsi, tentant de justifier une position délicate pour, finalement, arriver à trouver la tournure de phrase qui convient "Si on reste tranquillement assis sur notre chaise en nous disant Barack Obama va nous tendre la main et va nous dire tient les européens sont très sympathiques j'ai envie de travailler avec vous, là effectivement on a tout faux". Cet argument est bien posé, il est convaincant. La journaliste, nous le verrons ci dessous, sera également convaincue, c'est à dire, trouvera que l'argument est recevable.

Deuxième erreur : le temps. On est déjà à 2 minutes 30 de plateau à ce moment là, et on comprend que la journaliste a été "convaincue" par ce dernier argument. Comment le sait-on ? elle lâche un petit "d'accord", à voix basse. BLM aurait du le saisir au vol et stopper son laïus, mais, probablement satisfait d'avoir trouvé la formule qui convient, il s'engouffre dans la brèche, prolonge l'explication de façon inutile jusqu'à aboutir au fameux : "bon ! Allez, on parle d'automobile" au bout de 4minutes d'interview.
Pour sa défense, la question concernant les positions anti sarkozystes de Dominique de Villepin n'a pas arrangé les choses.

Le reste de l'interview, pro européenne (BLM joue son rôle) se déroule relativement bien, mis à part, peut être, sa position sur la concurrence et la complémentarité des industries automobiles française et allemande, qu'il défend difficilement. Notamment, le "il faut défendre l'industrie française et nous la défendrons si nous avons une industrie européenne" qui suit le passage sur "les grosses berlines allemandes sont complémentaires des petites ou moyennes voitures de Peugeot ou Renault" qui pose également problème. En effet, quid des petites et moyennes voitures allemandes et des berlines françaises ? Aujourd'hui, les français savent que chaque constructeur est présent sur l'ensemble des segments commerciaux (on nous rabâche suffisamment les oreilles avec les 607, les Safrane, Mercedes classe A et B, etc.), ce qui rend caduque ce genre de raisonnement. C'est d'ailleurs relativement dommage car de nombreux arguments utilisés sont sensés et bien pensés. Comme précédemment, c'est l'organisation du discours et la présentation des arguments qui n'ont pas été suffisamment étudiées, et qui laissent un sentiment de confusion dans l'esprit du téléspectateur...

mercredi 21 janvier 2009

Le discours de Barack Obama

La tentation de dire quelques mots sur le discours d’investiture de Barack Obama (BO) était trop forte. Et comme disait Oscar Wilde : « Je peux résister à tout sauf à la tentation »



La façon de penser du peuple américain étant radicalement différente de celle des français, les références du discours de BO sont différentes, mais aussi le choix des mots, la forme du discours, sans parler du rythme de sa voix, de ses intonations, que nous n’analyserons pas ici.



Le discours est par ailleurs trop long pour en faire une analyse détaillée. Nous nous limiterons donc à quelques mots, deux ou trois, caractéristiques de la pensée américaine, que nous comparerons à ceux de la communication politique des décideurs français.



- Les ancêtres. BO y fait référence à de multiples reprises. En France, les références se font par rapports aux circonstances, au périodes, aux évènements historiques, par exemple "l'empire", ou bien "la révolution française", ou bien "l’ancien régime", "la cinquième République", etc. Les évènements et qui les ont incarné, Napoléon, Jaures, De Gaulle, sont les éléments clé des références politiques. Aucune place n’est faite réellement au peuple en tant que tel, en tant qu'une somme d'inconnus ne s'étant jamais réellement distingués dans des circonstances particulières. Même De Gaulle, dans son discours de la Libération parle de "Paris maryrisée", "Paris libérée". BO place le peuple et les ancêtres, ceux de la population américaine, ceux de chaque américain pourrait-on dire, dès les premiers mots du discours. C'est un signe fort de ce que le mot humanisme signifie outre atlantique. Bien entendu, les références à la culture africaine se retrouvent également dans ce mot « ancêtre », très présent sur tout le continent africain.



- L’humilité. Sentiment fort, face aux circonstances, face aux défis à venir, face aux ratés du passé. Ce terme, qui peut se retrouver dans le langage des hommes politiques français lorsqu’ils demandent aux autres de faire preuve d’humilité, est rarement appliqué à celui qui parle. BO l’utilise lors de sa première phrase. Ce mot est immédiatement suivi d’un « nous », pronom qui englobe, encore une fois, tous les américains : « humilité face à la tâche qui nous attend ». Dès le début, Barack Obama tente de désamorcer, et il a raison, l’engouement qui voudrait le placer, seul, en position d’amener le changement dont l’Amérique a besoin. Il sait que ces passions déraisonnées entraînent bien souvent des désamours déraisonnables. De nombreuse fois BO décrit tant la difficulté des combats à venir que la nécessité pour le peuple américain de comprendre que c’est ce peuple lui-même qui aura à les mener. C’est cette forme de discours que nombre de commentateurs politiques ont qualifiée de churchillienne. En regard des difficultés et des sacrifices, il y a l’espoir et la confiance dans un monde meilleur, bref, un idéal de société, incarné un temps par la civilisation américaine, voire occidentale, que BO désir réhabiliter.



- Les thèmes habituels : sécurité, économie, social, santé, environnement, etc… Pragmatique, il reprend les thèmes habituels de toute politique contemporaine, et, en quelques lignes, tente de les définir à sa manière, par opposition à ce qui a été fait précédemment. Par exemple : « La question n'est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n'est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l'étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c'est la meilleure voie vers le bien commun. » Sur tout ces sujets, on se rend compte qu’il ne propose pas d’alternative réellement nouvelle, pas de troisième voie. Par contre, il se propose d’appliquer des remèdes qui n’étaient pas ceux de l’administration précédente. Lassés de ce qu’ils viennent de vivre pendant huit années, les américains ne demandent qu’à croire à ces solutions, ainsi qu’en France, à chaque alternance (réelle ou fictive), les solutions préconisées par le nouveau président semblent tellement plus rafraîchissantes que les anciennes que le peuple n’a que trop entendues.


- Dieu et la Bible. Ces deux mots feraient un tollé en France, où l'athéisme a pris la place et le masque de la laicité. Aux USA, rien de comparable; on ne peut d'ailleurs pas imaginer un discours de cette ampleur sans référence au divin. Le message d'espoir trouve sa source dans une puissance supérieure. BO ne déroge donc pas à la règle. Comme ses prédécesseurs, il place Dieu à la base de l'action des américains : "C'est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain."


Sur ces quelques mots, ces quelques thèmes, Dieu, la Bible, l'humilité, les ancêtres, etc., il n'est pas certain que les français retrouvent leur petits. Et pourtant, lorsque le monde tourne ses regards vers les Etats-Unis, vers ce nouveau président plus particulièrement, ses yeux brillent. N'y a -t- il donc pas quelque chose d'inavoué dans les aspirations françaises, quelque chose qui se retrouve dans la communication politique américaine, qui se traduit par des mots différents, qui, pris à part peuvent choquer, mais qui révèlent des idées dont notre pays, tout en les rejetant à haute voix, attend les bienfaits...

mardi 20 janvier 2009

Xavier Darcos sur France 2 - les 4 Vérités - 19-01-09

Quelques mots seulement postés à 4 heures du mat' (heures française) depuis les Etats-Unis où l'atmosphère est plutôt à l'obamania. Pas question cependant d'analyser la com' politique de Barack Obama, la seule qui nous intéresse, c'est la communication politique française!

Xavier Darcos (XD) se déplace pour faire, une fois encore, de la pédagogie. Pour un ancien prof, c'est plutôt normal. Il faut répéter, répéter, répéter pour que les choses soient comprises. Sauf que dans ce cas, l'histoire se complique. En effet, on comprend dans le discours du ministre qu'il ne tient pas à montrer une seule seconde qu'il a reculé ou même changé d'objectif. A l'écouter, la "pause" a été co-initiée par ses soins, Richard Descoings a été proposé par XD lui même, et surtout "cette" réforme se fera. Le terme "cette" est malheureux, car il cristallise les tensions. Lorsque XD dit "cette réforme", il entend la réforme du lycée, en général, enfin, j'espère. Comme tout le monde est entré de nouveau en phase de négociation, on pourrait penser qu'une autre réforme, plus concertée, plus aboutie, plus partagée, bref, aux conséquences plus paisibles est en train de se mettre en place. Or, le "cette", dans la bouche du ministre, apparait plutôt comme la réforme qu'il a voulue et qu'il a essayé de mettre en place, sans succès, et qu'il va tenter de resservir. On comprend, "je vais vous ressortir la même sauce avec un plat différent et ça passera très bien". On entend "je ne bougerai pas d'un pouce". Grave erreur!

Dans la suite du discours, les moments où XD, sous prétexte de pédagogie, tente d'affirmer qu'il a raison et qu'il fait face à une coalition visant à le destabiliser, et qu'en réalité, il ressort renforcé de cette épreuve, sont multiples. Il est vrai que le soutien que lui apporte le président de la République est jusqu'à aujourd'hui sans faille. Cependant, si le coach en com' politique pouvait, pour un instant, remettre sa casquette de coach politique tout court, il dirait qu'il y a un gros risque à jouer l'opposition face aux enseignants. Je ne connais encore pas un ministre qui ait eu raison contre la jeunesse et les profs. On pourrait dire que la même loi qui s'applique au marché s'applique à l'éducation nationale : "On ne peut pas avoir raison tout seul contre le marché". C'est à dire on ne peut pas dire "je m'entête car le marché se trompe". Si on fait cela, on est perdant à tous les coups. Le marché a toujours raison, et on doit s'y adapter. Ainsi en est-il des jeunes et de l'Education Nationale. Les prendre de face et leur annoncer, interview après interview : "cette réforme se fera, c'est vous qui avez tort et nous qui avons raison, même si vous ne le comprenez pas. Vous vous trompez. Nous n'avons pas reculé mais nous vous avons laissé du temps pour que vous vous calmiez avant de vous reservir notre réforme" n'est probablement pas la bonne méthode pour appaiser les tensions et résoudre les conflits.

Un conseil du coach avant d'aller au lit : revoir la totalité de la com' politique de crise. Le choix des mots et des attitudes, surtout, doit être repensé. Un message différent, décalé par rapport à la question du "a-t-on reculé ou pas", ou bien de l'affirmation "la réforme doit se faire coute que coute" doit être adressé à la jeunesse. C'est d'un "je vous ai compris" dont ils ont besoin...

samedi 17 janvier 2009

Nathalie Kosciusko-Morizet sur France inter - 16-01-09

Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) a répondu aux questions des auditeurs de France Inter qui sont apparemment très préoccupés par l'annonce de son départ du secrétariat à l'écologie. L'interview a tourné, bien souvent, à l'éloge. Dans ces conditions, difficile d'apparaître autrement que détendue et sereine. Le plan de communication politique de Nathalie Kosciusko Morizet n'aura pas été mis à mal durant cette interview.

Peut-on contester l'attitude des auditeurs, et reprocher à NKM de ne pas connaître son sujet, l'écologie ? Non, bien sur. Peut-on lui reprocher de ne pas avoir travaillé dans le sens d'une vraie réforme verte pour le pays ? Non plus. Un auditeur lui reproche cependant, après toutes les vagues et les espoirs qu'a provoqué l'annonce du grenelle de l'environnement, la faiblesse des mesures prises. Elle s'y oppose totalement. Première faute de la dame de l'écologie ! Soutenir son bilan, oui, fermer les yeux sur la réalité, non. Même lorsque le bilan est un bon bilan, il est toujours nécessaire, pour des raisons d'équilibre du raisonnement, de pointer du doigt les imperfections de ce que l'on a réalisé. Par ailleurs, cela permet de mettre en valeur les réussites.

Revenons sur l'essentiel : NKM connaît son sujet. Cela comporte des avantages indéniables, par exemple, impossible de la coincer sur une question écolo. Cela comporte aussi des inconvénients : elle alourdit son discours de détails qui peuvent avoir une importance pour les spécialistes, les politiques, mais pas pour l'auditeur lambda, notamment pour l'auteur de ces lignes. Voici ce qu'on peut entendre en réponse à l'auditeur qui trouvait que les applications du grenelles étaient insuffisantes : "L'environnement c'est aussi les lois d'application. Une première loi qui a été votée à la quasi unanimité, et j'en suis pas peu fière. On a fait ça avec Jean Louis Borloo à l'automne, c'était pas facile, qui reprenait tous les objectifs du grenelle de l'environnement. Et une deuxième loi qui est maintenant écrite, et qui a été déposée en conseil des ministres, qui sera discutée au printemps et qui est la boîte à outil du grenelle de l'environnement. Et enfin, des dispositifs fiscaux. A l'automne, les dispositifs fiscaux qui ont été votés par le parlement dans la loi de finance, il y en a 23, là dedans il y en a 14 qui sont de la fiscalité verte."
Après ce laïus, on a enfin un exemple concret : pour 130m² sans rénovation, 1800 euros par an de charges pour le chauffage, mais seulement 250 euros après rénovation thermique. C'est clair, c'est net, tout le monde comprend. Par contre, le vote à la quasi unanimité, le fait que la deuxième loi soit "maintenant écrite et déposée au conseil des ministres", le fait que 14 dispositifs fiscaux sur les 23 votés par le parlement soient lié à l'écologie, peuvent, bien sur, constituer une information intéressante, mais, lorsqu'on a un temps de parole limité, lorsqu'on veut réellement faire prendre conscience à la population de l'importance de l'action gouvernementale en matière d'écologie, et surtout, lorsqu'on veut montrer à quel point ce qui a été voté est concret et efficace, il s'agit d'axer son discours sur les points concrets et efficaces. Il s'agit d'élaguer son discours afin que les points principaux apparaissent plus nettement et ne soient pas perdus au milieu de la masse des informations.

Pour le reste de l'interview, on se rend bien compte que le point de vue de NKM est en ligne avec ce que l'opinion peut penser, que ce soit concernant l'action politique axée essentiellement sur le court terme par exemple : "on ne regarde même pas après demain, on regarde demain. C'est d'ailleurs une des racines de la crise bancaire et financière...", ou bien en matière de protection de la planète, de limitation de la pollution, ou de questions de santé publique liées à l'environnement.

Seul bémol, le passage plus "politique" concernant l'investissement du Président de la République sur toutes les questions électorales, partisanes, etc. Dans ce cas, le choix des mots, le ton de la voix, l'attitude un peu "hautaine" visant à stigmatiser le point de vue du journaliste ("question byzantine" "attitude hypocrite", etc.), bref, contrairement à l'environnement où NKM a réfléchis sur tous les sujets, où son discours est donc rationalisé, on est ici plutôt dans le domaine de l'émotion, de la réaction à chaud. Le résultat est donc beaucoup moins convaincant, et l'image véhiculée est, finalement, la même que celle de beaucoup d'autres politique moins "bien en vue" par l'opinion. Et ceci est d'autant plus regrettable que certains arguments sont éloquents et totalement acceptables. Une ligne de coaching politique, donc, pour terminer cette analyse : maîtriser ses émotions. C'est la clé d'un contrôle efficace de son image..

jeudi 15 janvier 2009

Benoist Apparu sur Canal+ le 14-01-09

Nous avions déjà posté une interview de ce jeune député UMP, Benoist Apparu (BA), il y a quelque temps. Ce soir, alors qu'on a quelques personnalités connues sur les ondes, du lourd, comme disent les djeun's, se pencher à nouveau sur le cas Benoist Apparu, peut susciter quelques interrogations.

Disons que ce jeune député apporte quelque chose de frais à la scène politique. Il mentionne, en fin d'interview, une controverse concernant des propos qu'il aurait tenu concernant le rapport conflictuel de la droite avec la jeunesse, contrairement à la gauche (où on voit, d'ailleurs, aux yeux doux de Caroline Roux, qu'elle est sous le charme...) Dans son discours, on comprend rapidement que c'est ce genre de personne qui peut justement recoller les morceaux entre la droite et la jeunesse. Pourquoi ? Plusieurs raisons à cela. Nous en citerons 3 et nous nous arrêterons là pour aujourd'hui (On m'a dit de raccourcir mes analyses, car long et chiant, c'est beaucoup trop pour les lecteurs, court et chiant, ça passe mieux).

1. Langage décontracté : repassez vous la scène du "Y paraît ouais ?", où Caroline Roux, sur le ton de la dérision dit à BA : "j'ai entendu hier un certain Benoist Apparu" Lequel répond du tac au tac : "C'est qui ?" Elle enchaîne : "un garçon très bien...". Il la coupe "Y paraît ouais" etc. etc. (la suite a moins d'importance). Ce ton plutôt léger plaît aux jeunes, sans aucun doute, et à pas mal de moins jeunes d'ailleurs, car il donne l'impression de quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux, donc, forcément de quelqu'un de sympa, et ceci nous conduit au second point.

2. Attitude sympathique. Le sourire vissé aux lèvres, les mains posées sur la table, le corps en mouvement, le verbe facile, les petits mouvements de tête caractéristiques du "bogoss", la façon de regarder de temps en temps son interlocuteur par en dessous, bref, presque un profil de séducteur. Pas étonnant donc que Caroline Roux soit séduite. Sans rire, La sympathie est un aspect extrêmement important en matière de communication, et pas seulement de communication politique. Nous l'avons surement déjà dit, et nous le redirons encore car les politiques ont des leçons à prendre à ce sujet : apparaître sympathique est un atout considérable!

Faites un test, lorsque vous rencontrez un ami, dites lui que vous avez eu l'occasion de discuter avec un homme politique connu, ou un acteur ou n'importe quelle personnalité bien en vue qu'on ne rencontre pas tous les quatre matins. Neuf chance sur dix que la première question de votre ami soit : "Il est comment, il est sympa?" Etre sympa est vraiment un point important pour la population. Donc, à ne surtout pas négliger. Et là, tous les politiques disent "on sait", du genre "moi je sui perçu comme sympa". Et là, toute la population répond : "c'est ça ouais"

3. Des points de vue équilibrés. BA donne l'impression d'éviter la langue de bois. Je dis bien donne l'impression. En réalité, quand il fait une différence entre ce qui arrive à Darcos qui se voit retirer une partie de ses attributions, transférées à Richard Descoings, patron de Science Po, et ce qui arrive à Bachelot qui est sanctionnée de la même manière au profit de Martin Hirsch, s'il n'y a pas de la langue de bois, il y a au moins un méchant favoritisme qui oriente le discours. Carton jaune!
Par contre, face à la question "comment gérer la crise à la SNCF", il répond sans détour, et en substance : "je ne sais pas, je ne suis pas un expert, mettez les experts autour de la table et demandez leur de trouver une solution". Face à la question concernant le titre de Martin Hirsch : "Haut Commissaire" il répond encore sans détour : "c'est un ministre déguisé". Alors, vous me direz, il n'y a rien de neuf, ces sujets n'ont pas d'impact politique fort, etc. Peut être, mais le fait de répondre de façon directe, et surtout en envoyant un message qui est en ligne avec ce qu'on pourrait appeler "le bon sens populaire", est un gage de réussite en matière de communication politique. Il donne l'impression d'être équilibré dans ses réponses, dans ses prises de positions. Cela rejoint le bon sens, et la population est extrêmement friande de bon sens...

Maintenant, pour reprendre une phrase désormais célèbre, "ce que nous avons dit avant, nous le faisons après" : nous arrêtons donc ici l'analyse de l'interview de Benoist Apparu. Mais pour les amateurs de textes longs et chiants, nous essaierons d'en pondre un bien techno à l'occasion.
Et promis, la prochaine fois que Benoist Apparu apparaît sur les ondes, nous critiquerons les défauts de sa communication politique, pour ne pas laisser croire qu'il est sans faille, ou pire, qu'il y aurait sur ce site un quelconque favoritisme...

mardi 13 janvier 2009

Roselyne Bachelot sur Canal + - la Matinale - 13-01-09

Interview de Roselyne Bachelot (RB), ministre de la Santé et des Sports, sur Canal +. Vous remarquerez la disparition de l'attribution "jeunesse", compétence qui sera transférée à un Haut Commissaire. Le Président désire ainsi montrer son intérêt pour les problèmes de la jeunesse. Sera-ce suffisant pour désamorcer la crise qui sévit dans l'éducation nationale ? On en doute. Mais nous verrons par la suite; certaines fois, quelques accords avec les syndicats , sur des sujets dont les élèves se foutent totalement, ainsi que les profs, mais que les syndicats affectionnent particulièrement, suffisent à sonner la fin de la grève et des manifs. Reste un goût amer dans la bouche des principaux intéressés. S'en suit une désaffection, toujours plus grande, du syndicalisme qui donne l'impression de rouler pour lui plus que pour la population, et tout ceci regonfle un peu les partis d'extrême gauche et d'extrême droite... Mais là n'est pas notre propos d'aujourd'hui.

Sur le sujet de la perte du portefeuille de la jeunesse, RB s'en sort avec une petite pirouette : "Cela nécessitait réellement un travail interministériel" et "j'en avais moi même parlé au président lors d'un conseil des ministres". Bref, RB était presque à l'initiative de ce changement... Ceci dit, son laïus était relativement convaincant, car il est relativement difficile de ne pas apparaître comme étant désavoué losrqu'on vous retire un portefeuille qu'on vous avait confié deux ans auparavant.

Ensuite, Roselyne Bachelot s'exprime sur le sujet sensible de la santé, et, plus précisément de l'hôpital. Nous n'allons pas disséquer l'ensemble des mesures qui sont annoncées. Un point seulement : la permanence des soins ! RB voudrait désengorger les urgences afin qu'elles retrouvent leur fonction première : "gérer les cas d'urgence" en orientant les cas "non vitaux" vers les médecins généralistes. Pour cela, il faut des permanences. Question de la journaliste : "Incitation ou contrainte?" Roselyne Bachelot tourne autour du pot pendant quelques minutes en mettant en avant le caractère intéressant de l'incitation. Face à Caroline Roux, un peu entêtée parfois, qui désire absolument savoir ce qui se passera si l'incitation n'est pas efficace, RB est obligée de lâcher le morceau : "le préfet garde son pouvoir de réquisition si la permanence des soins n'est pas assurée."

Jusqu'ici, du point de vue de la communication politique, rien de bien intéressant. La suite l'est un peu plus car elle met en avant un élément caractéristique de la mentalité française. Caroline Roux demande si cette réquisition est envisagée dans le texte. RB répond que oui. Là, on se dit tout de suite : "ouh là là, qu'est ce qu'ils sont encore en train de mettre en place au gouvernement, une contrainte supplémentaire, des réquisitions, bref, tout un tas de choses que les français n'aiment pas." Il serait bien long et incertain pour RB d'expliquer à ceux qui seront contraints que ceci n'est pas si incroyable que ça en a l'air. Une autre solution, beaucoup plus radicale, est utilisé, c'est le fameux : "Mais ça existe déjà". Et là, tout le monde se dit : "Ah bon, ben alors si ça existe déjà, tout va bien."

Comme nous le disions, nous touchons là à un point assez caractéristique de la mentalité française, qui, bien que demandant du changement à tout va, est étonnamment conservatrice et souvent inquiète quant aux conséquences que ces changements peuvent opérer sur le quotidien, sur l'aspect du pays, etc. En quelque sorte, la population est inquiète vis à vis de "l'inconnu" que la réforme peut engendrer. Le "ça existe déjà" ramène l'auditeur à la situation actuelle, qui, bien que potentiellement inconfortable est néanmoins connue, et donc éclipse l'aspect "inconnu", c'est à dire inquiétant. Il est étonnant de constater à quel point ce simple "mais ça existe déjà" suffit à calmer les esprits.

Une autre façon de réformer le pays, plus en douceur, serait peut être de se plonger dans les vieux textes de loi oubliés, de les dépoussiérer, de les remettre au goût du jour, en s'appuyant sur le "ça existe déjà" si rassurant pour les français...

lundi 12 janvier 2009

La communication politique de Nicolas Sarkozy

La communication politique de l'Elysée - Chapitre 1

Le Président de la République se livre assez rarement, de par sa fonction, à des interviews. Il ne sera donc pas question ici d’analyser une interview proprement dite. Cependant, l’engouement de la population lors de sa campagne, l’hystérie lors de son élection, sa chute incroyable dans les sondages durant les six-huit mois qui l’ont suivie, traduisent le côté passionnel que cet homme a entretenu avec l’opinion publique. Par ailleurs, difficile de passer à côté de l’aspect « communication » du personnage, surtout sur un site sensé parler de com’ politique.

Hors de question non plus de faire une fixette sur le Président et d’analyser en détail tous ses propos. Une fois de temps en temps, nous nous attèlerons donc à une facette de sa communication, histoire de comprendre un peu mieux comment l’Elysée s’adresse à nous, est-ce que c’est efficace, et quelles sont les imperfections majeures.

Le thème d’aujourd’hui sera : le tempo.

Ce thème est un peu particulier. Il ne se rattache pas tant au langage, à la communication proprement dite, à ce que l’on dit au moment où on le dit, mais à la partie « préparation ». La communication politique se définit autant par la façon de dire l’action qui sera menée que par le choix de ce que l’on va dire et du moment où on va le dire.

Des aspects plus « techniques » incitent parfois les hommes politiques à mettre en place certaines mesures qu’ils sauront être impopulaires, mais qu’ils pensent être bénéfiques pour le pays. « Autant les faire passer tout de suite parce qu’après ça risque de ne plus être possible », disent-ils. Ils sont donc face à un choix politique. Le choix politique de Nicolas Sarkozy a été de présenter la majorité de ses réformes en parallèle. Il a voulu avancer sur tous les dossiers en même temps. Le « une chose après l’autre », qui hante le bon sens populaire depuis tant de temps a perdu pour lui toute signification politique. Les sondages lui ont rappelé la triste réalité.

Comme tous les présidents de la République avant lui, il se dit : J’ai été élu sur un programme, je ne ferai pas comme mes prédécesseurs, je mettrai en place ce que j’ai dit. Il a d’ailleurs concrétisé verbalement cette intention en martelant durant la campagne : « ce que je dis avant, je le ferai après ». Cette image d’un homme qui ne reculera pas (devant l’opposition des syndicats, les manifs, etc.), qui saura porter les réformes dont le pays a besoin, a donc compté pour beaucoup dans le soutien qu’il a reçu de la population.

Une fois élu, il s’est attaché, et il s’y attache encore aujourd’hui, à mettre en place ce qu’il « avait dit avant ».

Cette stratégie en matière d’annonces a-t-elle été la bonne ? Voici deux exemples qui illustreront qu’il est rarement bon de présenter les choses sans un discernement préalable de la psychologie et des attentes de ceux qui sont sensés les recevoir.

Chacun a probablement connu, dans son enfance, un de ces moment où on rentre à la maison avec un bulletin de note plus que moyen, et qu’on tombe sur papa très en colère après tout le monde parce qu’au boulot ça s’est mal passé et sur maman qui crie parce qu’elle en a raz le bol d’entendre papa râler. A ce moment là, en général, on a beau être seulement en CM2, on a compris qu’il est peut être bon de différer légèrement l’annonce de la mauvaise nouvelle…

Sage décision ! Si la personne à qui vous devez faire passer un message n’est pas dans les meilleures dispositions pour l’entendre, il vaut mieux patienter.

La présidence de la République a pensé, à tort, que les français étaient en attente de réformes et qu’il fallait y aller fort et tout de suite. Les premières chutes dans les sondages auraient du leur mettre la puce à l’oreille. Le désir de réforme est rarement lié à la capacité de la population à les accepter. Pourquoi ? Voici le deuxième exemple :

Je me rappelle d’une demande des parents d’un ami lorsque nous étions en 5ème, au collège : je veux au moins 12 de moyenne ce trimestre. Tu bosses jour et nuit si tu veux mais tu me ramène un bon bulletin.

Fin du trimestre, le copain ramène 12 de moyenne. Mission accomplie me direz vous ? Eh ben pas vraiment ; il a ramené 19 en sport, 8.5 en maths, 18 en dessin, 7 en anglais, 16 en musique, 9 en français, 14 en technologie, 9.5 en histoire-géo, etc. Les parents ont eu l’impression que le contrat n’était pas tout à fait rempli… Il y avait un ordre des priorités évident pour les parents : maths-français-anglais-histoire géo. Mon copain avait préféré mettre l’accent sur le sport la musique, la techno et le dessin…

Le désir de réforme, l’adhésion globale au programme du candidat, ne constituent pas un blanc seing en faveur de toute action politique réformatrice. Chaque français a une conception bien particulière et personnelle de ce que devrait être le pays, en fonction de sa perception de la réalité, en fonction également de ses besoins propres. De là découle l’idée qu’il se fait des réformes, et surtout, la façon dont il va interpréter chacun des propos du président de la république.

Un exemple simple pour caractériser ce que je viens de dire : Durant la campagne, le désir de Nicolas Sarkozy de ramener vers la droite républicaine une partie des électeurs déçus qui s’étaient décalé vers l’extrémisme frontiste, l’a poussé à tenir un langage relativement radical (contrebalancé d’ailleurs par des prises de positions plus sociales qu’à l’accoutumée). Notamment, nous nous rappelons tous du : « la France, tu l’aimes ou tu la quitte » qui avait fait polémique. Nicolas Sarkozy prenait la peine de justifier ses propos en affirmant qu’il était normal, lorsqu’on désire vivre en France, d’en accepter, notamment, les règles et la culture.

« Je vais voter Sarko. Si il passe, il va foutre les arabes dehors » me dit un jour, dans le secret de la confession, une personne que je savais être un électeur du front national. Cet homme croyait réellement que cette élection allait transformer le quartier dans lequel il vivait, et dont il attribuait la majeur partie des problèmes aux étrangers. Il était persuadé d’avoir face à lui l’homme politique qui avait la détermination de transformer la France en un pays qui correspondrait avec l’idée que cet homme s’en faisait. Bref, cet homme entendait exactement ce qu’il avait envie d’entendre.

On voit bien ici comment les propos des hommes politiques ne sont jamais compris de la façon dont ils sont prononcés. On pourrait même se poser la question de savoir si au moment d’écrire les discours, certains « conseillers en communication » n’anticiperaient pas ces manques de compréhension à venir pour les favoriser. Mais bon, dire cela reviendrait à les accuser de manipuler l’opinion et nous n’irons pas jusque là.

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les réformes à caractère social, économique, etc. on comprend bien que la présidence de la République n’a pas suffisamment compris le caractère psychologique particulier des français, et la hiérarchie des réformes qui en découle.

Une difficulté supplémentaire vient du fait que cette hiérarchie n’est pas statique, mais dynamique. Elle évolue au gré de l’actualité. Avant hier la sécurité et l’immigration étaient les premiers sujets de préoccupation des français, hier c’était le chômage, ce matin c’était encore le pouvoir d’achat, cette après midi c’est devenu plus précisément la crise, le froid, l’école, etc. Qui sait de quoi demain sera fait ?

Que faire pour changer les choses ? Premièrement établir un calendrier des réformes et le communiquer. Deuxièmement : s’y tenir ! Les français aiment savoir ce qui les attend. Il n’y a qu’à les regarder vivre pour comprendre qu’ils n’aiment pas, à l’inverse des américains, le risque, l’investissement hasardeux, l’innovation à tout rompre. Non, pour les français, un boulot à vie, un placement financier pépère et un toit acheté à crédit et remboursé le plus vite possible pour être enfin à l’abri sont les piliers centraux d’une vie tranquille, celle qu’on aime. Etablir un genre de calendrier de ce qui va être fait dans l’année ou les deux années à venir permettrait à chacun d’avoir le temps de s’y préparer psychologiquement.

L’autre chose est de s’y tenir. Même si le président est coutumier du fait, il faut qu’il cesse d’annoncer des réformes qui sortent du chapeau, s’il désire terminer son mandat au dessus de 30% d’opinions favorable. La dernière en date : le juge de l’instruction qui remplace le juge d’instruction. Ce genre d’annonce, avec rien du tout en toile de fond, n’est pas plus acceptable que ne l’était celle qui consistait à faire porter la mémoire des enfants juifs déportés par les petits français à l’école primaire, annonce qui n’était basée sur aucune réflexion réelle.

En ce qui concerne la justice, un rapport est censé être rendu en juin. Médiatiser ce rapport, en donner éventuellement quelques éléments si on veut occuper la scène avant le mois de juin sur la question de la réforme judiciaire, peuvent être des possibilités, mais il faut attendre à tout prix que ce qui a été prévu se mette en place. Sinon, à quoi bon commander un rapport ?

Bref, on comprend pourquoi le mauvais tempo choisi par la présidence a contribué, en partie, à accroître l’opposition des français aux réformes, à les rendre sceptiques, voire réfractaires… On voit également que le bon sens populaire l’emporte toujours sur les techniques de communication, et ça c’est plutôt une bonne nouvelle…

vendredi 9 janvier 2009

Interview Eric Besson - Europe 1 - 09-01-09

La tâche est rude pour Eric Besson (EB), pas tant au niveau de la communication politique qu'au niveau de la justification de ses prises de positions successives relatives à son changement de camp en 2007.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, Eric Besson a claqué la porte du PS durant la campagne présidentielle de 2007 pour rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy. Celui-ci l'a remercié en lui confiant un secrétariat d'Etat. On sait aujourd'hui comment Nicolas Sarkozy accorde les bons et les mauvais points à chaque ministre du gouvernement, eh bien EB a obtenu quelques bon points. Résultat, il est pressenti pour succéder à Brice Hortefeux en tant que Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, etc., etc.

Parcours pour le moins atypique, surtout en si peu de temps, même s'il est vrai que tout va plus vite aujourd'hui... Néanmoins, vu la radicalité du changement, à chaque interview, on questionne EB sur ses convictions profondes.

On est donc face à une première "erreur" que commet Eric Besson (je mets des guillemets parce qu'on peut quand même bien vivre, en tant que ministre, en l'ayant commise), lorsqu'il est nommé secrétaire d'Etat, en n'écrivant pas un bouquin bien pensé sur ses orientations politiques, les axes majeurs qui constituent aujourd'hui son engagement, montrant ainsi comment une telle transition PS - UMP est possible. Au lieu de cela, il se fend d'un petit bouquin sur l'économie numérique et emm... tous les membres du centre d'analyse stratégique pour leur faire pondre un rapport inutile sur l'état de la France en 2025. On ne sait déjà pas ce qu'elle sera en 2009...

Bref, la stratégie n'a pas été pas forcément bien menée. Ceci dit, comme nous le disions plus haut, on peut bien vivre sans avoir pondu ce bouquin, et même progresser dans la hiérarchie, la preuve !

Quid de la communication politique d'Eric Besson durant l'interview ? Commençons par un bon point. Chose assez rare, et exercice assez difficile à réaliser, EB ne se laisse pas déstabiliser par Jean Pierre Elkabbach. Il va même plus loin, lorsque Jean Pierre Elkabbach lui coupe la parole, de façon relativement provocatrice parfois, EB ne se démonte pas et, surtout, il ne perd pas le fil de ses idées. Bravo, ce n'est pas donné à tout le monde. La majeur partie des hommes politiques écoutent quand même d'une oreille la question du journaliste et interrompent la plupart du temps leur propos pour y répondre, ce qui a un impact relativement négatif sur la cohérence du message qu'ils désirent faire passer.

Un point négatif : Il adapte son ton à celui du journaliste. Jean Pierre Elkaabbach est connu pour être relativement agressif dans sa façon de s'adresser à ses invités sur certaines questions (pas sur toutes heureusement). Eric Besson enchaîne les réponses sur un ton similaire aux questions qui lui sont posées. L'atmosphère ainsi créée n'est pas propice à une écoute sereine, elle focalise l'attention de la population sur la forme du discours, sur les petites phrases, sur les bons mots, sur l'attitude des intervenants, plutôt que sur le fond. Le passage sur "l'identité nationale" est éloquent à ce propos.

Une remarque maintenant. Il y a un comportement assez rare chez les hommes politiques lorsqu'ils sont interviewés et qui est pourtant caractéristique d'Eric Besson : interpeler le journaliste. Toujours sur la question de l'identité, il dit :"vous parliez tout à l'heure de Barack Obama. Qu'est qu'il a inventé si ce n'est l'histoire américaine, si ce n'est l'identité américaine, la fierté d'être américain" Au delà de la connerie qu'il vient de dire parce qu'il parle un peu trop vite, on remarque que cette façon d'interpeler le journaliste et de lui poser une question à laquelle il va lui même répondre n'est pas courante.

Elle a cependant un aspect positif : rééquillibrer le rapport de force entre interviewé et interviewer. Bien souvent, les hommes politiques se placent eux mêmes dans la position de l'élève face au professeur, position extrêmement inconfortable. Ce n'est pas le cas d'Eric Besson. Point négatif, on sort du cadre traditionnel, cela peut choquer une partie de l'opinion (pas la majeure partie en tout cas), et on risque de véhiculer l'image de quelqu'un de " trop sur de lui", "d'arrogant", image qui peut, à la longue, faire défaut et lasser. Un exemple ? Voyez la devinette juste en dessous.

Petite devinette pour terminer : Qui est l'homme politique passé maître dans la matière d'interpeler les journalistes, le public qui est en face de lui lors des meetings ou des discours ; de faire les questions et les réponses ?

Bravo, Nicolas Sarkozy !

Est-ce qu'Eric Besson est pris en flagrant délit de clonage ? Non. Intellectuellement, ces deux hommes politiques sont probablement plus éloignés qu'ils le disent ce qui laisse prévoir d'autres claquages de porte un jour ou l'autre. Par contre, ils fonctionnent tous les deux à l'émotion, d'où les réponses dy type "Obama" qui sortent plus vite qu'elles ne devraient, d'où l'attitude également un peu décalée par rapport aux interviews habituelles, d'où la proximité actuelle entre deux hommes que tout opposait il y a quelques temps...

jeudi 8 janvier 2009

Interview Jean-Marc Ayrault - La matinale - 07-01-09

Jean-Marc Ayrault (JMA) est présent sur le plateau de la matinale en cette froide matinée de janvier pour afficher le message que tout le monde aura compris : l'opposition s'oppose !

Pas un compliment en direction du président, même lorsque les convergences gauche-droite en matière de politique étrangère pourraient nous faire espérer un petit "Assez Bien". Non, rien à faire, c'est avec une mention "passable" en diplomatie et un "recalé" sur tout le reste que repartira le petit Nicolas.

La communication politique de Jean-Marc Ayrault est-elle pour autant à revoir ? Pas pour cette raison en tout cas. On peut comprendre que, comme tout homme politique de l'opposition, il s'oppose. Il est certain que cette crainte un peu naïve qui consiste à penser que si jamais on accordait, par le plus grand des hasards, un bon point au gouvernement, on renierait par là même notre statut d'opposant, est une crainte infondée. Cette rumeur circule pourtant au sein du monde politique depuis bien longtemps. Elle circule spécifiquement dans les cabinets, entre les technos un peu trop rigides et sûrs d'eux.

Une petite parenthèse en forme de mea culpa : Il n'aura échappé à personne que ceux que j'appelle les technos se font pas mal dézinguer sur ce site... Pourquoi ? Je n'ai rien contre eux, quoi qu'on puisse en penser. Bien souvent, ces personnages sont d'ailleurs fort sympathiques. Par contre, ils adhèrent en masse à une forme de pensée extrêmement nocive, déshumanisée, où les chiffres et les raisonnements intellectuels ont pris la place du bon sens populaire. En résultent des conseils impropres à améliorer les relations élite-population, et bien souvent extrêmement dommageable en temps de crise pour opérer des réconciliations qui seraient pourtant salutaires. Les technos raisonnent bien souvent en termes uniquement "polititco - économico - administratifs", ils perdent de vue l'être humain qui est en face d'eux et agissent comme s'ils s'adressaient à un "homo politicus" uniquement programmé pour représenter froidement une institution. Les décisions politiques qui sont issues de leurs conseils sont donc parfois complètement aberrantes. Un minimum de bon sens pourrait pourtant bien souvent suffire pour débloquer certaines problèmes. Bref, tant que cette "race de feignants" comme les appelait Coluche, continuera de sévir, nous continueront de leur chatouiller les orteils. Peut être arriverons nous, à la longue, à les faire sourire, histoire de les dérider un peu... Fin de la parenthèse.

Nous disions donc que le refus d'accorder un bon point était un peu stupide. Ici, il apparait d'autant plus inutile que la journaliste désespère de l'entendre de la bouche de JMA. Et celui-ci refuse, tournant autour du pot, mais n'ayant aucun argument valable pour justifier ce refus.

Qu'est-ce donc qui affaiblit réellement le message de Jean Marc Ayrault lors de son interview ? Eh bien, pas besoin d'un grand clair : le langage ! Le rythme de la voix, les baffouillements successifs, les hésitations et des phrases trop longues.

Un peu de coaching politique : Les phrases longues sont un piège à éviter, pour deux raisons. Si elles ont un contenu important, leur longueur les rend difficiles à comprendre et peut égarer une partie des auditeurs. Si, et c'est le cas ici, elle n'ont pas un contenu particulièrement dense, elle sont inutiles, et le spectateur, comme le journaliste, s'impatientent.

On le constate en début d'interview lorsque JMA passe deux minutes à nous expliquer qu'il faut arrêter "le conflit Israëlo Palestinien afin d'éviter un drame". Mais tout le monde est au courant !
Il nous parle encore une fois de Bush, de son soutien à l'intervention israélienne, de la défense d'Israël aux tirs de roquettes du Hamas, bref, de tout un tas de chose qu'on sait déjà et qu'on a entendu mille fois. Et comme si sa phrase n'était pas assez longue, ensuite il en remet un couche en répétant une fois de plus "qu'il faut que la communauté internationale se mobilise". Et comme si tout ça n'avait pas été suffisamment répété, il nous détaille qui fait partie de la communauté internationale, des fois qu'on ai oublié : "c'est à dire la France, l'Europe, les Etats-Unis, la Russie...". Il nous décrit également ce que ces pays doivent faire : " se mettent autour d'une table et disent, bon, ben, voilà, il faut assurer la sécurité..." Le tout ponctué de "euh" et d'hésitations. Et là, le cadrage saisit le visage de la journaliste qui commence à s'impatienter. A vrai dire, nous aussi.

Ce sujet devait être traité en 30 secondes, on y passe plusieurs minutes. Pas normal. Recommandations : Des phrases courtes et un message, lorsqu'on a rien de particulier à dire, qui se limite à l'essentiel.

Jean-Marc Ayrault continuera sur ce rythme jusqu'à la fin de l'interview. C'est dommage, car il laisse dans la mémoire du spectateur une image un peu brouillonne, alors qu'il a des idées intéressantes, qu'il a une position importante qui nécessite d'être entendue, et qu'il a une attitude plutôt sympathique, qui, si son image et son discours étaient un peu plus travaillés, pourrait lui permettre de se positionner plus favorablement vis à vis de l'opinion...

mercredi 7 janvier 2009

Interview de Luc Chatel sur LCI - 06-01-09

Interview sérieuse pour Luc Chatel (LC) aujourd'hui. Pas question de se laisser aller sur les sujets traités. Il adopte une ligne imposée par la gravité du premier sujet abordé : le conflit israelo-palestinien et ses implications sur le territoire français, et il n'en dévie plus durant le reste de l'interview.

Une qualité : On est face à une interview contrôlée qui a le mérite d'apparaître sérieuse. Le ton de la voix ne s'enflamme jamais, il reste d'ailleurs un peu monocorde ce que certains pourraient trouver... chiant, mais ça à le mérite du sérieux. On comprend, en l'écoutant parler, que les propos sont réfléchis et que le palpitant n'intervient à aucun moment dans le discours. Etant donné la gravité des sujets traités, on considère ce choix de communication politique comme un bon choix.

Une autre qualité de l'interview est la précision des réponses. Sur la question de la nécessité d'un second plan de relance : "la réponse est non" affirme-t-il d'emblée. J'aime bien quand les politiques disent clairement les choses me disait un ami il n'y a pas si longtemps. Cet ami a entièrement raison. Des questions claires devraient amener des réponses tout aussi claires. Même si elles seront probablement modifiées dans les semaines à venir...
Il justifie ensuite ses propos par l'importance des moyens engagés, par l'effet de levier du à la participation des collectivités locales, bref, par différents arguments qui seront probablement contestés par les opposants. Sur d'autres sujets comme celui de la hausse de la redevance télé ou celui de la création d'une seconde redevance pour les résidences secondaires, LC prend des positions tout aussi claires. Bref, on peut être d'accord ou pas avec les décisions gouvernementales, mais le message est compréhensible par tous, ce qui est le but de la com' politique.

Un défaut : la technicité du langage lors de certaines réponses, même si Luc Chatel prend le temps après certains mots, un peu techniques, de paraphraser afin d'en expliquer le sens. L'aspect global de l'interview laisse quand même un arrière gout de complexité.

Un autre défaut : la légère aggressivité et le ton hautain lors de certaines réponses, notamment dès que le Président de la République est mis en cause. Un peu de détachement, surtout s'il s'agit de prendre la défense du PR, pour montrer qu'on n'est pas un "fan qui défend son idole" mais quelqu'un d'objectif qui prend un parti raisonnable, aurait un impact supérieur.

Un dernier défaut, moins perceptible : l'attitude "pousse à la consommation". C'est logique d'avoir une attitude pro (consommation) plutôt qu'anti, surtout pour un secrétaire d'Etat chargé de la consommation, mais, "les véhicules français sont plutôt en phase avec ce système de bonus malus, ils consomment moins de carburant " est un peu limite sachant que c'est plutôt sur la pollution des véhicules et pas trop sur la consommation de carburant, argument d'achat par excellence, qu'est basé le principe de l'écopastille. Il poursuit en revêtant le costume de "VRP Citroën", constructeur qui a "très bien joué le jeu" car il a "accompagné l'annonce de prime à la casse de mesures promotionnelles" et a "communiqué très rapidement" ce qui lui a permis d'être à "+30% sur le mois de décembre". Enfin, Luc Chatel qui a peut être fait le tour des grands magasins, annonce "déjà -70%" sur certains produits pour les soldes et engage même Christophe Barbier à y aller (boutade passée d'ailleurs à la trappe, malheureusement). Bref, tout cela est un petit peu trop voyant. Pour sa défense, les téléspectateurs sont aujourd'hui tellement habitués à être bombardés de publicités que ces quelques informations commerciales paraîtront bien légères en comparaison...

mardi 6 janvier 2009

La nouvelle année

Bonjour à tous et meilleurs voeux,

La nouvelle année à commencé sur fond de crise financière doublée d'une guerre intensifiée entre Israël et la Palestine. Le Président de la République, à peine ses voeux prononcés, a pris l'avion pour tenter de trouver, avec les acteurs principaux du Proche Orient, une solution à la crise actuelle. En France, Patrick Devedjian, Ministre "de la Relance", tente de faire appliquer au mieux les mesures qui ont été décidées.

Lorsqu'on se tourne vers les ondes, on constate que les sujets traités sont en partie ces deux là. On a beaucoup parlé sur la crise, sur la somme de 26 milliards engagée pour l'investissement, sur les 400 milliards sensés cautionner les banques, etc. Rien de neuf donc, lorsque Patrick Devedjian arrive à l'antenne de la matinale, sur Canal +. Malgré une interview globalement positive, il a du mal, à la question de Léon sur la nécessité d'investir 450 millions d'euros dans la suppression de la publicité à l'heure où d'autres réformes semblent plus utiles, à trouver une réponse adaptée. L'explication sur les taux à 3 mois qui obligent les banques à se refinancer de façon plus couteuse que ce que l'on croit et qui empêchent en partie une répercussion de la baisse des taux aux particuliers est positive. Rien de très neuf non plus lorsque Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement, vient soutenir sur LCI le déplacement du Président de la République. Pouvait-on s'attendre à ce qu'il annonce que ce déplacement était peut être à contre emploi ? Même François Bayrou, sur France Inter, ne l'a pas affirmé clairement. Il s'est contenté de souligner l'importance d'une réponse commune, et le risque, si les réponses individuelles se multipliaient, d'affaiblir le message. On sait combien sont complexes les questions internationales, il s'agit donc de se passer de tout jugement à l'emporte pièce. On note, en ce qui concerne François Bayrou, une nette amélioration en ce qui concerne l'allocution. Certaines de ses interviews précédentes étaient relativement "hachées". Celle-ci est plus fluide et donc plus agréable à écouter. Jack Lang, sur France 2, soutient l'initiative du Président de la République en ce qui concerne son déplacement diplomatique, tout en s'opposant à la politique du gouvernement en ce qui concerne les loi organiques en préparation visant à limiter le droit d'amendement. On a l'impression globalement d'une interview équilibrée, même si le dernier chapitre, sur l'école, a toujours le même air un peu "démago".

Bref, vous l'avez compris, la scène politique française, lors de cette rentrée, ressemble à un petit enfant qui s'étire en sortant du lit et qui peine à ouvrir les yeux. On a la tête encore plongée dans les rêves de la nuit, et on peine à tourner ses pensées vers quelque chose de nouveau. Cela n'enlève rien à l'importance des sujets traités, crise économique et guerre au Proche Orient ! Cependant, au niveau de la com' politique, tout ce que j'avais à dire a déjà été dit. C'est pourquoi aucune analyse nouvelle en cette rentrée, juste quelques lignes pour reprendre le contact et remercier mes lecteurs de leur fidélité.