Commençons par quelques commentaires de base sur la voix et la gestuelle de Valérie Pécresse avant de nous attaquer à l'aspect communication politique proprement dit, c'est à dire au discours.
Valérie Pécresse a la voix très légèrement cassée, en tout cas, c'est ainsi que le ton de sa voix est perçu au travers du micro. Cela a un effet positif. Eh oui, les voix haut perché, surtout lorsque le ton est revendicatif, fatiguent l'oreille. Ce côté légèrement émaillé donne de la douceur à la voix, ce qui est un bon point, même si elle n'en est pas complètement responsable... Par contre, à l'opposé du ton de voix relativement bas et tranquille, la gestuelle est très haute et hyperactive. Du calme Madame la Ministre ! Les gens du sud, dont je suis, ont souvent l'habitude de parler avec les mains, mais pas à la télé. Le fait d'être assis (on ne voit que le tronc) et d'agiter les mains en permanence pour s'exprimer confère au personnage un côté "marionnette" qu'il faut à tout prix éviter. Mauvais point donc ce coup ci !
Par ailleurs, la gestuelle de VP n'est pas forcément en accord avec le contexte. Ses gestes sont parfois amples alors qu'ils devraient au contraire être maîtrisés; par exemple lors de la phrase "Et le plan de relance du gouvernement, objectivement, personne ne le critique réellement. Et les recettes du plan de relance etc..." ont voit ses mains qui montent, qui descendent, puis qui partent vers la gauche et sortent même du cadre. Trop d'agitation dit le coach politique, il faut plus de calme !
Enfin, les mouvements des bras sont souvent en décalage, dans leur signification, avec les mots du discours. Par exemple, lorsque VP évoque le "besoin de solidarité", elle effectue des moulinets avec ses mains, qui pourraient suggérer, par exemple, un mouvement ou un processus, alors qu'au contraire, le mot "solidarité" aurait du être accompagné d'un mouvement de bras rassembleur, partant de l'extérieur et revenant vers le centre.
Assez de coaching politique sur la gestuelle, passons maintenant au fond, car il y a une petite chose ou deux qui méritent d'être soulignées.
Tout d'abord, la critique visant le plan de relance suggéré par le PS. Le volet "relance par la consommation" est remis en cause par Valérie Pécresse. C'est son droit. Cependant, elle justifie sa prise de position par un argument irrecevable. VP juge que la relance par la consommation est "dépassée". C'est une mesure "du siècle d'avant" dit-elle. A première vue, on pourrait se dire qu'effectivement, ce type de mesure est dépassée. Sauf qu'à une période de l'histoire où les modèles économiques libéraux volent en éclat, où Keynes (le chef de file de toute l'école de la relance par la consommation) est remis à l'honneur, où il est probable qu'on arrive, pour des raisons sociales, dans les mois qui viennent à voter des mesures visant à soutenir les ménages qui en ont le plus besoin, où tout le gouvernement, y compris le président de la République, n'ont eu de cesse d'expliquer en long, en large et en travers que les crédits à l'investissement consentis aux entreprises en difficultés étaient en réalité un soutien à l'emploi et donc aux salaires, et donc au pouvoir d'achat, et donc à la consommation, on peut difficilement qualifier de "dépassé" la doctrine keynésienne. Non pas que je la soutienne particulièrement, pas plus que la doctrine néoclassique d'ailleurs, là n'est pas mon propos, mais, afin d'apparaître cohérent, il s'agirait d'user de certaines précautions oratoires. Le lendemain, et nous n'en ferons pas l'analyse car l'homme en question n'est pas un politique, Jean Paul Fitoussi, éminent économiste, président de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), explique que les solutions à la crise sociale qui s'annonce pourraient être des mesures de rallonge de la durée de cotisation chômage, d'augmentation des minima sociaux etc. bref, des mesures de relance de la consommation keynésiennes. En clair, attention avec les images un peu trop fortes et les critiques un peu trop hâtives.
Valérie Pécresse explique dans la suite de l'interview que, face à la grogne des enseignants chercheurs, elle tient à rassurer. "Nous trouverons les voies de passages pour faire la réforme et en même temps vous rassurer" dit-elle en s'adressant de manière indirecte aux syndicats d'enseignants chercheurs. "Venez me parler de vos craintes, nous y répondrons" ajoute-t-elle.
La façon dont elle positionne le problème est risqué. "Vous avez des craintes", et "Nous mettons en place des réformes" comprend-on. Or chacun sait que la crainte est un phénomène psychologique, uniquement psychologique pourrait-on dire. Le remède l'est tout autant : "rassurer". En posant le problème de cette façon, Valérie Pécresse oppose d'un côté le travail concret : "la réforme" qu'elle accomplit au sein de son ministère, et de l'autre, une attitude psychologique craintive de la part des intéressés. Nul ne peut adhérer à cette vision des choses car celle-ci dévalorise la position des syndicats et des enseignants chercheurs qui sont relégués au rang "d'enfants qu'on doit rassurer". VP positionne la problématique des syndicats et des personnels de l'enseignement supérieur comme étant d'ordre uniquement psychologique, d'où la solution : dialoguer pour rassurer. Argumentation évidemment irrecevable de la part des intéressés et donc, Com' politique inefficace.
Un mot, cependant, est crucial dans son discours, mais il passe en second plan: "Garantie". Il aurait fallu insister plus sur ce mot, et surtout, d'une façon différente.
"Nous [vous] donnerons les garanties" dit-elle. La phrase était presque bonne, sauf qu'il ne s'agit pas de donner quoi que ce soit. Pour les syndicats, ces garanties n'existent pas encore, sinon, nul besoin de manifester. "Nous mettrons en place les garanties nécessaires" conviendrait mieux. La notion de "mettre en place" ou de "créer" sous entend que la ministre serait prête à un semblant de concessions, tout du moins, à un dialogue constructif débouchant sur de nouvelles propositions. VP se positionnerait ainsi sur une base plus concrète et ne donnerait plus l'impression de vouloir passer une pommade psychologique aux angoissés du secteur public.
On termine par un bon point : le ticket déjà passé entre Roger Karoutchi et elle-même pour les régionales en Ile de France. Pas besoin de long discours sur l'unité, l'exemple suffit. On comprend que les primaires ne serviront pas à tenter d'assassiner l'autre. Cela renvoie aux militants l'image qu'ils attendent...