Chantal Jouanno est l'invitée de Christophe Barbier sur LCI. "Douceur dans la voix" est peut être le maître mot. Beaucoup de femmes politiques ont, dans la voix, et parfois dans l'attitude, une forme de masculinité, c'est le cas de Nadine Morano, de Valérie Pécresse, de Christine Boutin, de Martine Aubry, d'Arlette Laguiller, etc. Non pas que cela leur enlève toute féminité, mais c'est comme si le fait de s'être frotté durant de longues années aux conditions difficiles de la vie politique, et surtout aux exigences de l'ascension politique, avait laissé sur elle un peu de la rudesse de cet environnement masculin. Ces femmes donnent l'impression d'être des femmes endurcies par les conditions dans lesquelles elles évoluent.
D'autres semblent avoir conservé une douceur, une simplicité, notamment dans le ton de la voix. C'est le cas de Chantal Jouanno. C'est un atout important. L'autre, qui y est lié, est qu'elle est jolie. Chacun pressent bien l'importance pour une femme (comme pour un homme) politique d'avoir un physique qui suscite un attrait. Pour ancrer cette remarque dans une démarche sociologique, voici une petite expérience qu'ont faite quelques personnes de la télévision (au Canada je crois d'ailleurs). Ils ont demandé à une jeune femme, pas trop jolie et pas forcément bien apprêtée, d'arrêter les passants dans la rue, pour leur poser des questions, sur un sujet que j'ai d'ailleurs complètement oublié. La tâche fut rude ! La même expérience a été répétée dans la même rue avec une jeune fille jolie et bien vêtue, et là, ça a été carton plein !
Est-ce à dire que toutes les femmes qui n'ont pas un physique facile doivent éviter la politiqe ? Non, cependant les qualités que l'on décrit généralement comme féminines, doivent être développées. Elles doivent absolument soigner leur look. En "googlant" des images de Chantal Jouanno, vous trouverez des photos d'elles il y a quelques années. La différence est frappante. La coupe de cheveux actuelle, qui dégage son cou et affine son visage a un impact très positif.
Soigner le look, ne pas esquiver le maquillage, travailler la douceur de la voix, la patience dans les réponses, etc. On s'approche du marketing politique n'est pas ?
Un peu, c'est vrai. Je ne reviendrai pas tous les jours sur ces questions, mais elles ont leur importance.
Qu'est-ce qui cloche donc dans la communication politique de Chantal Jouanno ? Différentes choses à vrai dire, même si rien de majeur ne peut être détecté dans ce genre d'interview. En effet, les conditions sur les normes environnementales sont assez peu connues des français. Le sujet est neuf, bien que d'importance. Difficile donc pour les auditeurs novices dont je suis de confronter les propos de la ministre aux connaissances déjà acquises sur le sujet. L'objectif de l'interview est donc PEDAGOGIQUE.
Dans ce registre, Chantal jouanno joue relativement bien son rôle. Elle détaille les mesures en tentant d'expliquer au mieux. Une remarque cependant : l'ordre dans lequel les idées sont exposées. Il semble qu'elle connaisse bien son sujet, elle n'a donc probablement pas besoin d'une grosse dose de coaching technique en préparation de l'interview. La conséquence fâcheuse est qu'elle ne se pose pas suffisamment de questions quant à l'impact de ses réponses sur des auditeurs néophytes. Face à certaines questions de Christophe Barbier, qui est pourtant le modèle type de l'interviewer sympathique, elle tarde à mettre en avant le coeur de la réponse qui convaincra les téléspectateurs. Par exemple, sur Heuliez, la question de Christophe Barbier est simple "Ce projet industriel réaliste, il existe ? il est dans les cartons ?" La réponse donnée commence par différencier les deux types de production d'Heuliez, "véhicule classique" et "véhicule électrique". On sent qu'elle se tente de se lancer dans une explication de fond sur la stratégie Heuliez. On est loin de la question : "le projet existe ou pas?". Christophe Barbier l'interrompt pour recentrer le propos.
Une ligne de coaching politique : Aller à l'essentiel est la clé. En effet, les auditeurs ne peuvent retenir un développement complexe, surtout sur des sujets peu connus. Il faut donc utiliser des mots simples, clairs, efficaces et les mettre en avant. Sans remettre en questions toute la communication de Chantal Jouanno, il semble cependant que, tout en restant dans une ligne pédagogique classique, si elle repensait la formulation et l'ordre des idées en tentant de synthétiser ses propos en premier lieu afin de marquer les esprits, quitte à développer ensuite son propos, le message passerait de manière plus efficace et durable...
vendredi 27 mars 2009
mercredi 25 mars 2009
Henri Guaino sur France inter
Henri Guaino est interviewé ce matin sur France Inter.
Un mot : moral ! Ce mot, répété à l'envi, résume l'attente du conseiller spécial de Nicolas Sarkozy vis à vis du comportement d'une partie des grands patrons, des hommes politiques, etc. : "pas plus dans les milieux politiques que dans les milieux patronaux, on est toujours à la hauteur de cette crise, et c'est bien le problème aujourd'hui; sur le plan intellectuel et sur le plan moral." Il a fallu que le journaliste le harcelle pendant plusieurs minutes pour que le conseiller accepte finalement de lâcher cette phrase, vite fait, avant de dédouaner les personnes qu'il a accusées en affirmant :"c'est compliqué, c'est humainement compliqué."
Il poursuit : "En six mois, regardez tout ce qui a changé dans la tête des gens." Après avoir expliqué le contexte de la précédente crise des années 30, le temps qu'il a fallu pour qu'un changement s'opère dans les mentalités, il conclut "là il faut peut être accélérer un peu les choses compte tenu de l'accélération des évènements..."
Deux aspects donc façonnent la psychologie du discours : un attachement aux valeurs morales perdues, décriées même, pendant des années, parce qu'elles représentaient l'ordre bourgeois que le marxisme guesdien qui a imprégné toute la pensée socialiste française post-68, a tenté d'abattre ; une perception aiguë de l'impact de l'état des mentalités sur le fonctionnement de la société.
En matière de communication politique, la première partie du message a son importance. Elle est cependant contredite par tout ce que les journaux révèlent quant à l'action du président de la République : Une "Real politik" qui invite en grandes pompes le Général Kadhafi au mépris de ses activités passées (et présentes) pour tisser des liens économiques favorables au pays ; une position, via le ministre des affaires étrangères, sur la question des droits de l'homme qui est toute relative ; un choix cornélien entre les liens économiques avec la Chine et la nécessaire reconnaissance du statut du Dalaï Lama ; des pratiques qui consistent à assouplir le cadre institutionnel de notre pays lorsqu'il semble trop rigide, au mépris des valeurs morales, telles que celle consistant à attendre la validation de la commission de déontologie avant de nommer un de ses conseiller à la tête d'une banque, ou bien celle consistant à respecter la constitution en reconnaissant au Premier ministre la position qui est la sienne, celle du premier de tous les ministres, refusant ainsi d'arbitrer tout différent entre ministres, ou bien refusant d'en réunir un certain nombre d'entre eux au mépris des autres, au mépris des institutions, au mépris des valeurs qui fondent la République, au mépris d'un certain sens moral donc.
Je sais que certains discutent les points évoqués ci-dessus comme s'ils étaient de nature subjective, comme si l'action du Président, sur ces sujets, pouvait être perçue de plusieurs façons différentes. Malheureusement, et l'histoire le montrera, ces faits sont tout ce qu'il y a d'objectif. Il ne s'agit donc, dans mes propos, nullement de critique, mais uniquement de constatation : la présence répétée dans le discours d'Henri Guaino, et par là dans celui de Nicolas Sarkozy, de la nécessaire moralisation de la vie économique, sociale, syndicale, sociétale même, est à l'opposé du comportement de ce dernier. Ainsi, même si les auditeurs prêtent une oreille attentive à ces propos, ils ne peuvent s'empêcher de les mettre en doute dès lors qu'ils les confrontent à la réalité.
Ensuite, sur le deuxième point qui concerne le changement des mentalités, l'antagonisme entre "la morale demandée dans les discours et la réalité des actes", la façon dont se comportent les patrons, les uns après les autres, ne renonçant à leurs bonus que sous la contrainte de l'Etat, l'attitude protectionniste des Etats sur la planète, y compris le notre, même si l'on n'en parle pas dans les journaux (mais certaines antennes dans les entreprises confirment que les contrats de soutraitance vis à vis de certains partenaires européens sont bel et bien menacés), l'attitude de la population dans la vie de tous les jours, démontre à quel point ce changement dans les mentalités n'a absolument pas pris place. Nous n'en somme qu'au stade des mots, de la communication. Ce changement n'est pas près à prendre le pas sur les anciennes pratiques, ni sur les craintes actuelles.
Un facteur, décrit par Henri Guaino lui même, est en partie responsable de cet empêchement d'aller plus loin que la simple communication. Ce facteur se trouve dans la phrase que nous avons citée plus haut : "là il faut peut être accélérer un peu les choses compte tenu de l'accélération des évènements..."
Aller vite. Accélérer. Toujours plus vite, parce que les évènements accélèrent. Certaines dispositions peuvent en effet aller plus vite. Cependant, les mentalités mettent beaucoup de temps à changer. Renoncer à un mode de vie, à un mode de consommation, à un mode de perception de la société nécessite plus qu'un coup de sifflet. Cela nécessite une vraie réflexion, de fond, globale, qui dure. Ce n'est pas tant les réponses apportées par les dirigeants qui transformeront les choses que les questions posées par la société civile qui permettront aux points de vues de se confronter entre eux et donc d'évoluer.
Ce qu'il faut, en période de crise, ce n'est donc pas accélérer, mais ralentir, se poser même, et réflechir. L'hyperactivité n'est plus la solution. Lorsque la route est droite, on peut accélérer, mais lorsqu'on arrive à un carrefour, de surcroît un carrefour qui nécessite des choix importants, il est préférable de ralentir, voire de s'arrêter.
Aujourd'hui, malgré la pertinence de certains points du discours d'Henri Guaino, discours décalé par rapport à celui qu'on entend habituellement, notamment parce que ce discours est équilibré, certains points sont contreproductifs. En ayant peur de déranger, il ne va pas assez loin, et retombe dans les cercles de pensée habituels.
A quand un vrai changement ?
Un mot : moral ! Ce mot, répété à l'envi, résume l'attente du conseiller spécial de Nicolas Sarkozy vis à vis du comportement d'une partie des grands patrons, des hommes politiques, etc. : "pas plus dans les milieux politiques que dans les milieux patronaux, on est toujours à la hauteur de cette crise, et c'est bien le problème aujourd'hui; sur le plan intellectuel et sur le plan moral." Il a fallu que le journaliste le harcelle pendant plusieurs minutes pour que le conseiller accepte finalement de lâcher cette phrase, vite fait, avant de dédouaner les personnes qu'il a accusées en affirmant :"c'est compliqué, c'est humainement compliqué."
Il poursuit : "En six mois, regardez tout ce qui a changé dans la tête des gens." Après avoir expliqué le contexte de la précédente crise des années 30, le temps qu'il a fallu pour qu'un changement s'opère dans les mentalités, il conclut "là il faut peut être accélérer un peu les choses compte tenu de l'accélération des évènements..."
Deux aspects donc façonnent la psychologie du discours : un attachement aux valeurs morales perdues, décriées même, pendant des années, parce qu'elles représentaient l'ordre bourgeois que le marxisme guesdien qui a imprégné toute la pensée socialiste française post-68, a tenté d'abattre ; une perception aiguë de l'impact de l'état des mentalités sur le fonctionnement de la société.
En matière de communication politique, la première partie du message a son importance. Elle est cependant contredite par tout ce que les journaux révèlent quant à l'action du président de la République : Une "Real politik" qui invite en grandes pompes le Général Kadhafi au mépris de ses activités passées (et présentes) pour tisser des liens économiques favorables au pays ; une position, via le ministre des affaires étrangères, sur la question des droits de l'homme qui est toute relative ; un choix cornélien entre les liens économiques avec la Chine et la nécessaire reconnaissance du statut du Dalaï Lama ; des pratiques qui consistent à assouplir le cadre institutionnel de notre pays lorsqu'il semble trop rigide, au mépris des valeurs morales, telles que celle consistant à attendre la validation de la commission de déontologie avant de nommer un de ses conseiller à la tête d'une banque, ou bien celle consistant à respecter la constitution en reconnaissant au Premier ministre la position qui est la sienne, celle du premier de tous les ministres, refusant ainsi d'arbitrer tout différent entre ministres, ou bien refusant d'en réunir un certain nombre d'entre eux au mépris des autres, au mépris des institutions, au mépris des valeurs qui fondent la République, au mépris d'un certain sens moral donc.
Je sais que certains discutent les points évoqués ci-dessus comme s'ils étaient de nature subjective, comme si l'action du Président, sur ces sujets, pouvait être perçue de plusieurs façons différentes. Malheureusement, et l'histoire le montrera, ces faits sont tout ce qu'il y a d'objectif. Il ne s'agit donc, dans mes propos, nullement de critique, mais uniquement de constatation : la présence répétée dans le discours d'Henri Guaino, et par là dans celui de Nicolas Sarkozy, de la nécessaire moralisation de la vie économique, sociale, syndicale, sociétale même, est à l'opposé du comportement de ce dernier. Ainsi, même si les auditeurs prêtent une oreille attentive à ces propos, ils ne peuvent s'empêcher de les mettre en doute dès lors qu'ils les confrontent à la réalité.
Ensuite, sur le deuxième point qui concerne le changement des mentalités, l'antagonisme entre "la morale demandée dans les discours et la réalité des actes", la façon dont se comportent les patrons, les uns après les autres, ne renonçant à leurs bonus que sous la contrainte de l'Etat, l'attitude protectionniste des Etats sur la planète, y compris le notre, même si l'on n'en parle pas dans les journaux (mais certaines antennes dans les entreprises confirment que les contrats de soutraitance vis à vis de certains partenaires européens sont bel et bien menacés), l'attitude de la population dans la vie de tous les jours, démontre à quel point ce changement dans les mentalités n'a absolument pas pris place. Nous n'en somme qu'au stade des mots, de la communication. Ce changement n'est pas près à prendre le pas sur les anciennes pratiques, ni sur les craintes actuelles.
Un facteur, décrit par Henri Guaino lui même, est en partie responsable de cet empêchement d'aller plus loin que la simple communication. Ce facteur se trouve dans la phrase que nous avons citée plus haut : "là il faut peut être accélérer un peu les choses compte tenu de l'accélération des évènements..."
Aller vite. Accélérer. Toujours plus vite, parce que les évènements accélèrent. Certaines dispositions peuvent en effet aller plus vite. Cependant, les mentalités mettent beaucoup de temps à changer. Renoncer à un mode de vie, à un mode de consommation, à un mode de perception de la société nécessite plus qu'un coup de sifflet. Cela nécessite une vraie réflexion, de fond, globale, qui dure. Ce n'est pas tant les réponses apportées par les dirigeants qui transformeront les choses que les questions posées par la société civile qui permettront aux points de vues de se confronter entre eux et donc d'évoluer.
Ce qu'il faut, en période de crise, ce n'est donc pas accélérer, mais ralentir, se poser même, et réflechir. L'hyperactivité n'est plus la solution. Lorsque la route est droite, on peut accélérer, mais lorsqu'on arrive à un carrefour, de surcroît un carrefour qui nécessite des choix importants, il est préférable de ralentir, voire de s'arrêter.
Aujourd'hui, malgré la pertinence de certains points du discours d'Henri Guaino, discours décalé par rapport à celui qu'on entend habituellement, notamment parce que ce discours est équilibré, certains points sont contreproductifs. En ayant peur de déranger, il ne va pas assez loin, et retombe dans les cercles de pensée habituels.
A quand un vrai changement ?
lundi 23 mars 2009
Benoit Hamon sur Canal +
Benoit Hamon était interviewé ce matin sur le plateau de la Matinale de Canal+. Dès le début de l'interview, son message est clair : taper sur Nicolas Sarkozy! Il y va d'ailleurs franchement : "là où l'Etat social recule, l'Etat pénal progresse; 600 000 gardes à vue l'année dernière. 1% de la population française en garde à vue. Ce pays est-il plus sur ?" et un peu plus tard en parlant du président de la République : "Il a remis son petit costume de ministre de l'intérieur", insistant bien sur le "p" de "petit" (à comprendre dans le sens de "misérable").
La façon de s'adresser aux journalistes et, par là, aux téléspectateurs, rapproche pourtant très fortement Benoit Hamon de Nicolas Sarkozy : Interpeler les journalistes par des questions auxquelles ils ne peuvent pas répondre. La première d'entre elle est citée plus haut : "ce pays est-il plus sur ?"
En affirmant : "ce pays est moins sur", il ouvrirait la porte à une contradiction. En posant une question qui attend une réponse impossible à donner pour un journaliste, il crée forcément un "blanc". Le proverbe populaire :"qui ne dit mot consent" s'applique en communication politique comme dans la vie courante, l'absence de réponse est perçue par l'opinion comme un acquiescement tacite général. Non pas que le téléspectateur s'imagine que la journaliste est d'accord avec Benoit Hamon, mais l'absence de réponse crée sur le plateau une atmosphère favorable aux propos de BH puisque face à ses arguments, il n'y a pas de contradiction.
Il enchaine d'ailleurs ce genre de questions tout au long de l'émission. Après "ce pays est-il plus sur", on a droit au "c'est normal ça?" du père de famille renvoyé chez lui par la police, on a également droit aux "est-ce que Sarkozy renforce les contre pouvoir ou est-ce qu'il les affaiblit?", "est-ce que les syndicats sont plus forts depuis le service minimum ou plus faibles?", "est-ce que la justice est plus forte avec la suppression du juge d'instruction ou plus faible?" Etc.
Cette stratégie est également une manière de renvoyer la journaliste dans son camp lorsqu'une question, ou une remarque, lui est défavorable. Par exemple, lorsque Benoit Hamon dénonce l'attitude de Nicolas Sarkozy, "courant les commissariats" après avoir remis sont "petit costume de ministre de l'Intérieur", la journaliste lui répond "En même temps, vous l'avez bien aidé, en parlant de libertés, à remettre son costume...". Au lieu de répondre et d'entrer dans une phase de contradiction, il pose, à nouveau, une de ces questions dont il a le secret : "Non mais qui échoue sur la sécurité?" Et là, blanc à nouveau, la journaliste ne pouvant répondre à ce genre de questions. Gros blanc même, il en profite d'ailleurs et répète deux fois encore la même question pour en accroître l'impact, jusqu'à ce que Caroline Roux décide de sortir de l'impasse en changeant de sujet, et en lançant un "Alors". Détectant qu'il risque de perdre la poule aux oeufs d'or, Benoit Hamon se décide à répondre lui même afin de profiter jusqu'au bout de l'opportunité sachant qu'il n'y aura plus de contradiction sur ses propos puisque la journaliste a décidé de changer de sujet.
Ce genre de technique laisse un goût amer dans la bouche. On pourrait penser que ce n'est pas très loyal. En même temps, on est en politique, et, en matière de com' politique, c'est plutôt bien joué. Un bon point donc pour Benoit Hamon même si je ne suis pas fan de ces méthodes (qu'ils m'arrive néanmoins d'employer lorsque je suis de mauvaise foi et que je tiens néanmoins à avoir raison lors des discussions familiales).
Le job de journaliste est complexe face à ce genre de personnes. Alors, une ligne de coaching, mais, à destination de Caroline Roux cette fois ci, une fois n'est pas coutume. Si l'on décide que l'on n'est pas séduite par Benoit Hamon, et qu'on est prête à lui rentrer un peu dedans, il est alors possible mettre en lumière, de façon explicite, les artifices qui renforcent sa communication, de manière à les affaiblir. Un autre moyen consisterait à poser une question en réponse à la question. Jean Pierre Elkabbach sait faire cela très bien. La seconde question oblige l'interviewé à y répondre. Cependant, à la longue, cela alourdit considérablement l'interview. Il serait un peu long d'expliquer tout ceci en détail ici, nous nous contenterons donc de ces quelques explications partielles.
La prochaine fois, nous essaierons donc de nous pencher sur un autre aspect de l'argumentaire de Benoit Hamon : l'amalgame, ou l'art d'associer deux sujet proches, mais toutefois différents, afin de pouvoir justifier l'un par les caractéristiques de l'autre...
La façon de s'adresser aux journalistes et, par là, aux téléspectateurs, rapproche pourtant très fortement Benoit Hamon de Nicolas Sarkozy : Interpeler les journalistes par des questions auxquelles ils ne peuvent pas répondre. La première d'entre elle est citée plus haut : "ce pays est-il plus sur ?"
En affirmant : "ce pays est moins sur", il ouvrirait la porte à une contradiction. En posant une question qui attend une réponse impossible à donner pour un journaliste, il crée forcément un "blanc". Le proverbe populaire :"qui ne dit mot consent" s'applique en communication politique comme dans la vie courante, l'absence de réponse est perçue par l'opinion comme un acquiescement tacite général. Non pas que le téléspectateur s'imagine que la journaliste est d'accord avec Benoit Hamon, mais l'absence de réponse crée sur le plateau une atmosphère favorable aux propos de BH puisque face à ses arguments, il n'y a pas de contradiction.
Il enchaine d'ailleurs ce genre de questions tout au long de l'émission. Après "ce pays est-il plus sur", on a droit au "c'est normal ça?" du père de famille renvoyé chez lui par la police, on a également droit aux "est-ce que Sarkozy renforce les contre pouvoir ou est-ce qu'il les affaiblit?", "est-ce que les syndicats sont plus forts depuis le service minimum ou plus faibles?", "est-ce que la justice est plus forte avec la suppression du juge d'instruction ou plus faible?" Etc.
Cette stratégie est également une manière de renvoyer la journaliste dans son camp lorsqu'une question, ou une remarque, lui est défavorable. Par exemple, lorsque Benoit Hamon dénonce l'attitude de Nicolas Sarkozy, "courant les commissariats" après avoir remis sont "petit costume de ministre de l'Intérieur", la journaliste lui répond "En même temps, vous l'avez bien aidé, en parlant de libertés, à remettre son costume...". Au lieu de répondre et d'entrer dans une phase de contradiction, il pose, à nouveau, une de ces questions dont il a le secret : "Non mais qui échoue sur la sécurité?" Et là, blanc à nouveau, la journaliste ne pouvant répondre à ce genre de questions. Gros blanc même, il en profite d'ailleurs et répète deux fois encore la même question pour en accroître l'impact, jusqu'à ce que Caroline Roux décide de sortir de l'impasse en changeant de sujet, et en lançant un "Alors". Détectant qu'il risque de perdre la poule aux oeufs d'or, Benoit Hamon se décide à répondre lui même afin de profiter jusqu'au bout de l'opportunité sachant qu'il n'y aura plus de contradiction sur ses propos puisque la journaliste a décidé de changer de sujet.
Ce genre de technique laisse un goût amer dans la bouche. On pourrait penser que ce n'est pas très loyal. En même temps, on est en politique, et, en matière de com' politique, c'est plutôt bien joué. Un bon point donc pour Benoit Hamon même si je ne suis pas fan de ces méthodes (qu'ils m'arrive néanmoins d'employer lorsque je suis de mauvaise foi et que je tiens néanmoins à avoir raison lors des discussions familiales).
Le job de journaliste est complexe face à ce genre de personnes. Alors, une ligne de coaching, mais, à destination de Caroline Roux cette fois ci, une fois n'est pas coutume. Si l'on décide que l'on n'est pas séduite par Benoit Hamon, et qu'on est prête à lui rentrer un peu dedans, il est alors possible mettre en lumière, de façon explicite, les artifices qui renforcent sa communication, de manière à les affaiblir. Un autre moyen consisterait à poser une question en réponse à la question. Jean Pierre Elkabbach sait faire cela très bien. La seconde question oblige l'interviewé à y répondre. Cependant, à la longue, cela alourdit considérablement l'interview. Il serait un peu long d'expliquer tout ceci en détail ici, nous nous contenterons donc de ces quelques explications partielles.
La prochaine fois, nous essaierons donc de nous pencher sur un autre aspect de l'argumentaire de Benoit Hamon : l'amalgame, ou l'art d'associer deux sujet proches, mais toutefois différents, afin de pouvoir justifier l'un par les caractéristiques de l'autre...
vendredi 20 mars 2009
Du printemps et des manifs, suite et fin
Reprenons, en quelques mots, le coeur de la réflexion menée hier, afin de répondre, notamment, à quelques critiques visant à me démontrer que je me trompais complètement dans mon analyse, que c'était un réel mécontentement populaire, des conditions sociales extrêmement défavorables, des tensions fortes qui justifient la descente de centaines de milliers de personnes dans la rue et surement pas le plaisir de se balader au soleil durant le mois de Mai...
La signification politique des manifestations est évidente, elle traduit le mécontentement de la population. Est-il nécessaire de sortir de Sciences Po et de l'ENA pour comprendre cela ? La vision étroite et conformistes des centaines de crétins qui conseillent les puissants et qui verrouillent le système pour empêcher toute voix discordante susceptible de s'opposer à leur jugement de parvenir aux oreilles des décideurs est responsable de l'incapacité de la classe politique à interpréter correctement la vox populi.
La question qui se pose est : Décembre, janvier et février, ne sont-ils pas également des mois où la population souffre et s'agace de la situation dans laquelle elle est plongée ? Pourquoi les grèves générales, les journées de manifestations enchaînées les unes après les autres n'interviennent-elles qu'en fin de printemps ? Pourquoi Mai, et pas Juin ou Juillet ? Pourquoi une manif le 29 janvier et une autre le 19 Mars et rien entre temps ? Le courroux du président de la République paralyse tout le monde diraient certains... Non à tort, sauf que sous VGE, Mitterrand et Chirac, les processus de "rébellion" contre le pouvoir étaient semblables alors que la manière de gouverner était différente.
En allant un cran au delà des analyses politiques classiques qui constituent la quasi totalité des "notes" reçues par les hommes politiques depuis des décennies, on découvre que les tenants et les aboutissants de la psychologie populaire imprègnent les comportements des français dans tous les domaines de leur vie, y compris lorsqu'ils expriment leur mécontentement en battant le pavé. Juillet augure déjà les vacances et le besoin de "déconnecter", Décembre et Noël traduisent le besoin, aussi, de coupure, de se retrouver en famille, de penser à autre chose. Quant aux mois d'hiver, il est déjà suffisamment difficile de les traverser lorsqu'on vit dans des conditions défavorables sans les aggraver encore par des grèves à répétitions, des marches dans le froid, etc. Le cadre de vie impose des contraintes qu'il est impossible d'ignorer. Mai, sa douceur, son soleil, la sortie définitive de l'hiver, l'approche des vacances, constituent un cadre propice à un renouveau. C'est aussi ce renouveau qu'appellent les manifestations.
Ainsi, au delà d'un exutoire, cette colère et ce mal-être recherchent également la voie d'un réconfort. Nous ne reviendrons pas ici sur les arguments développés hier (nous pourrions d'ailleurs ajouter d'autres caractéristiques "positives" en matière de psychologie issues des manifestations), mais en les reprenant on peut comprendre quels sont ces aspects réconfortants.
Est-ce à dire que les manifs constituent une thérapie ? Nous n'irons pas jusque là. Les manifs sont ce qu'elles sont, et le besoin n'est pas forcément d'en étudier tous les détails. D'autant que toutes les manifestations n'ont pas les mêmes caractéristiques. Celles des opposants à Davos, par exemple, ou celles très infiltrées par les milieux extrémistes, sont tout de suite moins sympathiques...
Cependant, il semble urgent que la perception que les décideurs politiques ont des manifestations, et par là, de la psychologie populaire change. En entendant réellement quels sont les points centraux des revendications, c'est à dire, pas forcément ceux qui sont écrit sur les banderoles, mais les signes sous-jacents qui poussent à écrire ces messages, en entendant quelles sont les caractéristiques psychologiques des groupes qui sont représentés dans la rue, quelles sont leurs attentes en matière de qualité de vie, de perspective sur l'avenir, de crainte quant à leur statut actuel, de positionnement politique, de réflexion sur l'Etat de la société, il serait plus facile de prendre des décisions adaptées.
Rester cloîtré dans son bureau Louis XV face à un joli parc, à attendre que le room service vous apporte des cafés lorsque vous recevez les huiles du pays ne permet pas de comprendre la psychologie des français. Je sais de quoi je parle, je suis passé par là ! Passer des heures dans les antichambres en attendant que le Ministre, le Président ou n'importe quel homme politique vous reçoive pour que vous lui exposiez en quinze minutes le résultat de semaines de recherche, sous l'oeil vigilant des conseillers proches qui ne vous laisseront pas prononcer les mots qu'ils supposent que leur patrons n'a pas envie d'entendre ne permet pas non plus de faire avancer le schmilblick. Je passe les discussions entre conseillers visant uniquement à se faire mousser en glissant à qui veut l'entendre qu'on a été reçu un certain nombre de fois par le ministre, qu'on a reçu une gratification du président, que le Premier ministre a particulièrement apprécié notre dernière note...
Quand on pense que les conseillers qui prennent le métro une fois par semaine et qui descendent de chez eux pour aller acheter une baguette de pain et un steack haché s'enorgueillissent d'être "en contact avec la population" et justifient leurs positions absurde par "mon boulanger m'a assuré ceci" ou bien, "mon boucher m'a bien confirmé que j'avais raison sur tel point". C'est pitoyable. Messieurs, vous êtes en grande partie responsables de la déconnexion qui existe entre le peuple et les élites. Vous êtes vraiment un remède au désir de faire de la politique. C'est un coup à devenir trotskyste ! Si ces endroits n'étaient pas déjà infectés du même type d'énergumènes...
J'aurais voulu demander pardon, déjà, à tous ceux qui sont différents, et qui, travaillant dans le milieu politique, ne peuvent être décris par les termes un peu durs que j'ai utilisés. Cette phrase d'excuse, j'aurais du l'écrire pour tous ceux que je connais, et pour ceux que je ne connais pas, et qui ont un réel sens humain doublé d'un vrai sens politique. L'unique problème, c'est qu'en écrivant cette phrase d'excuse, tous les crétins qui sont décris plus haut se seraient dit : je fais parti des exemptés ! Pour éviter cette échappatoire, et sauver par cette phrase ceux qui nécessitent d'être condamné pour leurs mauvais et déloyaux services, je préfère condamner tout le monde y compris les innoncents ! A quand un vrai changement ?
La signification politique des manifestations est évidente, elle traduit le mécontentement de la population. Est-il nécessaire de sortir de Sciences Po et de l'ENA pour comprendre cela ? La vision étroite et conformistes des centaines de crétins qui conseillent les puissants et qui verrouillent le système pour empêcher toute voix discordante susceptible de s'opposer à leur jugement de parvenir aux oreilles des décideurs est responsable de l'incapacité de la classe politique à interpréter correctement la vox populi.
La question qui se pose est : Décembre, janvier et février, ne sont-ils pas également des mois où la population souffre et s'agace de la situation dans laquelle elle est plongée ? Pourquoi les grèves générales, les journées de manifestations enchaînées les unes après les autres n'interviennent-elles qu'en fin de printemps ? Pourquoi Mai, et pas Juin ou Juillet ? Pourquoi une manif le 29 janvier et une autre le 19 Mars et rien entre temps ? Le courroux du président de la République paralyse tout le monde diraient certains... Non à tort, sauf que sous VGE, Mitterrand et Chirac, les processus de "rébellion" contre le pouvoir étaient semblables alors que la manière de gouverner était différente.
En allant un cran au delà des analyses politiques classiques qui constituent la quasi totalité des "notes" reçues par les hommes politiques depuis des décennies, on découvre que les tenants et les aboutissants de la psychologie populaire imprègnent les comportements des français dans tous les domaines de leur vie, y compris lorsqu'ils expriment leur mécontentement en battant le pavé. Juillet augure déjà les vacances et le besoin de "déconnecter", Décembre et Noël traduisent le besoin, aussi, de coupure, de se retrouver en famille, de penser à autre chose. Quant aux mois d'hiver, il est déjà suffisamment difficile de les traverser lorsqu'on vit dans des conditions défavorables sans les aggraver encore par des grèves à répétitions, des marches dans le froid, etc. Le cadre de vie impose des contraintes qu'il est impossible d'ignorer. Mai, sa douceur, son soleil, la sortie définitive de l'hiver, l'approche des vacances, constituent un cadre propice à un renouveau. C'est aussi ce renouveau qu'appellent les manifestations.
Ainsi, au delà d'un exutoire, cette colère et ce mal-être recherchent également la voie d'un réconfort. Nous ne reviendrons pas ici sur les arguments développés hier (nous pourrions d'ailleurs ajouter d'autres caractéristiques "positives" en matière de psychologie issues des manifestations), mais en les reprenant on peut comprendre quels sont ces aspects réconfortants.
Est-ce à dire que les manifs constituent une thérapie ? Nous n'irons pas jusque là. Les manifs sont ce qu'elles sont, et le besoin n'est pas forcément d'en étudier tous les détails. D'autant que toutes les manifestations n'ont pas les mêmes caractéristiques. Celles des opposants à Davos, par exemple, ou celles très infiltrées par les milieux extrémistes, sont tout de suite moins sympathiques...
Cependant, il semble urgent que la perception que les décideurs politiques ont des manifestations, et par là, de la psychologie populaire change. En entendant réellement quels sont les points centraux des revendications, c'est à dire, pas forcément ceux qui sont écrit sur les banderoles, mais les signes sous-jacents qui poussent à écrire ces messages, en entendant quelles sont les caractéristiques psychologiques des groupes qui sont représentés dans la rue, quelles sont leurs attentes en matière de qualité de vie, de perspective sur l'avenir, de crainte quant à leur statut actuel, de positionnement politique, de réflexion sur l'Etat de la société, il serait plus facile de prendre des décisions adaptées.
Rester cloîtré dans son bureau Louis XV face à un joli parc, à attendre que le room service vous apporte des cafés lorsque vous recevez les huiles du pays ne permet pas de comprendre la psychologie des français. Je sais de quoi je parle, je suis passé par là ! Passer des heures dans les antichambres en attendant que le Ministre, le Président ou n'importe quel homme politique vous reçoive pour que vous lui exposiez en quinze minutes le résultat de semaines de recherche, sous l'oeil vigilant des conseillers proches qui ne vous laisseront pas prononcer les mots qu'ils supposent que leur patrons n'a pas envie d'entendre ne permet pas non plus de faire avancer le schmilblick. Je passe les discussions entre conseillers visant uniquement à se faire mousser en glissant à qui veut l'entendre qu'on a été reçu un certain nombre de fois par le ministre, qu'on a reçu une gratification du président, que le Premier ministre a particulièrement apprécié notre dernière note...
Quand on pense que les conseillers qui prennent le métro une fois par semaine et qui descendent de chez eux pour aller acheter une baguette de pain et un steack haché s'enorgueillissent d'être "en contact avec la population" et justifient leurs positions absurde par "mon boulanger m'a assuré ceci" ou bien, "mon boucher m'a bien confirmé que j'avais raison sur tel point". C'est pitoyable. Messieurs, vous êtes en grande partie responsables de la déconnexion qui existe entre le peuple et les élites. Vous êtes vraiment un remède au désir de faire de la politique. C'est un coup à devenir trotskyste ! Si ces endroits n'étaient pas déjà infectés du même type d'énergumènes...
J'aurais voulu demander pardon, déjà, à tous ceux qui sont différents, et qui, travaillant dans le milieu politique, ne peuvent être décris par les termes un peu durs que j'ai utilisés. Cette phrase d'excuse, j'aurais du l'écrire pour tous ceux que je connais, et pour ceux que je ne connais pas, et qui ont un réel sens humain doublé d'un vrai sens politique. L'unique problème, c'est qu'en écrivant cette phrase d'excuse, tous les crétins qui sont décris plus haut se seraient dit : je fais parti des exemptés ! Pour éviter cette échappatoire, et sauver par cette phrase ceux qui nécessitent d'être condamné pour leurs mauvais et déloyaux services, je préfère condamner tout le monde y compris les innoncents ! A quand un vrai changement ?
jeudi 19 mars 2009
Du printemps et des manifs
Le Président de la République redoute un "Mai 2009" peut-on lire dans la mare aux canards de cette semaine. Les sources du Canard enchaîné rapportent ces propos du chef de l'Etat : "C'est souvent en mai que ça chauffe sur le terrain social"
Il est vrai que si on regarde en arrière, les mois de mai compliqués d'un point de vue social sont assez nombreux. Le mois de Mai est-il le point cukminant des crises que nous avons traversées, ou bien le point de départ de toutes les mauvaises réformes ? Est-ce que Mai correspond à un moment particulièrement amère pour les français au point qu'ils se ruent sur l'asphalte pour exprimer leur mal être ?
Non ! Pour ceux qui n'ont jamais participé à une manif, allez y faire un tour, vous allez être étonnés par l'ambiance. C'est assez sympa. C'est donc plutôt de ce côté là qu'il faut chercher la raison du choix du mois de Mai.
Si vous vous pointez pour la première fois à une manif, vous verrez que,déjà, vous ne serez pas obligé de marcher entassés sur les trottoirs. La rue est à vous. Cela confère un sentiment de liberté assez nouveau. Ensuite, vous constaterez que l'ambiance est plutôt sympa, chantante, détendue, ça rigole, ça crie, c'est un peu comme à la foire en somme (éviter tout de même les fins de manifs qui dégénèrent à cause des casseurs en tout genre qui profitent de la foule pour semer la pagaille).
Si par ailleurs il y a, comme c'est souvent le cas chez les profs, des collègues d'autres établissement que vous ne voyez pas souvent, aller à une manif c'est le moyen de se retrouver pour parler de choses et d'autres.
Et puis, surtout, ça soulage une manif. Quand vous avez galéré tout l'hiver, quand la vie ne va pas pour le mieux et que vous avez l'impression d'être seul face au pouvoir en place qui n'entend rien, eh ben une petite manif où on se retrouve tous sur un thème commun, ça réconforte. On se dit qu'on n'est pas tout seul finalement et psychologiquement c'est important. La manif crée en quelque sorte du lien humain et réconforte psychologiquement. Dans nos sociétés déshumanisées et matérialistes, cet aspect est non négligeable.
Dans ces conditions, pourquoi ne pas choisir le mois le plus doux pour ces balades revendicatrices ? Mai est tout trouvé ! Juin serait plus chaud mais aurait moins d'impact. En Juin, on a déjà le regard tourné vers les vacances... Non, Mai est vraiment le mois par excellence ! Il est donc d'ores et déjà possible de prédire au président que quoi qu'il fasse, la grogne accumulée trouvera un exutoire au mois de mai...
Comment faire alors ? Tout céder ? Peut être pas. Un déjeuner avec un de nos chers représentants m'impose d'interrompre cette analyse, mais je ne manquerai pas de donner quelques indices au prochain épisode...
Il est vrai que si on regarde en arrière, les mois de mai compliqués d'un point de vue social sont assez nombreux. Le mois de Mai est-il le point cukminant des crises que nous avons traversées, ou bien le point de départ de toutes les mauvaises réformes ? Est-ce que Mai correspond à un moment particulièrement amère pour les français au point qu'ils se ruent sur l'asphalte pour exprimer leur mal être ?
Non ! Pour ceux qui n'ont jamais participé à une manif, allez y faire un tour, vous allez être étonnés par l'ambiance. C'est assez sympa. C'est donc plutôt de ce côté là qu'il faut chercher la raison du choix du mois de Mai.
Si vous vous pointez pour la première fois à une manif, vous verrez que,déjà, vous ne serez pas obligé de marcher entassés sur les trottoirs. La rue est à vous. Cela confère un sentiment de liberté assez nouveau. Ensuite, vous constaterez que l'ambiance est plutôt sympa, chantante, détendue, ça rigole, ça crie, c'est un peu comme à la foire en somme (éviter tout de même les fins de manifs qui dégénèrent à cause des casseurs en tout genre qui profitent de la foule pour semer la pagaille).
Si par ailleurs il y a, comme c'est souvent le cas chez les profs, des collègues d'autres établissement que vous ne voyez pas souvent, aller à une manif c'est le moyen de se retrouver pour parler de choses et d'autres.
Et puis, surtout, ça soulage une manif. Quand vous avez galéré tout l'hiver, quand la vie ne va pas pour le mieux et que vous avez l'impression d'être seul face au pouvoir en place qui n'entend rien, eh ben une petite manif où on se retrouve tous sur un thème commun, ça réconforte. On se dit qu'on n'est pas tout seul finalement et psychologiquement c'est important. La manif crée en quelque sorte du lien humain et réconforte psychologiquement. Dans nos sociétés déshumanisées et matérialistes, cet aspect est non négligeable.
Dans ces conditions, pourquoi ne pas choisir le mois le plus doux pour ces balades revendicatrices ? Mai est tout trouvé ! Juin serait plus chaud mais aurait moins d'impact. En Juin, on a déjà le regard tourné vers les vacances... Non, Mai est vraiment le mois par excellence ! Il est donc d'ores et déjà possible de prédire au président que quoi qu'il fasse, la grogne accumulée trouvera un exutoire au mois de mai...
Comment faire alors ? Tout céder ? Peut être pas. Un déjeuner avec un de nos chers représentants m'impose d'interrompre cette analyse, mais je ne manquerai pas de donner quelques indices au prochain épisode...
vendredi 13 mars 2009
Bernard Thibault sur LCI
Bernard Thibault (BT) est l'invité de Christophe Barbier sur LCI (cliquer sur le titre de l'analyse pour visionner l'interview).
Deux ou trois mots sur sa prestation. Tout d'abord il est intéressant de remarquer qu'en période de crises, les messages extrêmes, tels que ceux qui s'opposent au modèle établi et prônent une alternative radicale ont le vent en poupe. Même Alain Minc se met à la sauce CGT, c'est tout dire. Passons sur le coup de pub inopportun de Mr libéral et revenons à Bernard Thibault.
Le rythme saccadé de sa harangue a de quoi surprendre. L'énervement passe par une accentuation forcée de certaines syllabes, ce qui génère ce discours haché et relativement fatiguant à la longue. Par ailleurs, la "colère" ou le "mécontentement", en quelque sorte, qu'il tente de faire passer dans chacun de ses propos fatigue également l'oreille. A la fin de l'interview, j'étais content que ça s'arrête. C'est dommage car cela affaiblit certains propos intéressants qui auraient mérités d'être valorisés par un changement de rythme ou de ton.
Bernard Thibault prêterait-il l'oreille à une ligne de coaching ? Pas sur. Tentons quand même l'expérience : Travailler sur la fluidité du langage! Tout d'abord, ça va reposer les oreilles des téléspectateurs et les rendre plus attentifs. En effet, les rythmes saccadés, à la longue, générèrent, comme les rons rons du moteur, des cycles sonores qui engourdissent quelque peu la faculté d'écoute, et on finit parfois par décrocher sans s'en rendre compte. De plus, il est possible de faire passer un message de mécontentement de façon tout à fait calme et posée, avec un rythme de parole plus constant. Les moments de réel mécontentement n'en seront que renforcés...
Deux ou trois mots sur sa prestation. Tout d'abord il est intéressant de remarquer qu'en période de crises, les messages extrêmes, tels que ceux qui s'opposent au modèle établi et prônent une alternative radicale ont le vent en poupe. Même Alain Minc se met à la sauce CGT, c'est tout dire. Passons sur le coup de pub inopportun de Mr libéral et revenons à Bernard Thibault.
Le rythme saccadé de sa harangue a de quoi surprendre. L'énervement passe par une accentuation forcée de certaines syllabes, ce qui génère ce discours haché et relativement fatiguant à la longue. Par ailleurs, la "colère" ou le "mécontentement", en quelque sorte, qu'il tente de faire passer dans chacun de ses propos fatigue également l'oreille. A la fin de l'interview, j'étais content que ça s'arrête. C'est dommage car cela affaiblit certains propos intéressants qui auraient mérités d'être valorisés par un changement de rythme ou de ton.
Bernard Thibault prêterait-il l'oreille à une ligne de coaching ? Pas sur. Tentons quand même l'expérience : Travailler sur la fluidité du langage! Tout d'abord, ça va reposer les oreilles des téléspectateurs et les rendre plus attentifs. En effet, les rythmes saccadés, à la longue, générèrent, comme les rons rons du moteur, des cycles sonores qui engourdissent quelque peu la faculté d'écoute, et on finit parfois par décrocher sans s'en rendre compte. De plus, il est possible de faire passer un message de mécontentement de façon tout à fait calme et posée, avec un rythme de parole plus constant. Les moments de réel mécontentement n'en seront que renforcés...
jeudi 12 mars 2009
Rama Yade sur LCI
Rama Yade est l'invitée de Christophe Barbier sur LCI (cliquer sur le titre de l'analyse pour visionner l'interview)
Quelques mots sur l'interview. Première question : le Dalaï Lama. Rama Yade réitère des propos élogieux à l'égard du Dalaï Lama, restant ainsi dans son rôle de Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Quand vient la question des sanctions économiques décidées par la Chine à l'égard de la France, on sent un blocage. Une partie de l'étau est constituée par son désir de cohérence vis à vis d'un discours en faveur des droits de l'homme, l'autre partie de l'étau est constituée par les limites fixées par son ministre de tutelle et par le président de la République, lesquelles sont appuyées à la fois sur le phrasé éthéré, caractéristique du langage diplomatique, et sur l'idée, quelque fois trop réaliste, que l'on se fait des intérêts internationaux.
En résulte une explication confuse concernant les responsabilité de la Chine dans... la crise financière. Ce n'est pas suffisant pour retirer des points du baromètre de popularité, mais la cohérence globale en est affectée.
"Vous êtes d'accord avec Jean Pierre Raffarin (JPR) qui disait qu'il faut un partenariat stratégique sans ingérence entre la France et la Chine ?" questionne Christophe Barbier.
"Mais il existe ce partenariat stratégique, il existe déjà, depuis plusieurs années..." répond Rama Yade.
Un mauvais point !
Qu'est-ce que comprend le téléspectateur ? Il comprend :"Moi Rama Yade, Je donne une leçon, je montre que je sais" Pourquoi comprend-il cela ? Parce que la phrase de Jean Pierre Raffarin contenait les mots "il faut un partenariat stratégique sans ingérence" et que Rama Yade choisit d'éluder la partie "sans ingérence" qui est probablement le point fort de la phrase de JPR pour ne la traiter qu'en fin d'explication et se concentrer sur "il faut un partenariat stratégique". Et là, le désir de se différencier étant trop fort, elle ne peut qu'affirmer l'existence, "déjà", de ce partenariat. Sauf que cela n'a aucune utilité "de fond" d'affirmer que ce partenariat existe "déjà". Il n'y a aucun intérêt de "décrédibiliser", en quelques sorte, la phrase de JPR. Cette façon de faire pourrait avoir un sens si s'agissait de répondre à une attaque, ou une provocation. Ce n'est pas le cas ici. L'unique perception possible de la part du téléspectateur est donc celle décrite ci dessus : "le désir de se démarquer", qui véhicule une image "auto centrée" qui n'apporte rien de positif au personnage.
Voici les différentes partie de sa réponse :
"Il existe déjà ce partenariat"
(explication donnée ci dessus)
"Nous respectons les chinois"
"Nous savons de quelle civilisation ancestrale ils sont issus"
(Les téléspectateurs ne comprennent pas pourquoi Rama Yade aborde ce point. Quel rapport entre la question "faut il un partenariat stratégique?" et cette réponse du respect des chinois ? En fait, il y a une cohérence avec la suite de son discours, puisque cette phrase est en réalité un préambule à sa position sur l'ingérence. Mais la construction de la communication politique de Rama Yade est trop complexe, et le téléspectateur se perd.
Une ligne de coaching politique : Il faudrait des phrases courtes qui puissent, en quelque sorte, se suffire à elles-mêmes, afin de n'être pas obligé de reconstruire a posteriori la cohérence de ce que l'on perçoit du discours.)
"Nous tenons à ce que l'on ai un partenariat équilibré"
(Oui, mais cette phrase aurait du intervenir en premier. Juste après un acquiescement de la nécessité d'un partenariat stratégique entre la Chine et la France comme le proposait JPR. A la place du "il existe déjà", on aurait pu entendre, "oui il faut un partenariat stratégique, ou plutôt un partenariat équilibré, car ce partenariat existe déjà". Et là, comme la phrase a commencé par aller dans le sens de JPR, la prise de distance finale est perçue différemment. Finalement, on ne sort jamais vraiment de ce que l'on a appris au lycée : pour une copie équilibrée, il faut une thèse et une anti-thèse. En communication, il faut commencer par aller dans le sens des gens, pour ensuite revenir en arrière et inspirer ainsi aux interlocuteurs un sentiment d'équilibre dans la posture adoptée.)
"Pour ce qu'il s'agit du Tibet, il n'y a nulle ingérence"
"Il y a rien de spécifique à la France ou d'un comportement qui serait condamnable"
(Voilà le point fort. Ce point est, malheureusement, complètement lié au reste de la réponse comme l'extrémité d'une longue tresse qui n'en finit pas... alors qu'il aurait du être détaché, mis en avant. Pour cela, il faut penser à varier le rythme du discours, et à mieux utiliser les silences. On a trop l'impression d'une longue phrase qui ne s'arrête jamais. Il faut des coupures, des pauses, des changements de rythme et de ton.)
Pour ce qui est du vocabulaire, des images, "la mémoire est douloureuse", "plus aucun chef de guerre ne pourra, à l'abri de ses frontières, impunément provoquer des crimes de guerre", "ce qui se passe au Darfour blesse la conscience humaine", ils sont en décalage avec ce qu'on a l'habitude d'entendre et c'est un bon point. Ceci mérite d'être travaillé et étendu, afin que l'ensemble du propos puisse être ainsi légèrement "poétisé". Cet aspect du langage peut contribuer à atténuer les aspects techniques, inhérents au discours politique et le rendre ainsi moins froid et moins "distant"... Bref cela peut réellement créer une différence de langage, qui, ajoutée au positionnement de fond qui a déjà séduit les français, permettra de créer une image politique nouvelle et donc décisive...
Quelques mots sur l'interview. Première question : le Dalaï Lama. Rama Yade réitère des propos élogieux à l'égard du Dalaï Lama, restant ainsi dans son rôle de Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Quand vient la question des sanctions économiques décidées par la Chine à l'égard de la France, on sent un blocage. Une partie de l'étau est constituée par son désir de cohérence vis à vis d'un discours en faveur des droits de l'homme, l'autre partie de l'étau est constituée par les limites fixées par son ministre de tutelle et par le président de la République, lesquelles sont appuyées à la fois sur le phrasé éthéré, caractéristique du langage diplomatique, et sur l'idée, quelque fois trop réaliste, que l'on se fait des intérêts internationaux.
En résulte une explication confuse concernant les responsabilité de la Chine dans... la crise financière. Ce n'est pas suffisant pour retirer des points du baromètre de popularité, mais la cohérence globale en est affectée.
"Vous êtes d'accord avec Jean Pierre Raffarin (JPR) qui disait qu'il faut un partenariat stratégique sans ingérence entre la France et la Chine ?" questionne Christophe Barbier.
"Mais il existe ce partenariat stratégique, il existe déjà, depuis plusieurs années..." répond Rama Yade.
Un mauvais point !
Qu'est-ce que comprend le téléspectateur ? Il comprend :"Moi Rama Yade, Je donne une leçon, je montre que je sais" Pourquoi comprend-il cela ? Parce que la phrase de Jean Pierre Raffarin contenait les mots "il faut un partenariat stratégique sans ingérence" et que Rama Yade choisit d'éluder la partie "sans ingérence" qui est probablement le point fort de la phrase de JPR pour ne la traiter qu'en fin d'explication et se concentrer sur "il faut un partenariat stratégique". Et là, le désir de se différencier étant trop fort, elle ne peut qu'affirmer l'existence, "déjà", de ce partenariat. Sauf que cela n'a aucune utilité "de fond" d'affirmer que ce partenariat existe "déjà". Il n'y a aucun intérêt de "décrédibiliser", en quelques sorte, la phrase de JPR. Cette façon de faire pourrait avoir un sens si s'agissait de répondre à une attaque, ou une provocation. Ce n'est pas le cas ici. L'unique perception possible de la part du téléspectateur est donc celle décrite ci dessus : "le désir de se démarquer", qui véhicule une image "auto centrée" qui n'apporte rien de positif au personnage.
Voici les différentes partie de sa réponse :
"Il existe déjà ce partenariat"
(explication donnée ci dessus)
"Nous respectons les chinois"
"Nous savons de quelle civilisation ancestrale ils sont issus"
(Les téléspectateurs ne comprennent pas pourquoi Rama Yade aborde ce point. Quel rapport entre la question "faut il un partenariat stratégique?" et cette réponse du respect des chinois ? En fait, il y a une cohérence avec la suite de son discours, puisque cette phrase est en réalité un préambule à sa position sur l'ingérence. Mais la construction de la communication politique de Rama Yade est trop complexe, et le téléspectateur se perd.
Une ligne de coaching politique : Il faudrait des phrases courtes qui puissent, en quelque sorte, se suffire à elles-mêmes, afin de n'être pas obligé de reconstruire a posteriori la cohérence de ce que l'on perçoit du discours.)
"Nous tenons à ce que l'on ai un partenariat équilibré"
(Oui, mais cette phrase aurait du intervenir en premier. Juste après un acquiescement de la nécessité d'un partenariat stratégique entre la Chine et la France comme le proposait JPR. A la place du "il existe déjà", on aurait pu entendre, "oui il faut un partenariat stratégique, ou plutôt un partenariat équilibré, car ce partenariat existe déjà". Et là, comme la phrase a commencé par aller dans le sens de JPR, la prise de distance finale est perçue différemment. Finalement, on ne sort jamais vraiment de ce que l'on a appris au lycée : pour une copie équilibrée, il faut une thèse et une anti-thèse. En communication, il faut commencer par aller dans le sens des gens, pour ensuite revenir en arrière et inspirer ainsi aux interlocuteurs un sentiment d'équilibre dans la posture adoptée.)
"Pour ce qu'il s'agit du Tibet, il n'y a nulle ingérence"
"Il y a rien de spécifique à la France ou d'un comportement qui serait condamnable"
(Voilà le point fort. Ce point est, malheureusement, complètement lié au reste de la réponse comme l'extrémité d'une longue tresse qui n'en finit pas... alors qu'il aurait du être détaché, mis en avant. Pour cela, il faut penser à varier le rythme du discours, et à mieux utiliser les silences. On a trop l'impression d'une longue phrase qui ne s'arrête jamais. Il faut des coupures, des pauses, des changements de rythme et de ton.)
Pour ce qui est du vocabulaire, des images, "la mémoire est douloureuse", "plus aucun chef de guerre ne pourra, à l'abri de ses frontières, impunément provoquer des crimes de guerre", "ce qui se passe au Darfour blesse la conscience humaine", ils sont en décalage avec ce qu'on a l'habitude d'entendre et c'est un bon point. Ceci mérite d'être travaillé et étendu, afin que l'ensemble du propos puisse être ainsi légèrement "poétisé". Cet aspect du langage peut contribuer à atténuer les aspects techniques, inhérents au discours politique et le rendre ainsi moins froid et moins "distant"... Bref cela peut réellement créer une différence de langage, qui, ajoutée au positionnement de fond qui a déjà séduit les français, permettra de créer une image politique nouvelle et donc décisive...
dimanche 8 mars 2009
La communication politique de Nicolas Sarkozy
"Le débat sur les statistiques ethniques est relancé" titre le journal "Le Monde" daté du samedi 7 mars 2009.
Le journaliste écrit que "les députés et sénateurs s'empareront alors d'un sujet propre à déclencher de vives polémiques, à droite comme à gauche." Ceci est en effet très probable. Qui ignore encore que la question de la diversité est, en France, extrêmement délicate. L'histoire du pays, les évènements successifs, souvent malheureux, les questions sociales non résolues, les oppositions politiques fortes et le large panel des courants politiques montrent à quel point cette question est sensible.
Qu'est-ce que ce thème peut bien avoir à faire avec la communication politique du président de la République, Nicolas Sarkozy, me direz-vous ?
Tout d'abord, il est intimement lié à un des aspect centraux de la communication politique : "l'annonce des sujets". Celle-ci est intimement liée, à la fois à la nature des sujet, et à la psychologie de la population. Plus les sujets sont sensibles, et moins il s'agit de donner l'impression qu'on veut imposer son point de vue. Malheureusement, le président de la République, dans son désir de réformer rapidement le pays, place sur un quasi pied d'égalité tout un panel de thèmes fort éloignés les uns des autres et s'attend à ce que les décisions soient prises aussi rapidement dans chaque cas. Cette attitude ne peut que conforter les partis d'opposition dans leur perception "autoritaire" de l'action présidentielle. Au delà des partis d'opposition, la société civile et une partie de la population se joignent désormais aux protestations, ce qui conduit le gouvernement, sur un certains nombre de thèmes, à reculer.
Ensuite, la façon dont a été mise en oeuvre la structure propre à débattre de ce thème "les statistiques ethniques", est sujette à caution, et liée, elle aussi à une méthode de communication. Comment imaginer Brice Hortefeux, alors en difficulté avec le texte concernant les "test ADN", proposer un texte de loi sur les statistiques ethniques ? C'était tout bonnement impossible. Choisir de nommer un commissaire à la diversité issu lui même de la diversité atténue quelque peu le problème. Certaines accusations ne pourront, en effet, pas voir le jour. Ceci n'est-il pas également une forme de communication politique, faire annoncer un certain message par la personne la plus apte, c'est à dire la moins sujette aux critiques ? Nous n'irons pas plus loin, refusant tout procès d'intention à l'égard du président ou du gouvernement. Le but de ce site n'étant pas la critique négative ou la dénonciation partisane, nous nous contenterons de cibler les points qui peuvent apparaître comme délicats et sujet à caution auprès de la population afin d'en pointer les dysfonctionnement et de proposer, si possible, certaines améliorations. Dans ce cadre précis, le désir d'un débat, au sein de la société, sur la question ethnique, était tout ce qu'on pouvait raisonnablement espérer sans créer de polémiques. Polémiques qui peuvent d'ailleurs conduire à des reculs définitifs (comme dans le cas de la mémoire des enfants juifs déportés) et qui sont impropres à l'évolution des mentalités sur des thèmes aussi importants. Le désir affiché de légiférer, même en soumettant le tout au parlement, est donc précipité.
Enfin, le dernier aspect "communication politique" de ce thème, est probablement le plus important. Il est celui qui contribue le plus à éroder un certain côté de l'image présidentielle : l'ancrage républicain.
S'il est un thème qui a réellement souffert des diverses actions polémiques menées par le président, c'est bien celui des valeurs républicaines. Au delà des prises de positions atlantistes, au delà des effets d'annonce sans lendemain, au delà de la "réal politik" parfois aux limites de ce que la diplomatie française peut accepter, le quota de valeurs républicaines que tous les français attribuent d'emblée à chaque homme politique est en train de diminuer sérieusement pour Nicolas Sarkozy. C'est en partie ce qui inquiète, à la fois l'opposition, un certain nombre de cercles d'intellectuels, et, désormais, une partie de la population. La liberté prise à l'égard des institutions, les nominations qui semblent de plus en plus décidées d'en haut alors que les promesses de campagnes affirmaient l'inverse, ont également contribué à fragiliser le socle républicain sur lequel s'ancre l'action de tout président de la République, et donc de Nicolas Sarkozy. Le désamour des français n'est pas venu par ce biais, mais c'est celui ci qui sera fatal au président, en terme de capacité à réformer le pays, avant le terme de son mandat, si rien n'est fait.
Est-ce irréversible ? Bien sur que non. Je m'insurge contre ceux qui s'attachent à dénoncer sans discernement la politique d'un homme en la discréditant de A à Z. C'est une question de bon sens que de reconnaître que certaines décisions sont prises de la bonne façon et vont dans le bon sens. D'autres ne le sont pas. Notre occupation sur ce site étant la communication, nous nous positionnons plutôt sur certains défauts dans la manière de faire qui constituent un lourd fardeau pour le gouvernement actuel. Tout ceci finira par faire pencher entièrement le plateau du mauvais côté de la balance. Nous en sommes d'ailleurs proche. Ce thème de la divesité est révélateur à ce point de vue. On parle chiffre du chômage, on parle pourcentage de personnes issues de l'immigration acceptées dans les grandes écoles, on parle quotas ou absence de quotas, bref, on propose des solutions "chiffrées" avant que le débat ait eu lieu. En quelques sortes, on parle "rentabilité" alors que le sujet ne s'y prête pas du tout, alors que le sujet est un sujet de société, qui, comme tout sujet de société devrait ignorer absolument tout aspect calculatoire.
La mathématisation au moyen de statistiques, froides, impersonnelles, sera également un pomme de discorde. N'est-ce pas ce qu'on reproche déjà aux chiffres du chômage, de ne pas tenir compte de la réalité des conditions de vie des individus ? C'est d'une réflexion sur ce thème dont le pays à besoin, car, plus que les chiffres, ce sont les mentalités qui ont besoin d'évoluer, sans quoi, rien de concret ne sera possible. Problème d'annonce donc, problème de mise en oeuvre et problème d'approche du problème en terme de valeurs républicaines. Après tous ces problèmes, il ne nous reste plus qu'à espérer des solutions...
Le journaliste écrit que "les députés et sénateurs s'empareront alors d'un sujet propre à déclencher de vives polémiques, à droite comme à gauche." Ceci est en effet très probable. Qui ignore encore que la question de la diversité est, en France, extrêmement délicate. L'histoire du pays, les évènements successifs, souvent malheureux, les questions sociales non résolues, les oppositions politiques fortes et le large panel des courants politiques montrent à quel point cette question est sensible.
Qu'est-ce que ce thème peut bien avoir à faire avec la communication politique du président de la République, Nicolas Sarkozy, me direz-vous ?
Tout d'abord, il est intimement lié à un des aspect centraux de la communication politique : "l'annonce des sujets". Celle-ci est intimement liée, à la fois à la nature des sujet, et à la psychologie de la population. Plus les sujets sont sensibles, et moins il s'agit de donner l'impression qu'on veut imposer son point de vue. Malheureusement, le président de la République, dans son désir de réformer rapidement le pays, place sur un quasi pied d'égalité tout un panel de thèmes fort éloignés les uns des autres et s'attend à ce que les décisions soient prises aussi rapidement dans chaque cas. Cette attitude ne peut que conforter les partis d'opposition dans leur perception "autoritaire" de l'action présidentielle. Au delà des partis d'opposition, la société civile et une partie de la population se joignent désormais aux protestations, ce qui conduit le gouvernement, sur un certains nombre de thèmes, à reculer.
Ensuite, la façon dont a été mise en oeuvre la structure propre à débattre de ce thème "les statistiques ethniques", est sujette à caution, et liée, elle aussi à une méthode de communication. Comment imaginer Brice Hortefeux, alors en difficulté avec le texte concernant les "test ADN", proposer un texte de loi sur les statistiques ethniques ? C'était tout bonnement impossible. Choisir de nommer un commissaire à la diversité issu lui même de la diversité atténue quelque peu le problème. Certaines accusations ne pourront, en effet, pas voir le jour. Ceci n'est-il pas également une forme de communication politique, faire annoncer un certain message par la personne la plus apte, c'est à dire la moins sujette aux critiques ? Nous n'irons pas plus loin, refusant tout procès d'intention à l'égard du président ou du gouvernement. Le but de ce site n'étant pas la critique négative ou la dénonciation partisane, nous nous contenterons de cibler les points qui peuvent apparaître comme délicats et sujet à caution auprès de la population afin d'en pointer les dysfonctionnement et de proposer, si possible, certaines améliorations. Dans ce cadre précis, le désir d'un débat, au sein de la société, sur la question ethnique, était tout ce qu'on pouvait raisonnablement espérer sans créer de polémiques. Polémiques qui peuvent d'ailleurs conduire à des reculs définitifs (comme dans le cas de la mémoire des enfants juifs déportés) et qui sont impropres à l'évolution des mentalités sur des thèmes aussi importants. Le désir affiché de légiférer, même en soumettant le tout au parlement, est donc précipité.
Enfin, le dernier aspect "communication politique" de ce thème, est probablement le plus important. Il est celui qui contribue le plus à éroder un certain côté de l'image présidentielle : l'ancrage républicain.
S'il est un thème qui a réellement souffert des diverses actions polémiques menées par le président, c'est bien celui des valeurs républicaines. Au delà des prises de positions atlantistes, au delà des effets d'annonce sans lendemain, au delà de la "réal politik" parfois aux limites de ce que la diplomatie française peut accepter, le quota de valeurs républicaines que tous les français attribuent d'emblée à chaque homme politique est en train de diminuer sérieusement pour Nicolas Sarkozy. C'est en partie ce qui inquiète, à la fois l'opposition, un certain nombre de cercles d'intellectuels, et, désormais, une partie de la population. La liberté prise à l'égard des institutions, les nominations qui semblent de plus en plus décidées d'en haut alors que les promesses de campagnes affirmaient l'inverse, ont également contribué à fragiliser le socle républicain sur lequel s'ancre l'action de tout président de la République, et donc de Nicolas Sarkozy. Le désamour des français n'est pas venu par ce biais, mais c'est celui ci qui sera fatal au président, en terme de capacité à réformer le pays, avant le terme de son mandat, si rien n'est fait.
Est-ce irréversible ? Bien sur que non. Je m'insurge contre ceux qui s'attachent à dénoncer sans discernement la politique d'un homme en la discréditant de A à Z. C'est une question de bon sens que de reconnaître que certaines décisions sont prises de la bonne façon et vont dans le bon sens. D'autres ne le sont pas. Notre occupation sur ce site étant la communication, nous nous positionnons plutôt sur certains défauts dans la manière de faire qui constituent un lourd fardeau pour le gouvernement actuel. Tout ceci finira par faire pencher entièrement le plateau du mauvais côté de la balance. Nous en sommes d'ailleurs proche. Ce thème de la divesité est révélateur à ce point de vue. On parle chiffre du chômage, on parle pourcentage de personnes issues de l'immigration acceptées dans les grandes écoles, on parle quotas ou absence de quotas, bref, on propose des solutions "chiffrées" avant que le débat ait eu lieu. En quelques sortes, on parle "rentabilité" alors que le sujet ne s'y prête pas du tout, alors que le sujet est un sujet de société, qui, comme tout sujet de société devrait ignorer absolument tout aspect calculatoire.
La mathématisation au moyen de statistiques, froides, impersonnelles, sera également un pomme de discorde. N'est-ce pas ce qu'on reproche déjà aux chiffres du chômage, de ne pas tenir compte de la réalité des conditions de vie des individus ? C'est d'une réflexion sur ce thème dont le pays à besoin, car, plus que les chiffres, ce sont les mentalités qui ont besoin d'évoluer, sans quoi, rien de concret ne sera possible. Problème d'annonce donc, problème de mise en oeuvre et problème d'approche du problème en terme de valeurs républicaines. Après tous ces problèmes, il ne nous reste plus qu'à espérer des solutions...
jeudi 5 mars 2009
Jean François Copé sur Canal + le 04-03-09
Ca faisait un long moment que nous n'avions rien posté sur Jean François Copé. Ce matin, il est interviewé sur le plateau de la matinale. Autant vous le dire tout de suite, l'interview est de bonne qualité. Jean François Copé fait partie des quelques uns qui n'ont pas de gros problèmes en matière de communication politique. Cependant, cela ne diminue pas le nombre des ajustements nécessaires. Par exemple, pendant longtemps, il s'est laissé absorber pas son job de porte parole, qui défend bec et ongles les mesures prises par le gouvernement. Ceci renvoie inévitablement une image d'homme un peu borné, tout à sa tâche et qui peine à prendre de la distance par rapport à la réalité que connaissent les français.
Je peux vous dire que les choses ont changé ! Et nous allons nous en rendre compte rapidement. Il y a plusieurs point positifs qui ponctuent cette interview, on pourrait parler du ton de la voix, de l'attitude plutôt détendue et cordiale. On pourrait également critiquer certaines parties de l'interview où la pédagogie vient à manquer ou alors certaines longueurs. Nous avons plutôt choisi de nous concentrer aujourd'hui sur un tout petit moment en fin d'interview, un moment proche du gong de sortie, un moment où tout le monde pense que l'interview est pliée et qu'il ne reste plus qu'à passer à la suite. Un petit moment où, rare moment de télé, on voit la stupeur sur le visage de la journaliste. Et pas une stupeur feinte, un étonnement réel suite à la réponse de Jean François Copé.
Tout part d'une courte question sur l'homoparentalité posée par Maïténa dans la partie j'aime/j'aime pas. Jean François Copé dit qu'il ne peut pas répondre en 15 secondes car la question est compliquée, mais il se lance quand même.
Premier hameçon qui accroche l'attention de la journaliste et des téléspectateur, le "J'ai évolué sur la question". Là, on se dit, "ouh là ! Un homme politique qui avoue évoluer sur ses prises de positions, qui ne tente pas de nous faire croire qu'il sait tout sur tout depuis longtemps, ça n'est pas si courant que ça".
Et puis il explique, il détaille, il parle de certains de ses amis qui sont dans cette position, et donc la journaliste se dit probablement: "Il était contre il y a quelque temps, il nous explique qu'il a modifié ses points de vue, c'est donc qu'aujourd'hui il est favorable." Elle lui dit donc :"Ca veut dire que vous êtes favorable..."
Et là, la bombe en matière de communication politique, il répond :"Ca veut dire que je sais pas encore" Ce qu'il faut, à ce moment, c'est voir la tête de la journaliste. On comprend tout de suite que ce n'est pas tous les jours qu'un politique lui fait cette réponse. Eh bien moi, face à ça, je dit :"ALLÉLUIA". Enfin un homme politique qui avoue qu'il ne sait pas tout sur tout. Jean François Copé enchaîne d'ailleurs en disant :"J'ai décidé d'arrêter d'avoir un avis sur tout en permanence".
Quel avantage en matière de com' politique ? Eh bien, ce "je ne sais pas" apporte de l'humanité à l'homme politique. Pourquoi ? Parce que la population est toujours les jours face à des questions auxquelles elle ne sait pas répondre. Savoir dire "je ne sais pas mais nous pouvons en parler et débattre" est un atout énorme. Ca peut paraître évident pour vous et moi, mais chez les technos, c'est plutôt mal vu, car dans les "technos-écoles" on vous apprend à avoir un avis sur tout et à être absolument sur de votre avis. Bravo donc à Jean François Copé qui a su faire le chemin en sens inverse.
Bref, arrêtons tout de même là pour les fleurs. L'homme politique reprend le dessus dès la question suivante : "Allez vous organiser un débat à l'assemblée sur ce sujet ?" demande Caroline Roux. Réponse de l'intéressé :"oui, moi en tout cas je vous donne mon point de vue personnel, j'ai besoin d'un débat pour faire mon avis". Tout change dans cette phrase, la posture des épaules, beaucoup plus en avant, tournées vers la journaliste, le regard fixée sur elle, comme pour convaincre, le ton de la voix, plus assuré, le rythme également, plus rapide, beaucoup moins incertain. Bref, les outils de communication politique ont repris leurs fonctions.
Ceci n'était peut être pas nécessaire pour conclure, on aurait pu laisser quelques secondes de plus l'homme politique au placard et accorder un temps de parole supplémentaire à l'homme vrai; on aurait pu rester sur cette incertitude touchante et s'orienter peut être vers la réflexion plus générale qu'un débat pourrait apporter, pour que les points de vue des autres hommes politiques et des français évoluent également...
Je peux vous dire que les choses ont changé ! Et nous allons nous en rendre compte rapidement. Il y a plusieurs point positifs qui ponctuent cette interview, on pourrait parler du ton de la voix, de l'attitude plutôt détendue et cordiale. On pourrait également critiquer certaines parties de l'interview où la pédagogie vient à manquer ou alors certaines longueurs. Nous avons plutôt choisi de nous concentrer aujourd'hui sur un tout petit moment en fin d'interview, un moment proche du gong de sortie, un moment où tout le monde pense que l'interview est pliée et qu'il ne reste plus qu'à passer à la suite. Un petit moment où, rare moment de télé, on voit la stupeur sur le visage de la journaliste. Et pas une stupeur feinte, un étonnement réel suite à la réponse de Jean François Copé.
Tout part d'une courte question sur l'homoparentalité posée par Maïténa dans la partie j'aime/j'aime pas. Jean François Copé dit qu'il ne peut pas répondre en 15 secondes car la question est compliquée, mais il se lance quand même.
Premier hameçon qui accroche l'attention de la journaliste et des téléspectateur, le "J'ai évolué sur la question". Là, on se dit, "ouh là ! Un homme politique qui avoue évoluer sur ses prises de positions, qui ne tente pas de nous faire croire qu'il sait tout sur tout depuis longtemps, ça n'est pas si courant que ça".
Et puis il explique, il détaille, il parle de certains de ses amis qui sont dans cette position, et donc la journaliste se dit probablement: "Il était contre il y a quelque temps, il nous explique qu'il a modifié ses points de vue, c'est donc qu'aujourd'hui il est favorable." Elle lui dit donc :"Ca veut dire que vous êtes favorable..."
Et là, la bombe en matière de communication politique, il répond :"Ca veut dire que je sais pas encore" Ce qu'il faut, à ce moment, c'est voir la tête de la journaliste. On comprend tout de suite que ce n'est pas tous les jours qu'un politique lui fait cette réponse. Eh bien moi, face à ça, je dit :"ALLÉLUIA". Enfin un homme politique qui avoue qu'il ne sait pas tout sur tout. Jean François Copé enchaîne d'ailleurs en disant :"J'ai décidé d'arrêter d'avoir un avis sur tout en permanence".
Quel avantage en matière de com' politique ? Eh bien, ce "je ne sais pas" apporte de l'humanité à l'homme politique. Pourquoi ? Parce que la population est toujours les jours face à des questions auxquelles elle ne sait pas répondre. Savoir dire "je ne sais pas mais nous pouvons en parler et débattre" est un atout énorme. Ca peut paraître évident pour vous et moi, mais chez les technos, c'est plutôt mal vu, car dans les "technos-écoles" on vous apprend à avoir un avis sur tout et à être absolument sur de votre avis. Bravo donc à Jean François Copé qui a su faire le chemin en sens inverse.
Bref, arrêtons tout de même là pour les fleurs. L'homme politique reprend le dessus dès la question suivante : "Allez vous organiser un débat à l'assemblée sur ce sujet ?" demande Caroline Roux. Réponse de l'intéressé :"oui, moi en tout cas je vous donne mon point de vue personnel, j'ai besoin d'un débat pour faire mon avis". Tout change dans cette phrase, la posture des épaules, beaucoup plus en avant, tournées vers la journaliste, le regard fixée sur elle, comme pour convaincre, le ton de la voix, plus assuré, le rythme également, plus rapide, beaucoup moins incertain. Bref, les outils de communication politique ont repris leurs fonctions.
Ceci n'était peut être pas nécessaire pour conclure, on aurait pu laisser quelques secondes de plus l'homme politique au placard et accorder un temps de parole supplémentaire à l'homme vrai; on aurait pu rester sur cette incertitude touchante et s'orienter peut être vers la réflexion plus générale qu'un débat pourrait apporter, pour que les points de vue des autres hommes politiques et des français évoluent également...
mercredi 4 mars 2009
Ségolène Royal aux 4 Vérités - 03-03-09
Ségolène Royal (SR) est interviewée sur le plateau des 4 Vérités, sur France 2. Ce sera donc, au delà de l'analyse de la communication politique, "Séance de coaching politique" aujourd'hui. De temps à autre, ça ne fait pas de mal...
Premier point, qui semblera le plus banal, voire trivial, mais qui est celui qui frappe l'oeil d'entrée de jeu : la coupe de cheveux. Tapez Ségolène Royal sous Google images, regardez la coupe de cheveux de Ségolène Royal sur différentes photos; revenez ensuite à l'interview (en cliquant sur le titre de cette analyse). Vous voyez la différence ? Eh bien la ménagère de 50 ans la voit très clairement elle, et son mari aussi parce qu'il n'est plus séduit.
Point numéro 2 : la contre attaque noyée! Tout le monde, le PS en tête, et Martine Aubry comme leader, en passant par le Modem, les Syndicats, les partis de gauche et d'extrême gauche, certains intellectuels, certains déçus de l'UMP, bref tout le monde, à part peut être les vingt membres du gouvernement, critique l'action menée par le gouvernement. Quelle déception d'entendre celle qui espère ouvrir une nouvelle voie au socialisme français tomber dans les mêmes erreurs que ses petits camarades. Cette remarque s'adresse d'ailleurs à tous les groupes d'opposition cités plus haut. Sortons des prises de positions manichéennes! Tout, absolument tout ce que fait le gouvernement est très bien fait, nous disent les ministres. Tout, absolument tout ce que fait le gouvernement est très mal fait, nous disent les opposants. Et le bon sens, qu'est-ce qu'il dit le bon sens, lorsqu'il murmure à l'oreille des français ? Probablement qu'il y a une part de bonnes choses et une part de mauvaises choses dans l'action qui est menée. L'homme intelligent saura les différencier et pointer du doigt quelles sont celles qui nécessitent d'être repensées, et ainsi gagner l'oreille de la population.
Point numéro 3 : Etre concis. Il y a des idées intéressantes qui sont développées au cours de l'interview, mais bien souvent, elles sont noyées sous un flot de paroles que le journaliste est forcé d'interrompre pour poser la question suivante. Etre synthétique, présenter les idées clé du discours de façon brève et concrète apporterait de la force au message...
Point numéro 4 : "J'aime tout le monde, je ne critique pas et je regarde vers l'avant" nous dit en substance Ségolène Royal. Oui, peut être, sauf que le ton de la voix, cassant, et l'attitude, un peu rigide, vont à l'encontre de ses propos. Par ailleurs, arrêtons nous un instant sur un tout petit point qui peut sembler, encore une fois, minime mais qui est caractéristique de l'absence de prise en compte de la part des décideurs des axes centraux de la "psychologie politique".
En effet, vers la fin de l'interview, toujours en réponses aux questions concernant sa relation avec Martine Aubry, Ségolène Royal dit :"Même si parfois on m'a fait beaucoup de mal, j'ai toujours la capacité de regarder devant." Cette phrase est suivie d'un petit rire. La phrase ne pose pas problème, au contraire. Dite sur un ton sérieux et emphatique, elle aurait pu toucher. C'est le petit rire, d'ailleurs hors caméra, qui semble décalé et maladroit. D'autant qu'elle est seule à rire. Le journaliste esquisse à peine un sourire compatissant.
Lorsqu'on aborde les questions de la souffrance, des critiques,etc., soit la dérision l'emporte et dans ce cas le rire peut être un atout, parce qu'on a réussi à créer sur le plateau une atmosphère détendue qui se communique à l'auditeur, soit on se place, comme Ségolène Royal, dans une position faite de défenses et d'attaques durant toute l'interview, et dans ce cas, il faut garder un certain sérieux si l'on veut être convaincant.
La psychologie politique inclut une dimension "image renvoyée", loin du premier point de cette analyse qui se trouve à la limite du marketing, qui est ancrée dans ce que l'on pourrait appeler "l'atmosphère mentale" qui règne sur le plateau. Pour un homme politique, il est extrêmement important de savoir détecter et analyser la nature de cette atmosphère afin de ne pas être en décalage avec celle ci, sous peine de faire une bide... Je suis sur que cette expérience est arrivée à beaucoup d'entre nous : On balance une vanne, une blague, lorsque l'atmosphère ne s'y prête pas vraiment, et ça tombe un peu à plat, personne ne rit, voire, ça crée une situation de malaise. C'est un peu, dans une moindre mesure, ce qui est arrivé à SR lors du petit rire. On sent un léger malaise qui transparaît dans le rire. Une dernière ligne sur ce point : le rire laisse passer beaucoup plus d'informations nous concernant que la colère. Une colère feinte peut toujours être perçue sous la forme d'un petit coup de gueule un peu surfait mais pas méchant, un rire feint comporte quelque chose de malsain ou bien de maladroit. Attention donc la façon de l'utiliser.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur les questions du rire, de la psychologie politique ou de la façon d'utiliser "l'atmosphère mentale" qui règne sur un plateau, mais si je raconte tout maintenant, plus personne ne voudra payer pour obtenir mes conseils...
Premier point, qui semblera le plus banal, voire trivial, mais qui est celui qui frappe l'oeil d'entrée de jeu : la coupe de cheveux. Tapez Ségolène Royal sous Google images, regardez la coupe de cheveux de Ségolène Royal sur différentes photos; revenez ensuite à l'interview (en cliquant sur le titre de cette analyse). Vous voyez la différence ? Eh bien la ménagère de 50 ans la voit très clairement elle, et son mari aussi parce qu'il n'est plus séduit.
Point numéro 2 : la contre attaque noyée! Tout le monde, le PS en tête, et Martine Aubry comme leader, en passant par le Modem, les Syndicats, les partis de gauche et d'extrême gauche, certains intellectuels, certains déçus de l'UMP, bref tout le monde, à part peut être les vingt membres du gouvernement, critique l'action menée par le gouvernement. Quelle déception d'entendre celle qui espère ouvrir une nouvelle voie au socialisme français tomber dans les mêmes erreurs que ses petits camarades. Cette remarque s'adresse d'ailleurs à tous les groupes d'opposition cités plus haut. Sortons des prises de positions manichéennes! Tout, absolument tout ce que fait le gouvernement est très bien fait, nous disent les ministres. Tout, absolument tout ce que fait le gouvernement est très mal fait, nous disent les opposants. Et le bon sens, qu'est-ce qu'il dit le bon sens, lorsqu'il murmure à l'oreille des français ? Probablement qu'il y a une part de bonnes choses et une part de mauvaises choses dans l'action qui est menée. L'homme intelligent saura les différencier et pointer du doigt quelles sont celles qui nécessitent d'être repensées, et ainsi gagner l'oreille de la population.
Point numéro 3 : Etre concis. Il y a des idées intéressantes qui sont développées au cours de l'interview, mais bien souvent, elles sont noyées sous un flot de paroles que le journaliste est forcé d'interrompre pour poser la question suivante. Etre synthétique, présenter les idées clé du discours de façon brève et concrète apporterait de la force au message...
Point numéro 4 : "J'aime tout le monde, je ne critique pas et je regarde vers l'avant" nous dit en substance Ségolène Royal. Oui, peut être, sauf que le ton de la voix, cassant, et l'attitude, un peu rigide, vont à l'encontre de ses propos. Par ailleurs, arrêtons nous un instant sur un tout petit point qui peut sembler, encore une fois, minime mais qui est caractéristique de l'absence de prise en compte de la part des décideurs des axes centraux de la "psychologie politique".
En effet, vers la fin de l'interview, toujours en réponses aux questions concernant sa relation avec Martine Aubry, Ségolène Royal dit :"Même si parfois on m'a fait beaucoup de mal, j'ai toujours la capacité de regarder devant." Cette phrase est suivie d'un petit rire. La phrase ne pose pas problème, au contraire. Dite sur un ton sérieux et emphatique, elle aurait pu toucher. C'est le petit rire, d'ailleurs hors caméra, qui semble décalé et maladroit. D'autant qu'elle est seule à rire. Le journaliste esquisse à peine un sourire compatissant.
Lorsqu'on aborde les questions de la souffrance, des critiques,etc., soit la dérision l'emporte et dans ce cas le rire peut être un atout, parce qu'on a réussi à créer sur le plateau une atmosphère détendue qui se communique à l'auditeur, soit on se place, comme Ségolène Royal, dans une position faite de défenses et d'attaques durant toute l'interview, et dans ce cas, il faut garder un certain sérieux si l'on veut être convaincant.
La psychologie politique inclut une dimension "image renvoyée", loin du premier point de cette analyse qui se trouve à la limite du marketing, qui est ancrée dans ce que l'on pourrait appeler "l'atmosphère mentale" qui règne sur le plateau. Pour un homme politique, il est extrêmement important de savoir détecter et analyser la nature de cette atmosphère afin de ne pas être en décalage avec celle ci, sous peine de faire une bide... Je suis sur que cette expérience est arrivée à beaucoup d'entre nous : On balance une vanne, une blague, lorsque l'atmosphère ne s'y prête pas vraiment, et ça tombe un peu à plat, personne ne rit, voire, ça crée une situation de malaise. C'est un peu, dans une moindre mesure, ce qui est arrivé à SR lors du petit rire. On sent un léger malaise qui transparaît dans le rire. Une dernière ligne sur ce point : le rire laisse passer beaucoup plus d'informations nous concernant que la colère. Une colère feinte peut toujours être perçue sous la forme d'un petit coup de gueule un peu surfait mais pas méchant, un rire feint comporte quelque chose de malsain ou bien de maladroit. Attention donc la façon de l'utiliser.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur les questions du rire, de la psychologie politique ou de la façon d'utiliser "l'atmosphère mentale" qui règne sur un plateau, mais si je raconte tout maintenant, plus personne ne voudra payer pour obtenir mes conseils...
mardi 3 mars 2009
Bruno Le Maire sur Canal + le 02-03-09
Ce matin, on parle délocalisation, fermeture d'usines, protectionnisme. La crise est mondiale, donc européenne. Faut-il protéger l'emploi en France au détriment de l'emploi en Europe ? La question n'est pas aisée. Bruno Le Maire (BLM) tente à tout prix de montrer l'importance de conserver l'emploi en France. C'est un bon point. Une ligne pédagogique sur la possibilité de travailler à conserver les emplois à la fois en France et en Europe, c'est à dire sur le fait que ces deux actions ne sont pas antagonistes, aurait été la bienvenue.
Le journaliste semble plutôt axé sur la "maladresse" du président qui annonce les fermetures d'usines en République Tchèque (pour garder ouvertes celles qui sont en France). Bruno Le Maire botte en touche : "Ce que je note, c'est que Monsieur Topolanek et Monsieur Sarkozy se sont très bien entendus à Bruxelles" Si c'est pas de la langue de bois ça !!! Oui, mais c'est de la langue de bois avouée. A la question de la journaliste "vous avez pas le droit de dire que c'est une erreur?", Bruno Le Maire répond avec un sourire à la fois sur les lèvres et dans la voix : "Je dis ce qui me parait positif et utile à dire." Faute avouée à demi pardonnée dirait ma grand mère.
L'homme est d'ailleurs têtu, car il récidive deux minutes plus tard. A la question : " Les relations sont elles tendues entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso?", il répond : "Là encore j'ai un esprit positif (comprendre, je vais faire de la langue de bois), lorsqu'on discute on se comprend, même avec la commission"
Cet humour est bien perçu par la journaliste qui répond également par un sourire. Ceci peut paraître anodin, mais c'est en réalité positif et important. Il ne faut en effet pas perdre de vue qu'il est 8 heures du matin, qu'on n'est pas loin du réveil, et que les prises de têtes chiantes sur des questions techniques sont souvent difficiles à digérer au petit déj'. Autant donc créer une atmosphère détendue. Un bon point donc.
Un point négatif maintenant, toujours sur le même sujet ? Bruno Le Maire pousse la langue de bois jusqu'au bout. Pourtant, même les meilleures choses ont une fin. Lorsque la journaliste repart sur le même thème et demande pourquoi "Nicolas Sarkozy a botté en touche" lorsqu'on lui a demandé si José Manuel Barroso serait le candidat de la France, Bruno Le Maire répond "Il a botté en touche parce que c'est trop tôt." Et ensuite il enchaîne par un long laïus sur les discussions qu'auraient eues les deux hommes lorsqu'ils se sont rencontrés, n'abordant pas ce sujet mais se concentrant uniquement sur l'avenir des emplois et des économies européens. Quelle blague ! Qui peut croire cela ? Non, à un moment, il faut savoir s'arrêter. Tout ceci rallonge la partie "langue de bois" de deux minute, et on aurait vraiment pu s'en passer.
Puisqu'on est dans la partie points négatifs, il faut dire un petit mot du ton. Il est trop "ampoulé", trop "à la Balladur", et renvoie une image en décalage par rapport à ce que l'opinion attend, une image un peu trop rigide. Une façon rapide de corriger ceci, au moins en partie, serait de faire varier le ton de la voix (qui est cantonné, durant la majeure partie de l'interview, dans des notes trop basses). Un tout petit peu plus d'aigu par moment pourrait apporter une certaine souplesse. Un peu plus tard, nous parlerons du rythme, mais pour l'instant, malheureusement, le temps manque, car, croyez le ou pas, il faut que je travaille moi aussi, de temps en temps...
Le journaliste semble plutôt axé sur la "maladresse" du président qui annonce les fermetures d'usines en République Tchèque (pour garder ouvertes celles qui sont en France). Bruno Le Maire botte en touche : "Ce que je note, c'est que Monsieur Topolanek et Monsieur Sarkozy se sont très bien entendus à Bruxelles" Si c'est pas de la langue de bois ça !!! Oui, mais c'est de la langue de bois avouée. A la question de la journaliste "vous avez pas le droit de dire que c'est une erreur?", Bruno Le Maire répond avec un sourire à la fois sur les lèvres et dans la voix : "Je dis ce qui me parait positif et utile à dire." Faute avouée à demi pardonnée dirait ma grand mère.
L'homme est d'ailleurs têtu, car il récidive deux minutes plus tard. A la question : " Les relations sont elles tendues entre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso?", il répond : "Là encore j'ai un esprit positif (comprendre, je vais faire de la langue de bois), lorsqu'on discute on se comprend, même avec la commission"
Cet humour est bien perçu par la journaliste qui répond également par un sourire. Ceci peut paraître anodin, mais c'est en réalité positif et important. Il ne faut en effet pas perdre de vue qu'il est 8 heures du matin, qu'on n'est pas loin du réveil, et que les prises de têtes chiantes sur des questions techniques sont souvent difficiles à digérer au petit déj'. Autant donc créer une atmosphère détendue. Un bon point donc.
Un point négatif maintenant, toujours sur le même sujet ? Bruno Le Maire pousse la langue de bois jusqu'au bout. Pourtant, même les meilleures choses ont une fin. Lorsque la journaliste repart sur le même thème et demande pourquoi "Nicolas Sarkozy a botté en touche" lorsqu'on lui a demandé si José Manuel Barroso serait le candidat de la France, Bruno Le Maire répond "Il a botté en touche parce que c'est trop tôt." Et ensuite il enchaîne par un long laïus sur les discussions qu'auraient eues les deux hommes lorsqu'ils se sont rencontrés, n'abordant pas ce sujet mais se concentrant uniquement sur l'avenir des emplois et des économies européens. Quelle blague ! Qui peut croire cela ? Non, à un moment, il faut savoir s'arrêter. Tout ceci rallonge la partie "langue de bois" de deux minute, et on aurait vraiment pu s'en passer.
Puisqu'on est dans la partie points négatifs, il faut dire un petit mot du ton. Il est trop "ampoulé", trop "à la Balladur", et renvoie une image en décalage par rapport à ce que l'opinion attend, une image un peu trop rigide. Une façon rapide de corriger ceci, au moins en partie, serait de faire varier le ton de la voix (qui est cantonné, durant la majeure partie de l'interview, dans des notes trop basses). Un tout petit peu plus d'aigu par moment pourrait apporter une certaine souplesse. Un peu plus tard, nous parlerons du rythme, mais pour l'instant, malheureusement, le temps manque, car, croyez le ou pas, il faut que je travaille moi aussi, de temps en temps...
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